Par Nicolas Domenach, directeur adjoint de la rédaction de Marianne.
Ecrivain, il l'était déjà ; il l'a toujours été. Sur sa biographie, cette profession figure toujours avant celle de diplomate ou de politique. Ce prolifique plumitif s'enorgueillit d'avoir publié des recueils de poésie ainsi qu'un essai historique sur Napoléon et des ouvrages de réflexion pour l'action. Alors, le Salon du livre était son salon. Chirac a l'agriculture, Villepin la culture.
Il fallait le voir hier, porte de Versailles, souriant, épanoui, enjoué, saluant les éditeurs et les écrivains qu'il connaissait tous. L'auteur était chez lui et comme en campagne, n'oubliant pas de féliciter la star de l'édition comme le plus obscur artisan, les louant tous pour « leur courage, leur liberté, leur indépendance ».
On était loin du Premier ministre crispé, du hussard sur le moi, hier désarçonné par les manifestations de jeunes contre le CPE, puis par l'implacable cynisme politicien de Nicolas Sarkozy. Le lettré Villepin était comme un poisson-chat dans l'eau vive des courants littéraires. Il frétillait et se jouait de tous les pièges, saisissant lui-même « un guide pour réussir ses changements professionnels », emplissant des sacs à dos entiers d'ouvrages prometteurs comme « le secret de l'Epouvanteur », « l'Eternité de l'Instant », « Dieu n'a pas réponse à tout » ou même des guides de l'Inde qu'il connaît pourtant par cœur.
Villepin a bien sûr fait semblant de ne pas voir des livres aussi triviaux que les innombrables biographies de Sarkozy ou ces best-sellers qu'il déteste, tel La tragédie du Président de Franz Olivier Giesbert. Il préférait feuilleter avec vénération les ouvrages d'art, ou rêver devant des romans. Il s'engageait même à donner un coup de main au sens littéral du terme à la littérature romantique puisqu'elle ne marchait pas très bien paraît-il. Et l'on apprenait, mais on le savait déjà un peu, qu'il écrivait et écrivait encore, qu'il écrivait toujours !
Même en Conseil des ministres, on le voit raturer, gratter, affronter ce qui constitue ses véritables épreuves, les manuscrits qu'il publiera. Le chef du gouvernement en a plusieurs sur le feu, notamment des recueils de poésie, une suite historique aux Cent jours, Napoléon à Sainte-Hélène que son éditeur Perrin attend avec impatience, car cet auteur-là, dans ce genre-ci, vend beaucoup. Mais l'écrivain politique devrait aussi accoucher d'un essai dans le droit fil des précédents (le Requin et la mouette, le Cri de la gargouille). J'ai proposé à ce napoléonien, né trop tard dans un monde trop vieux, ce titre pour son prochain ouvrage : « La gargouille meurt mais ne se rend pas ». Villepin a souri, mais il m'a dit préférer nettement quelque chose de plus sobre, enfin manière de parler : « Je pense plutôt à quelque chose comme Le Phénix ».
Le Phénix : voilà, c'est tout un programme politique. Le phénix Villepin compte bien renaître de ses cendres. Certainement pas en participant à des meetings avec Nicolas Sarkozy, encore moins en allant se faire élire dans quelque circonscription électorale de basse province, en dépit de ce que souhaitaient nombre de ses proches. Non, cet aventurier scriptural veut aller jusqu'au bout de son parcours singulier, et assumer ce qui lui paraît essentiel pour un homme politique, sa part de solitude que l'écriture lui permet d'approfondir et de sublimer. Ainsi Villepin pourra-t-il dépasser cette tragédie intime et publique dont personne n'a l'air de se rendre compte : la France d'aujourd'hui ne veut pas de lui ! Dans l'indifférence, elle tourne la page de son vivant ! Là est le drame, son drame, dans toute son infinie cruauté.



son ami Stanley Hoffmann, qui l'avait invité, vendredi 16 mars, à l'université Harvard, Dominique de Villepin est apparu apaisé. "Beaucoup plus détendu, dit le professeur : il a l'air tourné vers l'avenir." Il y a quatre ans, presque jour pour jour, Dominique de Villepin, alors ministre des affaires étrangères, mettait en garde l'administration Bush, à la tribune de l'ONU, sur les risques d'une intervention militaire en Irak. Son retour sur les lieux du divorce avait l'air d'une manière de narguer les Américains.
Dominique de Villepin, qui soigne sa stature internationale aux Etats-Unis, a plaidé vendredi à Harvard pour l'émergence d'une "véritable gouvernance mondiale", passant notamment selon lui par "un partenariat d'égal à égal" entre les Etats-Unis et l'Europe.Le Premier ministre français, qui a rencontré jeudi à New York le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, et l'ex-président américain Bill Clinton, reconverti dans l'aide au développement, était invité à prendre la parole en anglais dans cette prestigieuse université proche de Boston (nord-est), sur le thème "Les Etats-Unis et l'Europe face à un ordre mondial en mutation".
Dominique de Villepin a profité d'un passage jeudi soir sur une chaîne de télévision américaine pour confier qu'il n'avait jamais rêvé être président en 2007 et qu'il accepterait bien, après Matignon, "toute mission" dans le règlement des crises internationales par exemple.Invité de l'émission "The Charlie Rose Show", le Premier ministre, en visite aux Etats-Unis, s'est exprimé longuement en anglais sur les questions de politique étrangère avant d'être interrogé sur la situation en France.

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