Lundi 18 septembre 2006
Après de premières paroles aigres-douces pour justifier la présence de Nicolas Sarkozy aux «commémorations» du 11 Septembre, la virée américaine du ministre de l'Intérieur a bel et bien fini par provoquer la colère de Jacques Chirac. Le chef de l'Etat, qui s'envole en fin de matinée pour l'assemblée générale de l'ONU à New York, y a vu la confirmation de ce qu'il redoutait : s'il était amené à lui succéder, le président de l'UMP mettrait un terme à la spécificité française à l'égard des Etats-Unis, au profit d'une vision atlantiste. «Irresponsable», a lancé Chirac mardi à l'un de ses plus anciens collaborateurs, en lui expliquant le «danger pour la France» de la relation transatlantique que Sarkozy a affirmé à Washington vouloir «rebâtir». 
 
«Arrogance». Le Président et le ministre de l'Intérieur avaient pourtant eu un tête-à-tête dans la semaine précédant le départ de Sarkozy. Mais ce dernier s'était bien gardé de transmettre à l'Elysée le discours qu'il devait prononcer devant la Fondation franco-américaine, dans lequel il a dénoncé «l'arrogance française» et fait la leçon au duo Chirac-Villepin : «Il n'est pas convenable de chercher à mettre ses alliés dans l'embarras ou de donner l'impression de se réjouir de leurs difficultés.» Avant de compléter le réquisitoire contre l'attitude de Paris lors du déclenchement de la guerre en Irak : «Plus jamais nous ne devons faire de nos désaccords une crise.» Des propos que Chirac a qualifié mardi en privé de «lamentables» et de «faute», après avoir, dans un premier temps, déclaré qu'il l'avait «chargé d'être le représentant de la France». 
C'est bien deux visions, deux doctrines, qui opposent l'Elysée et Sarkozy sur cette question sensible. «Sans prononcer le mot de rupture, pour ne vexer personne, c'est une musique totalement différente que Nicolas Sarkozy a fait entendre aux Américains. Inutile d'agresser Jacques Chirac. Mais, si on gagne la présidentielle le 6 mai, il sera temps de changer de politique étrangère le 7», assure le député Pierre Lellouche, spécialiste de relations internationales, qui assistait au rendez-vous entre le ministre de l'Intérieur et George Bush. «Ce discours a été très difficile à écrire, car il ne fallait heurter personne, mais ne pas s'autocensurer non plus. Il suffit de le lire pour s'apercevoir qu'il comporte maintes ruptures avec la ligne actuelle», confirme un des collaborateurs du ministre issu du Quai d'Orsay.
Foudres. Prudent pour ne pas s'attirer les foudres immédiates de Chirac, Sarkozy prépare donc les esprits à un changement de cap radical à l'égard des Etats-Unis. Pour Dominique Moïsi, expert à l'Institut français des relations internationales (Ifri), «Nicolas Sarkozy parle avec un accent nouveau à l'Amérique. Il n'y a pas chez lui ce classique réflexe antiaméricain de la plupart des hommes politiques français. A l'inverse de Villepin, il dit qu'on ne se bâtit pas contre les Etats-Unis, mais à côté d'eux.» 
Sur le fond, le président de l'UMP considère que «[la France]  ne peut pas se fâcher avec la première puissance du monde, d'autant plus qu'elle partage les mêmes valeurs que nous. Est-ce qu'on continue à se poser en rivaux ou est-ce qu'on s'additionne pour mieux coopérer ?» explique un proche. Le ministre de l'Intérieur déteste, par-dessus tout, la «grandiloquence, les postures et les mises en scène», poursuit le même. Dans son collimateur, le fameux discours de Villepin à l'ONU sur l'Irak de février 2003 et, surtout, la menace de Chirac d'utiliser le droit de veto de la France. «Sarko l'Américain, on l'assume... et puis merde !» tranche Pierre Lellouche.
Pour ne surtout pas polémiquer et étaler ces divergences à quelques jours du discours de Chirac à l'ONU, les diplomates de l'Elysée se sont évertués à minimiser la portée des propos de Sarkozy. A rabaisser, comme l'a fait le ministre des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, le voyage de Sarkozy au rang de simple présence d'un membre du gouvernement à la «commémoration du 11 Septembre». Et tous de souligner, à l'instar de Douste-Blazy, que la rencontre de Sarkozy avec Bush ne traduit «aucune inflexion» de la politique française envers les Etats-Unis. En clair, «seul compte la voix du chef de l'Etat» pour parler à l'Amérique. «Au regard des résultats de notre diplomatie sur le Liban ou de ce que nous avions annoncé sur l'Irak, il n'y a aucune raison de refonder notre relation équilibrée avec Washington», note un diplomate de l'Elysée qui estime que la ligne tenue par l'Elysée depuis 2003 a porté ses fruits.
«Chiot». Alors que l'opposition frontale avec les Etats-Unis a été un événement fondateur de la carrière de Dominique de Villepin et que la décision de ne pas participer à la guerre en Irak reste la séquence la plus plébiscitée du bilan de Chirac, Sarkozy a «pris un risque réel en refusant de jouer sur les penchants antiaméricains de l'opinion publique», remarque Dominique Moïsi.
L'opposition l'a bien senti. «Nous n'avons pas besoin à la tête de l'Etat de quelqu'un qui se fixe comme programme d'être le futur caniche du président des Etats-Unis», a déclaré Laurent Fabius samedi à Lens, en usant d'une métaphore canine déjà utilisée à l'égard de Tony Blair. Dès jeudi, le député PS des Landes, Henri Emmanuelli, avait, lui, fustigé «Sarkozy couché comme un chiot devant son maître» Bush. Chirac ne doit pas être loin de penser la même chose.
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Samedi 16 septembre 2006

À la veille de l'interview de Jacques Chirac, lundi sur Europe 1, la tension monte entre le numéro un et le numéro deux du gouvernement.

 
L'ARMISTICE entre Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy n'aura pas duré longtemps. L'image de rassemblement donnée à Marseille est loin. En quelques jours, on est passés de la paix armée à la drôle de guerre. Entre sarkozystes et villepinistes, les «incidents de frontières» se multiplient. Le premier ministre a pris le contre-pied de toutes les propositions défendues par le président de l'UMP : de la suppression de la carte scolaire à l'instauration d'un service civil obligatoire. De la réforme des droits de succession à celle des régimes spéciaux.
 
En l'espace de deux semaines, les deux hommes n'ont cessé de se répondre par journalistes interposés. À Marseille déjà, Dominique de Villepin avait prévenu : «On ne gagne pas contre quelqu'un, on gagne si on se bat pour la France.»
 
Villepin : «Un chef de parti qui fait des propositions »
 
Quelques jours plus tard, les hostilités ouvrent avec la carte scolaire. Villepin juge la proposition «irréaliste». Puis c'est le tour du service civil obligatoire. «Je ne suis pas certain que cela corresponde aux aspirations des jeunes d'aujourd'hui», dit-il, préférant «sa» solution basée sur le volontariat.
 
Entre-temps, Sarkozy a lui aussi posé quelques banderilles. Des Etats-Unis, il critique le choix par la France d'imposer son veto à l'ONU, et regrette une diplomatie «grandiloquente». De quoi faire bondir Villepin et le camp chiraquien qui dénoncent des «propos scandaleux».
 
Au même moment, le sarkozyste François Fillon choisit de lâcher sa bombe sur les régimes spéciaux. En pleine polémique sur la privatisation de GDF, c'est un «très mauvais coup», s'indignent les partisans de Villepin, qui soupçonnent les amis de Sarkozy de jouer double jeu. De retour à Paris, le numéro deux du gouvernement riposte en soutenant son «ami» Fillon, et en maintenant ses positions sur la carte scolaire et le service civil obligatoire. Et il minore les critiques de Villepin en rappelant que le chef du gouvernement n'avait plus que «sept mois de travail devant lui».
 
Sarkozy : «Il est cassé»
 
Hier, le premier ministre, en marge d'un déplacement dans le Rhône, n'a pas voulu en rajouter : «Chacun est dans son rôle, je ne crois pas qu'il faille opposer les uns aux autres.» Mais il n'a pu s'empêcher de ramener son rival au rang de «chef de parti qui fait des propositions».
 
Les deux hommes ont choisi de continuer la route ensemble, mais leur rivalité semble plus forte que tous les pactes de non-agression signés lors de déjeuners mensuels. Au fond ces deux-là s'exaspèrent. Même si Sarkozy ne considère plus son rival comme un concurrent sérieux : «Il est cassé», confie-t-il.
 
Il n'empêche : le premier ministre inquiète toujours. Les sarkozystes s'interrogent depuis quelques jours sur les intentions de Villepin, dopé par les sondages et les bons résultats du gou vernement : «Veut-il alimenter le débat ou bien faire perdre son camp ?» Pas du tout, dit-on à Matignon : «Sarkozy cherche la bagarre. Le premier ministre ne cédera pas aux provocations. Simplement, il ne laissera pas passer des propositions irréalistes.»Chirac, invité d'Europe 1 lundi matin, se posera-t-il en arbitre ? Ses proches attendaient de sa part un recadrage après les déclarations de Sarkozy sur les relations franco-américaines. Il n'en a rien été. Pourtant, il y a peut-être urgence à envoyer les Casques bleus : entre un Villepin qui malmène le projet et un Sarkozy qui critique le bilan, la majorité prépare la recette pour perdre.
 
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Samedi 16 septembre 2006

Dominique de Villepin a défendu vendredi à Oullins (Rhône) l'action de son gouvernement en matière de chômage, attribuant la baisse encourageante de ces derniers mois à sa détermination, son "pragmatisme" et sa volonté de mieux cibler les réponses.

"Depuis plusieurs mois, à chaque fois que les chiffres du chômage sont publiés, j'entends un certain nombre d'explications", a ironisé le Premier ministre lors d'un point-presse dans les bureaux de l'ANPE. "La baisse du chômage serait due au hasard, au mieux à l'évolution de la démographie, au pire à une augmentation des radiations", a-t-il noté avant de réfuter ces arguments.

"Mon objectif, ce ne sont pas les chiffres", a avancé le chef du gouvernement. "Mon objectif, c'est que la situation des Français s'améliore et qu'ils puissent toucher du doigt la baisse du chômage".

Sur la démographie, il a expliqué que la population active continuait d'augmenter. Jusqu'en 2007, sa croissance annuelle "devrait continuer sur le rythme observé en moyenne depuis 1970. Ce n'est qu'alors que ce rythme ralentira", a-t-il affirmé.

Ensuite, entre juillet 2005 et juillet 2006, "les radiations sont restées stables par rapport à la même période de l'année précédente", a-t-il ajouté.

Rappelant son objectif "pour cette législature" de passer sous la barre des deux millions de chômeurs, il s'est engagé à "réduire encore le chômage structurel pour parvenir à un taux de l'ordre de 5 à 6%", créer des parcours professionnels mieux sécurisés, et améliorer la qualité de l'emploi.

"La précarité du travail ne peut pas être le prix à payer pour la baisse du chômage", a-t-il affirmé.

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Vendredi 15 septembre 2006
Dites à des responsables d'instituts de sondages que vous exhumez toutes les enquêtes d'intentions de vote réalisées à huit mois de l'élection présidentielle depuis 1981, la réaction ne tarde pas : " Ça ne va pas être triste !", s'exclame Brice Teinturier, directeur général adjoint de TNS-Sofres. Pierre Giacometti, directeur général d'Ipsos-France, saisit l'occasion pour vilipender l'utilisation des sondages faite par certains, à gauche, pour contrer la candidature de Ségolène Royal.

 

Ainsi Claude Allègre, fidèle de Lionel Jospin, arguant du fait, qu'à l'automne 2001, le premier ministre de l'époque était largement favori - ce qui ne l'a pas empêché de perdre. Sous-entendu : Mme Royal, aujourd'hui portée par l'opinion, pourrait connaître le même sort. Et M. Jospin un sort inverse. Bref, les sondages se tromperaient systématiquement.

Les chiffres démentent d'ailleurs l'ancien ministre de l'éducation nationale : en septembre 2001, M. Jospin était derrière Jacques Chirac, autant dans les bonnes opinions (9 points d'écart), que dans les intentions de vote (1 point d'écart au premier tour, 2 points au second), selon un sondage BVA réalisé pour Paris Match.

L'hebdomadaire titrait ses pages politiques, le 13 septembre 2001 : "Chirac bat Jospin". Un troisième sondeur, Frédéric Dabi, directeur du département Opinion de l'IFOP, précise que ses études sont toujours assorties de la mention suivante : " Les résultats de cette enquête doivent être interprétés comme une indication significative de l'état des rapports de force actuels, dans la perspective du prochain scrutin présidentiel. En aucun cas, ils ne constituent un élément prédictif des résultats le jour du vote."

Prédiction, le mot est lâché. Que faut-il attendre des enquêtes d'opinion, lorsque l'on demande à des électeurs, à huit mois d'un scrutin présidentiel, pour qui ils voteraient ? " Les sondages à huit mois n'ont jamais annoncé l'élection", tranche M. Giacometti. Une exception : en octobre 1987, Louis Harris pour L'Express avait donné le résultat du second tour à quelques dixièmes de point près.

L'argument selon lequel les sondages se sont toujours trompés, ou n'ont pas testé les candidats finalement en lice, ne suffit pas à les récuser. Le meilleur des sondages ne peut donner que ce qu'il a.

La tentation est grande, il est vrai, de pointer les "erreurs", dans des enquêtes réalisées aussi longtemps avant le scrutin. En septembre et en octobre 1980, le président sortant, Valéry Giscard d'Estaing, était donné largement vainqueur par plusieurs instituts, face à François Mitterrand comme à Michel Rocard, au premier tour. Il l'emportait également au second tour, de très loin devant Mitterrand et de façon plus serrée devant Rocard. Le 10 mai 1981, portant la gauche au pouvoir, M. Mitterrand entamait un double mandat de quatorze années.

Six ans plus tard, cela n'empêchait personne de croire aux chances de Raymond Barre, donné vainqueur dans tous les cas au second tour de la présidentielle de 1988, contre le même Michel Rocard, toujours testé, jamais candidat.

Exemple édifiant encore, que celui de l'élection de 1995. Le socialiste Jacques Delors, président de la Commission européenne, avait figuré dans les enquêtes pendant des mois, arrivant en tête de plusieurs sondages en septembre et en octobre, jusqu'à ce qu'il annonce, le 11 décembre 1994, qu'il ne se présenterait pas.

A droite, c'est pire encore. Le duel entre Jacques Chirac et Edouard Balladur est sans doute le souvenir de campagne le plus vif qu'aient gardé les sondeurs.

A l'automne 1994, le maire de Paris était toujours loin derrière le premier ministre dans les enquêtes de premier tour, tandis qu'au second M. Balladur écrasait toujours... M. Delors.

L'élection de 2002, enfin. Nul ne pouvait prévoir, à l'époque, l'intrusion au second tour du président du Front national, Jean-Marie Le Pen, que les enquêtes créditaient huit mois plus tôt, en septembre 2001, d'un maigre 7 %. Tous les instituts testaient, d'un même élan, un second tour Chirac-Jospin, duquel le président de la République sortait vainqueur.

Au-delà des intentions de vote, pour affiner le jugement, quels indices aurait-il fallu relever dans les sondages de précampagne présidentielle des vingt dernières années ? En 1980, c'est le taux d'indécis sur lequel aurait dû se porter l'attention : 45 %, au moment où Valéry Giscard d'Estaing faisait encore la course en tête. En 1987, lorsque M. Rocard était testé, il aurait fallu se pencher attentivement, comme l'avait fait André Laurens dans Le Monde, au début du mois d'octobre, sur le socle d'électeurs de François Mitterrand : le président "fait quatre fois mieux que M. Rocard au sein du PS et plus de deux fois mieux que M. Lajoinie dans l'électorat communiste (...), écrivait-il. Il a une meilleure pénétration que M. Rocard chez les personnes âgées de plus de quarante-cinq ans et chez les plus jeunes. (...) Grâce à sa pratique de la cohabitation, il a progressé dans l'électorat de droite".

M. Rocard a pourtant figuré, honorablement, parmi les présidentiables testés "jusqu'à la catastrophe des européennes de 1994", note Frédéric Dabi. A droite, pour cette élection de 1988, Raymond Barre était le candidat le plus consensuel et considéré comme le seul apte à battre François Mitterrand, "mais, observe Stéphane Rozès, directeur du département Opinion de l'institut CSA, il n'avait pas la cohérence dans le noyau dur de la droite où Chirac est devant lui".

La grande leçon reste 1995. "Il n'y a pas d'argument plus sot et plus faux pour critiquer les sondages que l'affaire Balladur-Chirac, avertit Brice Teinturier. Balladur au plus haut dans les enquêtes, cela mesurait quelque chose de réel." Mais tous les sondeurs observent aussi que, dans le noyau dur de la droite, c'est Jacques Chirac qui a toujours tenu la corde, "jamais distancé dans son propre électorat", comme le dit Pierre Giacometti. Le socle, toujours le socle, qui dit la solidité dans la durée. En 2002, un voyant d'alerte aurait dû clignoter, celui des indécis, nombreux jusqu'au dernier moment, alors qu'en 1980-1981, leur nombre avait progressivement diminué à l'approche de l'élection.

Ce qu'il faut attendre, au fond, de sondages réalisés à huit mois d'une élection présidentielle, c'est l'établissement d'un rapport de forces, un jalon qui permettra de comprendre ce qui va fabriquer le résultat final. "Le film bouge, par définition. La campagne reconfigure, accélère, déplace", dit M. Teinturier. Les sondeurs s'accordent donc sur ce point : tout se joue lorsque la campagne est vraiment commencée.

Mais quand démarre-t-elle ? L'ouverture de la campagne officielle est un indicateur trop grossier. La désignation des candidats est un critère nécessaire, mais pas suffisant. Pour le directeur de la Sofres, il s'agit du moment "où l'on a le sentiment que les Français ne sont pas au théâtre, en spectateurs distanciés, mais attentifs et réceptifs au message politique".

S'il fallait des preuves que la campagne détermine le résultat, il n'y a qu'à piocher. Lionel Jospin a payé très cher en 2002 le "vieilli, usé, fatigué" destiné à Jacques Chirac, ou "mon programme n'est pas socialiste". "Ce n'était pas Chirac qui montait, c'était Jospin qui baissait", observe M. Giacometti. Pour ce dernier, en 1995, le grand meeting de M. Chirac, porte de Versailles, sur le thème "Croire en la France" a marqué un basculement. Les courbes se sont inversées la semaine suivante. Comme d'autres, le directeur d'Ipsos souligne les événements qui ont été fatals à Edouard Balladur, provoquant le croisement des courbes avec son rival de droite. La circulaire sur les IUT "réactivait le mauvais souvenir du CIP, avec un effet rétroactif terrible, alors qu'il avait réussi à l'effacer", rappelle, de son côté, M. Teinturier qui cite également l'affaire Schuller-Maréchal.

Aujourd'hui, deux candidats, Nicolas Sarkozy à droite et Ségolène Royal à gauche, distancent tous les autres. Encore faut-il attendre leur investiture officielle, qui ne fait guère de doute pour le président de l'UMP. "Si les sondages restent ce qu'ils sont, je ne vois pas comment les militants peuvent faire un autre choix que Ségolène Royal", relève toutefois M. Giacometti. A l'évidence, les sondeurs ne se fondent pas sur les seules intentions de vote pour estimer la solidité de la situation de ces deux candidats putatifs. Ils s'appuient aussi sur des études qualitatives et sur l'analyse du socle d'électeurs de chacun. Celui du ministre de l'intérieur est consistant, avec 15 % à 20 % de très bonnes opinions, construit depuis plusieurs années. Celui de Mme Royal agrège divers publics, qui mordent sur l'UDF et même sur le Front national, selon Stéphane Rozès.

Les analystes s'accordent à dire que les niveaux actuels ne dureront pas. "La campagne va éroder ces socles, ne serait-ce que par la montée des petits candidats", prévoit Frédéric Dabi. "Si Ségolène Royal est investie, elle ne sera plus comparée aux éléphants mais considérée pour elle-même et jugée par rapport à Nicolas Sarkozy. Cela fera-t-il bouger sa popularité ?", s'interroge Brice Teinturier. D'autres éléments d'incertitude pèsent sur les mois qui viennent, tenant aux caractères propres de l'élection de 2007. Pour la première fois, les militants vont jouer un rôle décisif dans la désignation des principaux candidats. Aucun des compétiteurs déjà déclarés - à l'exception de Laurent Fabius - n'aura jamais été ni premier ministre ni président, ou ne sera un sortant dans ces rôles. Enfin, contrairement à 1988, 1995 et 2002, l'élection n'aura pas lieu en période de cohabitation. Le suspense peut commencer.

par rezeid publié dans : Divers
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Vendredi 15 septembre 2006

Matignon continue d'assurer ne pas vouloir recourir à l'article 49-3 et envisage de prolonger le débat sur le projet de loi jusqu'à la fin septembre.

 
CURIEUSE inversion des rôles : c'est désormais la gauche qui accuse la majorité de «jouer la montre» dans l'examen du projet de loi sur la privatisation de Gaz de France, qui a débuté il y a une semaine à l'Assemblée. Il est vrai que depuis mercredi soir, les socialistes, dont les ténors brillent par leur absence, semblent vouloir accélérer légèrement le rythme d'examen des amendements, alors que le ministre délégué à l'Industrie, François Loos, tout comme le rapporteur UMP, Jean-Claude Lenoir, prennent plus volontiers la parole. Manifestement, les députés UMP ont à coeur d'«assumer de prendre du temps» selon Hervé Mariton. Ce proche du premier ministre ajoute : «Accordons-nous une troisième semaine de débats si nécessaire. Ayons l'intelligence de ne pas conclure trop tôt.» Un député sarkozyste croit savoir cependant que le gouvernement utilisera l'arme du 49-3 «le 28 ou le 29 septembre» c'est-à-dire avant l'ouverture de la session ordinaire du Parlement, le 2 octobre. Mais à Matignon, on indique à l'inverse que le gouvernement «ne tombera pas dans ce piège que certains voudraient lui tendre» et qu'il faut «laisser vivre le débat sur un sujet aussi important pour les Français».
 
«Les leçons de l'expérience passée»
 
Après avoir utilisé l'article 49-3 pour mettre un terme à l'enlisement des débats sur la loi égalité des chances, Dominique de Villepin ne veut pas être une nouvelle fois accusé de passer en force. L'échec des manifestations contre la privatisation de GDF conforte à cet égard le chef du gouvernement. «On nous a assez reproché le 49-3 sur le contrat première embauche. Le premier ministre a tiré les leçons de l'expérience passée», dit-on encore à Matignon. Pourtant, un membre du premier cercle du premier ministre, moins catégorique, confie : «Il y a ceux qui préconisent de suspendre les débats le 22 ou le 29 septembre, quelle que soit l'avancée des travaux, et ceux qui pensent que l'Assemblée doit donner son feu vert maintenant à la privatisation de GDF.»
 
«Il nous faudrait encore mille heures de débats»
 
Dans les rangs du groupe UMP, la lassitude est perceptible. «Il faudra bien conclure cette discussion» estime Claude Gaillard. Quand ? C'est toute la question. Le rapporteur UMP Jean-Claude Lenoir a précisé hier, en début d'après-midi, que seuls 2 641 amendements (sur les 137 500 déposés par la gauche) avaient été repoussés à l'issue de 41 heures et 25 minutes de débats. Les députés devaient enfin commencer l'examen de l'article premier du projet de loi hier en fin d'après-midi. Le député de l'Orne espère que «l'opposition va comprendre que sa stratégie est illisible pour l'opinion, et retirer ses amendements». «À ce rythme, a-t-il dénoncé, il nous faudrait encore mille heures de débats passés à écouter des inepties», a calculé le président du groupe UMP Bernard Accoyer. Quant au porte-parole du groupe PS, François Brottes, il «ne croit pas» qu'un accord puisse intervenir entre le président de l'Assemblée et les dirigeants de l'opposition pour qu'ils retirent la plupart de leurs amendements, car «nous sommes dans un débat lourd de sens et de conséquences».
 
Certes, le règlement de l'Assemblée autorise Jean-Louis Debré à écarter environ 80 000 amendements qui ne relèvent pas du domaine législatif. L'hôte de Lassay a déjà utilisé cette prérogative lors du débat sur La Poste. Mais pour l'instant, Jean-Louis Debré préfère montrer que l'opposition «veut bloquer le fonctionnement des institutions». Une clémence à laquelle ne croit pas François Brottes, qui prédit : «Quand Debré est conciliant au début, c'est pour mieux frapper après.»
par rezeid publié dans : Divers
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Vendredi 15 septembre 2006
Il y a "bien une situation de risque" terroriste en France et il ne "s'agit pas de baisser la garde", a déclaré jeudi Dominique de Villepin à Amiens, après la menace indirecte de nouveaux attentats contre la France du numéro deux d'al-Qaïda.

"J'ai fait le point de l'ensemble des informations dont nous disposons dans ce domaine, qui confirment l'inquiétude. Nous devons être extrêmement vigilants et attentifs comme nous le sommes maintenant depuis plusieurs années," a déclaré le Premier ministre lors d'une visite à Amiens.

"Donc, il ne s'agit pas de baisser la garde, il y a bien une situation de risque, ce qui doit évidemment nous conduire en permanence à adapter nos dispositifs. C'est ce que nous faisons avec le ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur" Nicolas Sarkozy, a-t-il ajouté.

"Il y a une véritable mobilisation des ministères concernés, c'est la responsablilité qui est la nôtre, comme dans les autres pays européens," a ajouté M. Villepin.

"Le plan Vigipirate est maintenu au rouge, nous sommes donc toujours dans un état de vigilance intense," a-t-il encore souligné.

Le ministère de l'Intérieur avait estimé plus tôt jeudi que les derniers messages d'al-Qaïda "confirment le niveau élevé de la menace pesant contre notre pays".

"La diffusion de ce message confirme notre appréciation sur le niveau de la menace terroriste pesant sur la France et sur d'autres pays," selon le ministère.

Le numéro deux d'al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri, a brandi dans son dernier message vidéo à l'occasion de l'anniversaire des attentats du 11 septembre 2001 la menace indirecte de nouvelles actions contre la France du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), mouvement algérien radical.

Dans un communiqué mis en ligne jeudi, le GSPC a renouvelé son allégeance à Oussama ben Laden, assurant: "nos soldats sont à ses ordres pour qu'il frappe par notre entremise qui il voudra et partout où il voudra".

Le GSPC avait depuis plusieurs années fait des offres de service à al-Qaïda, mais c'est la première fois que le mouvement d'Oussama ben Laden les accepte sans réserve.

Fondé en Algérie en 1998 par des dissidents du Groupe islamique armé (GIA) et affaibli après des années de traque dans son pays d'origine, il dispose, selon les services de renseignements occidentaux, de nombreux relais et sympathisants en Europe.

par rezeid publié dans : Divers
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Vendredi 15 septembre 2006
Régimes spéciaux de retraites, mais aussi service civil ou carte scolaire: Nicolas Sarkozy a profité jeudi de la convention sur le logement de l'UMP pour répondre aux critiques formulées à son encontre par Dominique de Villepin sur trois sujets sensibles.A moins de huit mois de la présidentielle, et deux petites semaines après l'université d'été de l'UMP au cours de laquelle les numéros un et deux du gouvernement avaient voulu afficher leur entente, les escarmouches se multiplient entre eux.

 

En cas de victoire en 2007, "nous ferons la réforme" des régimes spéciaux des retraites parce qu'elle "doit être faite", a affirmé M. Sarkozy, alors que la CGT-cheminots a appelé à une grève en octobre pour protester contre la perspective d'une telle réforme.

Le président de l'UMP répliquait au chef du gouvernement, qui, la veille, avait mis en garde contre toute réforme des conditions de retraites faites notamment aux salariés de GDF et EDF, RATP et SNCF.

 

Il ne faut pas "monter certains Français contre d'autres", avait conseillé M. de Villepin, répondant à François Fillon, responsable du projet législatif de l'UMP pour 2007.

 

Mardi, l'ancien ministre des Affaires sociales, aujourd'hui conseiller politique de Nicolas Sarkozy, avait annoncé une réforme des régimes spéciaux au début de la prochaine législature.

 

En appui de M. Fillon, M. Sarkozy a dit qu'il demanderait au Conseil d'orientation des retraites de "faire un constat" et de "tracer les pistes". "Nous le mettrons en discussion avec les partenaires sociaux".

 

"Je sais d'expérience qu'une bonne réforme est une réforme concertée, qui a du dialogue, où il y a un constat partagé", a glissé le ministre de l'Intérieur, renvoyant ainsi implicitement au Contrat première embauche, sur lequel il avait été reproché au Premier ministre d'avoir voulu passer en force.

 

Dans la soirée, sur France 2, M. Sarkozy a estimé que celui qui choisira le statu quo en matière de retraites, "celui-là ne respectera pas les Français".

 

Mais il "comprend parfaitement" que ce ne soit pas le moment pour le gouvernement de s'y atteler, au cours des sept mois de travail qui lui restent.

 

Lui-même fera "ce travail" s'il est "en situation". D'ailleurs sa "stratégie est simple: tout dire avant, pour tout faire après".

 

Autres sujets de contentieux: la carte scolaire et le service civil obligatoire.

 

"Où est la liberté si on n'a pas le droit de choisir l'école de ses enfants?", s'est exclamé M. Sarkozy.

 

La semaine dernière, le Premier ministre avait jugé que la suppression de la carte scolaire provoquerait "plus d'injustice". Il avait en revanche annoncé une "concertation" pour aménager le dispositif.

 

M. Sarkozy n'est pas d'accord et l'a redit sur France 2: "la carte scolaire est favorable à ceux qui ont plus de relations et plus d'argent" et "défavorable aux plus modestes".

 

Enfin, alors que M. de Villepin défend un service civil volontaire (créé à la suite de la crise des banlieues fin 2005), M. Sarkozy prône un service civil obligatoire.

 

Si ce n'est pas le cas, "comme toujours, les fils et les filles de bonne famille" n'iront pas et "cela conduira à une société à deux vitesses".

 

Un service civil obligatoire, "je ne suis pas certain" que cela corresponde "aux aspirations des jeunes d'aujourd'hui", avait observé la veille M. de Villepin.

 

 
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