Mercredi 25 octobre 2006

Un an après les émeutes urbaines, Dominique de Villepin se rend jeudi à Cergy-Pontoise, en banlieue parisienne, pour sa 16ème conférence de presse mensuelle, axée sur l'égalité des chances et l'éducation, sur fond de nouveaux développements dans l'affaire Clearstream.

Ce rendez-vous du Premier ministre avec la presse, qui aura lieu pour la quatrième fois consécutive en dehors de Matignon, intervient à la veille du premier "anniversaire" du déclenchement des émeutes urbaines de l'automne 2005.

Cette vague de violences, qui avait démarré le 27 octobre 2005 après la mort par électrocution de deux jeunes gens voulant échapper à la police à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), s'était soldée par plus de 10.000 véhicules brûlés, 300 bâtiments détruits ou dégradés et 6.000 interpellations.

Ces derniers temps, M. de Villepin n'a pas laissé le terrain des banlieues à son seul ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy. La semaine dernière, il a ainsi reçu des associations de quartiers difficiles, s'est rendu dans une cité de Caen, et a installé à Matignon l'Agence nationale pour l'égalité des chances.

Au surlendemain de la remise du rapport Hetzel, commandé après le fiasco du CPE et préconisant plusieurs mesures pour rapprocher l'université du monde du travail, le chef du gouvernement devrait se livrer jeudi à un exercice de pédagogie sur les deux chantiers qu'il juge "majeurs": l'orientation et l'insertion professionnelle des étudiants.

"Il va rappeler l'importance pour notre pays de faire de l'éducation un bagage pour la vie mais aussi une voie sûre pour l'emploi", a-t-on indiqué à Matignon.

Pour mieux marteler son message, M. de Villepin, accompagné de quatre ministres - Gérard Larcher (Emploi), François Goulard (Enseignement supérieur), Nelly Olin (Ecologie), élue du Val d'Oise, et Azouz Begag (Promotion de l'égalité des chances) -, visitera avant sa conférence de presse le service d'information, d'orientation et d'aide à l'insertion de l'université de Cergy.

Il tiendra également une table ronde avec des étudiants et présentera la mission de l'universitaire Pierre Lunel, nommé en septembre délégué interministériel à l'orientation, dans le cadre du nouveau service public d'orientation.

Face aux journalistes, il ne devrait pas échapper aux questions sur l'affaire Clearstream, qui est revenue la semaine dernière sur le devant de la scène politique.

Alors que les juges chargés de l'enquête s'intéressent de plus en plus près au rôle exact joué par M. de Villepin quand il était au Quai d'Orsay puis au ministère de l'Intérieur, le Premier ministre, qui souhaite être entendu "au plus vite" pour se défendre face aux "calomnies" dont il se dit victime, a affirmé mardi n'avoir jamais outrepassé ses fonctions ministérielles.

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Mercredi 25 octobre 2006
Le projet de loi sur la parité dans la vie politique locale devrait être soumis fin novembre au conseil des ministres, a annoncé mercredi le Premier ministre Dominique de Villepin à l'issue d'une réunion à Matignon avec les présidents des assemblées et les ministres concernés (Parité et Aménagement du territoire). Le texte devrait ensuite être discuté au Sénat "avant la fin de l'année".
Le 3 janvier dernier, Jacques Chirac s'était prononcé pour l'institution d'une "obligation de parité dans les exécutifs régionaux et communaux". "Je souhaite que soit instituée une obligation de parité dans les exécutifs régionaux et communaux pour ce qui concerne les communes de plus de 3.500 habitants, ainsi que dans la désignation des délégués aux structures intercommunales", avait-il demandé lors des voeux des assemblées (Assemblée nationale, Sénat, Conseil économique et social) à l'Elysée.
Dans un communiqué, le chef du gouvernement confirme mercredi que les exécutifs des communes de plus de 3.500 habitants seront constitués paritairement ainsi que ceux des conseils régionaux. De plus, le projet de loi "crée également un vivier nouveau d'élues locales en instituant un suppléant de sexe opposé pour chaque conseiller général. Cette disposition concernera près de 4.000 élus".
Concernant les sanctions financières, dont M. Chirac a souhaité qu'elles soient "considérablement renforcées pour devenir véritablement dissuasives", le gouvernement parle d'une augmentation de 50% des pénalités.
Malgré la loi du 6 juin 2000 sur la parité, les femmes sont encore peu nombreuses à occuper des postes à responsabilités. Ségolène Royal (PS) est la seule femme présidente de région et les femmes ne représentent que 6,7% des maires. Selon un rapport de l'Observatoire de la parité de mars 2005, la loi de 2000 a quand même permis de faire augmenter de façon spectaculaire leur part dans les assemblées élues au scrutin proportionnel. Elle est passée de 27% à 47,5% dans les conseils municipaux de villes de plus de 3.500 habitants et de 27,5% à 48% dans les conseils régionaux. Pour autant, les femmes restent peu nombreuses à accéder aux postes à responsabilités.
Pour les scrutins uninominaux (législatives, cantonales et sénatoriales au scrutin majoritaire), les partis sont simplement passibles de pénalités financières. Aux législatives de 2002, l'UMP, le PS et l'UDF ont préféré voir leur dotation publique réduite plutôt que de faire élire des femmes. Résultat: on compte seulement 12,3% de députées à l'Assemblée nationale. Le Sénat, plus féminisé, compte 16,9% de femmes. Dans les conseils généraux, pas concernés par la loi, on ne dénombre que 10,4% de femmes.
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Mardi 17 octobre 2006

Le bilan de l’Observatoire national de la délinquance, un organisme statistique qui dépend du ministère de l’Intérieur montre que si les vols et les dégradations de biens sont en baisse sur un an, les atteintes à l’intégrité physique enregistrent une nette augmentation.

 
Si les délinquants s'en prennent moins aux biens, ils s'attaquent plus aux personnes. L’Observatoire national de la délinquance a rendu public lundi un rapport  qui compare les chiffres de septembre de cette année avec ceux d’octobre 2005.
 
Et une tendance est très marquée : les « atteintes volontaires à l’intégrité physique » (agressions, vols avec violence, mais aussi violences conjuguales et familiales) sont en nette hausse, de 6,2%. En 2006, ce sont au total 321.644 plaintes pour atteinte à la personne qui ont été enregistrées par la police et la gendarmerie, soit 17.102 faits de plus que l’année dernière. A celles-ci, on peut ajouter 95.390 cas de vol avec violences, qui sont en hausse de 5,6%.
 
Au total, note le rapport, « on compte environ 25.000 atteintes violentes ou avec menaces de violences en plus » cette année. Parmi ces atteintes, on distingue les violences crapuleuses (avec intention de vol), non crapuleuses (« gratuites ») et sexuelles. Seule cette dernière catégorie poursuit sa baisse, qui atteint cette année 6,4%.
 
Les dépositaires de l’autorité publique particulièrement visés
 
Les violences «gratuites», elles, sont en hausse de 9,4% par rapport à septembre 2005. Une augmentation quasiment trois fois plus rapide que l’année dernière : entre octobre 2004 et septembre 2005, elle n’était que de 3,6%. Elles touchent particulièrement les personnes dépositaires de l’autorité publique, les policiers  mais aussi les pompiers ou les facteurs, avec une hausse de 9,7%. 
 
A noter que si les atteintes à l'intégrité physique augmentent en zone gendarmerie, elles tendent à se stabiliser, voire à diminuer (-0,55%) en zone police, ce qui pourrait indiquer un déplacement des violences vers la France rurale et des villes moyennes. Et, précise l’observatoire, la hausse des atteintes à l’intégrité physique tend à se ralentir. « En mai 2006, le rythme de la hausse sur 12 mois dépassait le seuil de +11% ». En revanche, les atteintes aux biens, et notamment les vols sans violence, qui représentent les trois quarts des faits constatés dans cette catégorie de délits, sont en baisse de 4,2%. Parmi ces faits, les vols de voitures ont reculé (-6,3%), de même que les cambriolages (-4,8%).
 
 Autre constat, les mineurs sont de plus en plus en cause dans la délinquance, tant en tant qu’auteurs (+2,8%) que victimes (+2,7% pour les cas de de viols, harcèlement et agressions sexuelle, violence ou mauvais traitement à enfant ).
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Mardi 17 octobre 2006
Toujours à la peine, mais en hausse. Selon notre sondage LH2 le duo exécutif continue de grimper (1). Jacques Chirac recueille 39 % d'opinions positives contre 52 % de négatives. Dominique de Villepin obtient des résultats quasi identiques (39 % et 53 %). Cette évolution confirme la tendance des différents instituts de sondage. Par rapport à août, le chef de l'Etat, boosté par la politique internationale, gagne cinq points et son Premier ministre, neuf. Surtout, l'un et l'autre ont conquis vingt points depuis la crise du CPE. Une remontée assez rare qui sert aux chiraquiens à justifier leur stratégie anti-Sarkozy, en laissant planer le doute sur une possible autre candidature UMP.(1) Réalisé les 13 et 14 octobre 2006 auprès de 1 003 personnes.
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Mardi 17 octobre 2006
Dominique de Villepin au chevet des banlieues : c'est l'image de la semaine concoctée par Matignon. Dans la grande commémoration politico-médiatique des émeutes urbaines de 2005, le Premier ministre n'entend pas être en reste. Il a reçu ( «pour la troisième fois en un an», dixit le communiqué de ses services comme s'il s'agissait d'un exploit) des responsables d'associations, des chefs d'établissements scolaires et des chefs d'entreprises pour évoquer la situation dans les quartiers difficiles. Aujourd'hui, il se rendra à la Guérinière, un quartier rénové de Caen (Calvados), pour y parler mixité sociale. Jeudi, enfin, il installera le conseil d'administration de l'Agence nationale pour la cohésion sociale. Avant cette formalité, il devrait réunir ses ministres concernés pour plancher sur la cohésion sociale et la politique de la ville.
Tension. Le message qu'il veut envoyer est limpide : pendant que Nicolas Sarkozy s'occupe d'envoyer des cars de CRS dans les cités, il veut montrer qu'il prend le problème des banlieues dans tous ses aspects. «Je suis extrêmement vigilant, confiait-il lors de son voyage aux Antilles, en fin de semaine dernière. Il s'agit dans beaucoup d'endroits d'un condensé de problèmes extrêmement difficiles. Il faut être pragmatique et aller plus loin sur chacun des sujets.» Alors que les responsables associatifs se sont montrés inquiets du regain de tension dans les banlieues, il s'est attaché à rappeler hier que, depuis les émeutes de 2005, «plus de 100 mesures ont été décidées et sont actuellement mises en oeuvre pour inverser des processus de ségrégation et d'exclusion sociale». 
Un message qu'il devrait répéter souvent dans les jours à venir. Pour ne pas laisser à son ministre de l'Intérieur le seul terrain de la lutte contre l'insécurité au moment où plusieurs agressions de policiers sont survenues ces dernières semaines dans des cités, il lui a officiellement demandé, ainsi qu'au garde des Sceaux, Pascal Clément, «d'étudier un renforcement des poursuites et des peines en cas d'agression des forces de l'ordre». Il a également réclamé un «renforcement de la coordination de tous les services de l'Etat dans le domaine de la prévention de la délinquance». 
L'entourage de Sarkozy assure ne pas vouloir entrer dans la surenchère. «La banlieue est pour nous une préoccupation de tous les jours, pas juste aux alentours du 27 (1), explique un proche du ministre, ça ne sert à rien de faire des choses ce jour-là pour relâcher ensuite.» Le même précise que le ministre d'Etat fera lui aussi un déplacement en banlieue à Villeneuve-la-Garenne (Hauts-de-Seine) vendredi en compagnie de Jean-Louis Borloo pour y parler logement social. Manière de tenter d'échapper à sa politique du tout-répressif.
Reproche. Une politique fortement critiquée par la gauche. Manuel Valls (PS), député de l'Essonne et maire d'Evry, lui a ainsi reproché d'avoir «créé du désordre» dans les banlieues. Après l'agression de policiers à Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis), il a estimé sur France Inter «que les policiers sont en train de payer les déclarations de Nicolas Sarkozy, de payer un climat qu'il a instauré». Julien Dray, porte-parole du PS, a, lui, affirmé que la situation était «extrêmement grave» dans les banlieues et qu'il n'y avait «plus de ministre de l'Intérieur», Nicolas Sarkozy étant «en campagne électorale». La porte-parole de l'UMP, Valérie Pécresse, a immédiatement réagi, accusant le PS d' «instrumentaliser l'insécurité dans les banlieues» et d'avoir un «comportement de pompier pyromane». «On ne peut pas soupçonner le ministre de l'Intérieur de ne pas être totalement mobilisé, notamment sur la situation de la sécurité en Seine-Saint-Denis», a-t-elle ajouté avant de mettre en garde les socialistes : «Vouloir souffler les bougies des émeutes des banlieues, ça peut les conduire à souffler sur les braises.» Une remarque qui, semble-t-il, vaut aussi pour son camp.
(1) Le 27 octobre 2005, deux adolescents décédaient dans un transformateur EDF de Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) après une course-poursuite avec la police. Leur mort avait donné lieu à plusieurs semaines d'émeutes dans les banlieues.
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Dimanche 15 octobre 2006

On pensait que les candidatures multiples, les peaux de banane et la guerre des chefs étaient le sort de la seule gauche.

Depuis quelques jours, à droite, Nicolas Sarkozy est la cible de phrases assassines, de piques et de manoeuvres de coulisse de son parti. Le clan chiraquien n’a, apparemment, pas dit son dernier mot sur la présidentielle de 2007. Deux voix se sont particulièrement distinguées dans cette attaque frontale mais peu efficace pour l’instant: De Villepin et Michèle Alliot-Marie. Le premier a dit tout haut ce que ses camarades pensent tout bas, à savoir que «d’autres candidats que Sarkozy, issus de la famille UMP, peuvent se présenter». Intervenant sur RTL, le Premier ministre considère que «les Gaullistes ont un héritage qui est de considérer que cette élection, c’est d’abord la rencontre entre un homme, une femme et le peuple français. Aussitôt, les observateurs ont repéré la femme en la personne de Michèle Alliot-Marie, la ministre gaulliste de la Défense qui est, semble-t-il, déjà en embuscade». Elle avait elle-même déclaré, récemment, que «les sondages qui sont faits huit mois avant, sont rarement ceux que l’on retrouve après. J’examinerai la situation et, au vu de celle-ci, je me prononcerai au début de l’année prochaine». En attendant, elle s’organise, tisse des réseaux et recherche des appuis. Azouz Begag, ministre délégué à la Promotion de l’égalité des chances et affilié au clan chiraquien, souhaite, pour sa part, que De Villepin se présente, estimant que le Premier ministre incarne «l’apaisement, l’unité» et «sait parler à tous les Français sans tentative de désunion». On l’aura compris, ses propos visent directement le ministre de l’Intérieur, auteur des expressions telles que «karcher» et autres «racaille». En somme, une «sémantique de guerre» selon le même Begag. Jean-Louis Debré, président (UMP) de l’Assemblée nationale est encore plus tranchant «il (Sarkozy) ruine l’action du gouvernement» tandis que pour François Goulard, ministre délégué à la Recherche, «il s’inscrit contre la tradition gaulliste». Mais pour les Chiraquiens, Sarko reste surtout celui qui a «trahi» Chirac en 1995 en préférant Edouard Balladur, lequel, d’ailleurs, vient de le rejoindre dans l’équipe de campagne. Pourtant, le ministre de l’Intérieur ne se démonte pas même s’il essaie, depuis quelques jours, de rectifier son image d’homme impulsif et parfois brutal dans ses déclarations. Il faut dire que sa qualité de n°2 du gouvernement et ses scores toujours aussi positifs dans les sondages, lui donnent une confortable marge de manoeuvre. Mais sa carte maîtresse est, sans conteste, son parti, l’UMP, dont il est le président et le candidat probablement. Mais l’UMP, fort d’environ 300.000 adhérents, est aussi une machine de guerre qui dispose d’un potentiel financier considérable. Alors, qui peut lui tenir tête à droite? C’est la question que se posent journalistes et politiques. Ses opposants du clan chiraquien pensent à De Villepin et Michèle Alliot-Marie, sans trop d’illusion toutefois, car, comme le dit le directeur du CSA (centre de sondage), «l’UMP est à la dévotion de Sarkozy, c’est son fan-club». Les deux personnalités ont, néanmoins, leurs supporters dans le gouvernement, Begag, bien sûr, mais aussi quelques autres comme le ministre délégué aux Relations avec le Parlement qui a reconnu publiquement: «Nous sommes fidèles au président Chirac et au Premier ministre. Interrogé sur le devenir de cette opposition anti sarkozy, le même ministre confie: Nous avons vocation à rallier parmi les premiers, la candidature Villepin ou Alliot-Marie». L’entourage de Sarkozy, lui, se dit optimiste et il le dit sur tous les tons «Nicolas innove, donc il dérange» depuis 2002, on nous dit qu’il va exploser en plein vol...A chaque fois, les Français l’ont approuvé et il a eu raison contre les jeteurs de sorts. Il se peut que pour Sarkozy les choses ne soient moins évidentes dans les prochains mois, lui qui se croyait déjà sur la voie royale, aura peut-être à ferrailler davantage avec ses compagnons de droite qu’avec ses adversaires socialistes.

par rezeid publié dans : Divers
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Dimanche 15 octobre 2006
Si sa désignation comme candidat de l’UMP à la présidentielle est acquise, les amis de Dominique de Villepin s’interrogent – de moins en moins discrètement – sur sa capacité à rassembler une majorité de Français au second tour.

Ce n’est encore qu’une petite musique mais son refrain commence à agacer sérieusement la direction de l’UMP : et si le meilleur dans les sondages n’était pas le meilleur dans les urnes ?
Posée surtout par des parlementaires estampillés “villepinistes”, la question en dissimule une autre, plus insidieuse encore : les amis de Nicolas Sarkozy ne seraient-ils pas en train de commettre la même erreur que ceux d’Édouard Balladur qui, un an avant l’élection présidentielle de 1995, proclamaient, enquêtes d’opinion à l’appui, que les jeux étaient faits ?
À titre personnel, le principal intéressé, qui a vécu de l’intérieur la campagne de l’ancien premier ministre, assure qu’il ne se laisse pas griser par les sondages : « Tout est loin d’être gagné », insistait-il l’autre semaine devant le comité exécutif de l’UMP.
Proche parmi les proches de ce même Sarkozy, le ministre délégué aux Collectivités territoriales, Brice Hortefeux, ne dit pas autre chose, et avec lui ceux qui ont l’expérience des campagnes gagnées comme des campagnes perdues. Bref, ceux qui cultivent le calme des vieilles troupes.
Mais pour un Hortefeux, combien d’autres, notamment parmi les ralliés de fraîche date, se laissent aller, déjà, à distribuer des portefeuilles, voire à désigner ceux qui auront des comptes à rendre pour cause de chiraquisme excessif.
Classique en politique, le petit jeu a cependant pris un ton aigu après l’affaire du CPE et la tempête Clearstream qui, au début de l’été, ont pu laisser croire que Dominique de Villepin était éliminé du paysage. L’atmosphère est devenue tellement tendue, à l’UMP même, pour les fidèles du président de la République et pour les amis du premier ministre, que ceux-ci ont choisi de s’organiser.
Michèle Alliot-Marie, la première, a laissé entendre, le 18 juin (date prédestinée ?), qu’elle n’« excluait rien ». Elle ajoutait le 2 septembre à la tribune de l’université d’été UMP de Marseille : « On peut très bien imaginer une autre candidature après le congrès du 14 janvier. Je ne crois pas aux campagnes gagnées d’avance. »
Dans l’entourage de Nicolas Sarkozy, on s’était alors employé à relativiser les choses : « MAM veut faire monter les enchères. Elle est, en fait, candidate sans le dire à Matignon. » Aujourd’hui, en tout cas, la ministre de la Défense semble avoir relevé d’un cran ses ambitions : « Pour de nombreux militants de l’UMP, confiait-elle au Figaro du 10 octobre, je suis la seule à pouvoir battre Ségolène Royal. »
Entretemps, elle s’est dotée d’une structure de réflexion qui pourrait, du jour au lendemain, se muer en association de financement pour une éventuelle campagne électorale menée par elle… ou par un autre. Son nom est en soi tout un programme : “Le chêne”, par référence à son dernier livre, Le chêne qu’on relève (Odile Jacob), allusion non moins transparente aux Chênes qu’on abat d’André Malraux, viatique de toute une génération de gaullistes venus à la politique après la mort du Général…
Défendre (ou ressusciter) l’âme du gaullisme face à un Sarkozy réputé “atlantiste” à l’extérieur et “communautariste” à l’intérieur, n’est-ce pas un peu court ? On se souvient que le principal bilan du chiraquisme (dont est issue MAM) fut justement de rompre avec la spécificité gaulliste – sur l’Europe en particulier – pour permettre aux centristes et aux libéraux de nouer une alliance durable avec l’ancien RPR, puis de se fondre avec lui dans l’actuelle UMP,
création qui doit tout à Chirac et bien peu à Sarkozy ?
La politique fonctionnant sur les symboles, cette référence obligée au gaullisme n’est, en fait, qu’un signal de ralliement permettant de fédérer tous ceux qui ne se reconnaissent pas dans le président de l’UMP. Et souhaitent garder ouverte, le plus longtemps possible, la possibilité d’une alternative qui pourrait s’appeler Villepin.
C’est si vrai que, parmi la vingtaine de députés et la petite dizaine de ministres qui reconnaissent travailler d’arrache-pied à cette éventualité, certains ne se revendiquent pas chiraquiens ni a fortiori gaullistes. Pourquoi, alors, soutiennent-ils Villepin davantage que Sarkozy ?
Leur position tient en deux arguments.
L’un de fond : la rupture est un concept « anxiogène et négatif » (dixit François Goulard) qui ne correspond pas à la mentalité française. Il renforce la réputation “d’agitation” que traîne derrière lui Sarkozy (selon Jean-Louis Debré) et risque d’opposer entre elles les catégories de Français (actifs contre retraités, salariés du privé contre fonctionnaires, citoyens promus en raison de leur appartenance à une minorité “visible” et citoyens laissés sur le bord du chemin parce qu’ils n’appartiennent à aucun groupe de pression). Toutes choses qui risquent de laisser des traces quand la droite devra se rassembler au second tour… Et pour autant, murmurent-ils, que le favori des sondages n’« explose pas en vol d’ici le premier », comme Raymond Barre en 1988 ou Édouard Balladur en 1995 !
Tout en admettant que Dominique de Villepin ne souscrirait pas de gaieté de cœur à sa définition, Hervé Mariton voit au contraire le premier ministre comme un authentique « conservateur » dans le sens britannique fixé par Disraeli : « un responsable doté du double courage de réformer ce qui ne fonctionne pas et de conserver ce qui a fait ses preuves. » Quand Sarko « investit tous azimuts le champ du conflit », Villepin investit celui du « rassemblement » – l’environnement, la lutte contre le chômage –, résume Mariton, qui (pour une fois) cite de Gaulle : « Il peut s’avérer que le chemin le moins démagogique soit accessoirement un bon calcul. »
L’argument de forme, enfin. Selon les villepinistes, la hâte de Sarkozy de verrouiller le calendrier de sa propre désignation par l’UMP peut se révéler contre-productive. En bouclant la liste des candidats à la candidature à la mi-décembre, et en proclamant, le 14 janvier, qu’il sera soutenu par le mouvement, on risque, plaident-ils, de fermer le jeu trop tôt.
C’est ce que pense aussi Jean-Pierre Raffarin, pour qui la « moindre des choses » serait d’attendre que Jacques Chirac ait annoncé son intention de ne pas se représenter avant de réclamer, à son tour, le soutien de l’UMP.
Quant à Dominique de Villepin qui, le 8 octobre, au Grand Jury RTL-le Figaro-LCI, a indiqué publiquement pour la première fois que Sarkozy n’était pas, à ses yeux, le « seul candidat possible », sa règle de conduite est claire : il ne prendra sa décision qu’une fois confirmée la décision de Chirac de ne pas rempiler.
Ce qui lui a valu, dès le lendemain, cette réplique pour le moins brutale du président de l’UMP, invité de France Inter : « S’il veut y aller, qu’il le dise maintenant. »

Course de lenteur contre précipitation.

Pourquoi maintenant ? C’est toute la question, que refusent justement de trancher les partisans du premier ministre. Que Nicolas Sarkozy ait un intérêt personnel à geler les rapports de force, c’est une chose, expliquent-ils en substance. Que cela soit aussi l’intérêt de la droite dans son ensemble en est une autre. Question subsidiaire : que se passera-t-il si le ministre de l’Intérieur, désigné candidat de l’UMP par 99 % des militants, décroche brutalement dans l’opinion deux mois avant l’élection ? Autrement dit si la logique du “tout sauf Sarkozy”, agitée par l’extrême gauche, aboutissait à renforcer Ségolène Royal de manière décisive pour le second tour ?
Parce qu’ils veulent croire que Villepin cristallise moins d’oppositions frontales que Sarkozy, les partisans du premier ministre se sont donc engagés dans une course de lenteur dont l’enjeu n’est pas mince : faire admettre au président de l’UMP que s’il est le meilleur pour l’instant, il pourrait ne pas le rester demain, pour peu que la perspective de sa défaite remobilise la gauche comme un seul homme.
De François Goulard (ministre de la Recherche) à Henri Cuq (Relations avec le Parlement) et de Brigitte Girardin (Outre-Mer) à Christian Jacob (Fonction publique) en passant par Philippe Bas (Sécurité sociale), Catherine Colonna (Affaires européennes) ou Léon Bertrand (Tourisme), les ministres non sarkozistes du gouvernement, qui se réunissent chaque mardi avec la vingtaine de parlementaires acquis au premier ministre, ont fixé leur choix sur une dialectique qu’ils restituent à la virgule près : si Nicolas Sarkozy reste le meilleur, qu’il soit assuré que nous le soutiendrons. Si un autre se révèle plus capable de gagner, nous aimerions être certains de la réciproque…
À peine réélu, dimanche dernier, à la Mairie de Bordeaux, Alain Juppé ne les a pas contredits en proclamant qu’il estimait urgent… d’attendre avant de se prononcer sur le meilleur candidat de l’UMP en 2007 !
L’ancien premier ministre pensait-il à lui ? Même ses proches en conviennent : ce n’est pas en sept mois qu’on se met en position de briguer une élection présidentielle… Mais sans être une dream team en mesure, pour l’heure, de faire trembler Sarkozy, l’alliance MAM-Villepin-Juppé, parrainée de loin par Chirac, a déjà la vertu de le faire sortir de ses gonds. Ce qui, aujourd’hui, suffit à leur bonheur…
Que restera-t-il de tout cela quand, le 14 janvier 2007, le président de l’UMP sera massivement désigné par les 280 000 militants du parti comme leur seul candidat ?
On peut faire confiance au ministre de l’Intérieur pour orchestrer l’événement, et sur ses lieutenants pour cataloguer dans la catégorie des diviseurs, épithète plutôt mal portée en politique, les mauvais joueurs qui oublieraient de s’en réjouir.
Ce jour-là, les grandes considérations sur la philosophie gaullienne de l’élection présidentielle (« qui ne doit pas être prise en otage par les partis », etc.) paraîtront, sur l’instant, bien poussiéreuses. Elles le resteront si Nicolas Sarkozy l’emporte, le 6 mai suivant. Dans le cas contraire, Dominique de Villepin disposera de cinq ans pour les remettre au goût du jour…
par rezeid publié dans : Divers
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Dominique de Villepin :

"Le Soleil noir de la puissance"

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