Samedi 9 septembre 2006

Dérogations, départs vers le privé, astuces en tous genres, les Parisiens sont des champions de l'évitement de la carte scolaire.

 
LES PARENTS n'ont pas attendu les politiques pour desserrer le carcan rigide de la carte scolaire. Créée en 1963 pour favoriser la mixité sociale, cette obligation de scolariser ses enfants dans le quartier où l'on vit ne répond plus au désir de «consumérisme scolaire» des familles. A Paris, une étude publiée par la revue Éducation et formations en juin 2005, ne cache pas l'ampleur du phénomène : pas moins de 40% des élèves parisiens inscrits en sixième éviteraient le collège public auquel la carte scolaire les rattache. Et les profs sont deux fois plus nombreux que la moyenne à pratiquer ce sport national ! En province, les études remontent à 2001. Elles montrent que 30% des parents réussissent à inscrire leurs enfants dans un collège hors de leur secteur.
 
Comment font ces petits malins qui se jouent de la contrainte ? Certains choisissent d'inscrire leurs enfants dans des collèges privés ou demandent le plus légalement du monde des dérogations. Mais comme celles-ci sont désormais accordées au compte-gouttes, les parents rivalisent d'imagination pour arriver à leurs fins.
 
C'est le cas de Dominique, 30 ans, architecte, père de deux enfants qui auraient dû être scolarisés dans un collège difficile d'un quartier sensible de Bagnolet. «Je ne voulais pas que mes enfants aillent dans ce collège réputé très moyen. J'ai loué une chambre de bonne dans un beau quartier parisien et proposé à d'autres parents d'ouvrir un compteur EDF ou une ligne de téléphone chez moi. Nous partageons le montant de la location.» Le succès a été immédiat : pas moins de quatre couples avec sept enfants vivent officiellement dans 12 m2 !
 
Moins audacieux mais tout aussi têtu pour le bien-être scolaire de ses enfants : Nicolas, qui réside dans un quartier sensible d'Ivry. Au moment de l'inscription en primaire de ses trois enfants, il s'est fait domicilier chez une amie dans le centre-ville bourgeois de Charenton. «A la mairie, nous avons expliqué que nous élevions ensemble mes enfants, je n'ai pas eu le moindre souci, il y a tellement de familles éclatées.»
 
Le système D
 
D'autres domicilient leurs enfants chez la nounou, les grands-parents ou l'oncle Arthur. Plus classique, certaines familles sont passés maîtres dans l'art de dénicher les options rares et poussent leurs enfants à faire du chinois ou du japonais pour décrocher des collèges ou lycées d'élite. Quand on n'y arrive pas, on change d'adresse. Les agents immobiliers sont intarissables. «Cette contrainte influe sur les prix», confie un agent immobilier parisien.
 
Pour tenter d'enrayer l'hémorragie annoncée des cadres et des classes moyennes, les principaux de certains collèges proposent des classes européennes, artistiques ou musicales. «C'est à cause de toutes ces options que le phénomène de contournement est difficilement quantifiable, prévient Daniel Robin, chargé des statistiques au SNES. Comment distinguer une manoeuvre d'évitement d'un choix pédagogique mûrement réfléchi ?»
 
Une enquête récente de la Peep montre que 25% des parents veulent supprimer la carte scolaire tandis que 50% pensent qu'il faut l'assouplir. Autant dire l'enterrer... C'est qui se passe à Moulin, où le maire UMP, Pierre-André Périssol qui gère une douzaine d'écoles primaires et plusieurs collèges dont certains classés en ZEP. «Pour que les parents ne fuient pas un établissement au profit d'un autre, il faut veiller à ce que les performances des écoles et collèges de la ville soient comparables, explique-t-il. Si elles ne le sont pas, il faut réagir très vite avec des moyens supplémentaires, de nouveaux enseignants, motivés par des incitations financières.» Une initiative locale difficile à mettre en place sur une grande échelle.
par rezeid publié dans : Divers
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Samedi 9 septembre 2006

En matière d'éducation, le premier ministre se démarque des prises de position récentes de Nicolas Sarkozy et de Ségolène Royal.

 
NI SARKO, ni Ségo. Dans le débat sur la carte scolaire relancé au début de la semaine par Ségolène Royal et avant elle par Nicolas Sarkozy, Dominique de Villepin a fait entendre, hier, sa propre musique lors d'un déplacement dans un collège et un lycée de Thionville. «La suppression totale de la carte scolaire ne me paraît pas la bonne solution : elle conduirait inévitablement tous les parents à vouloir inscrire leurs enfants dans les mêmes établissements», tranche le premier ministre, qui met en garde contre «le risque de l'arbitraire».
 
Se posant en défenseur de l'«idéal républicain» et en partisan déclaré de la «mixité sociale», il propose d'«améliorer» la carte scolaire sur la base de ces principes. Hier, il a demandé à son ministre de l'Éducation nationale, Gilles de Robien, d'engager la «concertation» avec les chefs d'établissement, les enseignants, les parents d'élèves et les élus locaux. Gilles de Robien, qui n'avait pas programmé cette réforme avant la rentrée, a confié au Figaro que les «invitations partaient aujourd'hui (NDLR : hier)».
 
Sur ce sujet sensible de la carte scolaire contournée par près d'un tiers des parents d'élève, Dominique de Villepin fait le choix du «pragmatisme» plutôt que de l'«idéologie». Une pierre dans le jardin des deux favoris dans la course à l'Élysée. Le 22 février, lors d'une convention de l'UMP consacrée à l'éducation, Nicolas Sarkozy s'était prononcé en faveur du «libre choix des parents pour l'école de leurs enfants». Dimanche dernier, Ségolène Royal s'est prononcée à son tour pour un «desserrement des contraintes» de la carte scolaire. «L'idéal» étant, selon elle, «sa suppression».
 
Dans le même panier
 
Hier à Thionville, le chef du gouvernement a pris un malin plaisir à mettre les deux chouchous des sondages dans le même panier. «S'il y a, demain, un remède miracle ou une idée géniale qui permet de faire mieux que la carte scolaire, bien sûr que nous l'étudierons. Méfions-nous des approches trop générales ou trop idéologiques !» Pour l'homme de Matignon, la suppression de la carte scolaire serait un «formidable dérèglement de l'organisation scolaire», incompatible avec son impératif d'égalité des chances.
 
Mais Dominique de Villepin a lancé une autre pique au numéro deux du gouvernement. Sans citer son nom, il a rappelé la passe d'armes sur les zones d'éducation prioritaire (ZEP) dont Nicolas Sarkozy réclamait, au printemps, «le dépôt de bilan». «Je sais qu'il pouvait paraître tentant de dire «On supprime les ZEP». Mais nous l'avons vu, les ZEP ont beaucoup apporté à notre pays», ironise le premier ministre. Trop content d'opposer sur ce dossier son «pragmatisme» à «l'idéologie» du candidat UMP. L'occasion pour Villepin de valoriser «sa» réforme des ZEP avec la création, dès cette rentrée, des 249 collèges «Ambition-Réussite».
par rezeid publié dans : dominiquedevillepin
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Samedi 9 septembre 2006
C'est le 18 octobre, à la Mutualité, que Nicolas Dupont-Aignan se déclarera officiellement candidat à la présidentielle, mais les universités d'été que le fondateur de Debout la République tient ce week-end à Dourdan donnent déjà le ton. Décidé «plus que jamais» à se présenter sans passer par la case des primaires internes à l'UMP, il renvoie dos à dos Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, accusant la «nouvelle aristocratie qui nous gouverne de voler l'élection présidentielle aux Français en réduisant d'avance leur choix à coup de sondages».
 
Le député de l'Essonne veut rassembler un public qui va potentiellement «de Chevènement à Pasqua, en passant par ceux de Séguin». Il affirme avoir déjà recueilli «200 signatures d'élus». Pour proposer à cet électorat «un autre choix que Sarkozy, au moins au premier tour», Nicolas Dupont-Aignan se démarque avec virulence du ministre de l'Intérieur. Il lui reproche «d'afficher la fermeté et de pratiquer le laxisme» face à l'immigration clandestine en «faisant sauter au cas par cas sous la pression du show-biz» sa propre loi. Il affirme aussi que le numéro deux du gouvernement a «démontré que sa rupture était en chocolat» au moment de la crise du CPE en plaidant pour le retrait du texte.J. W.
par rezeid publié dans : Présidentielles2007
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Samedi 9 septembre 2006

«Je ne me laisserai pas détourner, et je ne laisserai pas détourner le gouvernement de sa responsabilité, qui est de travailler», confie le chef de l'État au «Figaro».

 
CHAQUE CHOSE en son temps. La semaine dernière, aux universités d'été de l'UMP à Marseille, Nicolas Sarkozy s'est posé en «candidat incontournable» à l'Élysée. Mais cette atmosphère de précampagne dominée par l'affrontement entre les deux favoris des sondages, le président de l'UMP et Ségolène Royal, ne semble en rien affecter Jacques Chirac. Le président de la République, lui-même revigoré par des sondages à la hausse, affiche sa volonté de rester à la barre jusqu'au terme ultime de son mandat, en mai 2007. «La seule vocation du gouvernement, sa seule justification, c'est de se consacrer sans réserve au travail, et non aux perspectives politiques et élec torales qui viendront en leur temps», a-t-il confié, hier au Figaro.
 
«Je ne me laisserai pas détourner, et je ne laisserai pas détourner le gouvernement de sa responsabi lité, qui est de travailler» et non pas de se lancer dans une campagne électorale «prématurée». Car, explique-t-il, dans un quinquennat, «on ne peut se permettre de consacrer au débat électoral plus de temps que nécessaire en démocratie».
 
Jacques Chirac en est convaincu : «La France connaît une situation qui s'améliore», notamment en terme de croissance, de finances publiques et d'emploi. Le gouvernement, fait-il valoir, a aussi obtenu des résultats encourageants, que ce soit en matière de sécurité, de défense avec la professionnalisation des armées mise en oeuvre au début de son premier mandat, de retraites et d'assurance-maladie, de cohésion sociale. Mais s'il défend son bilan, Chirac refuse que la majorité se mette en roue libre jusqu'aux échéances électorales. «Nous n'avons pas encore atteint nos objectifs, ce n'est pas le moment de ralentir mais d'accélérer», insiste-t-il, fixant à ses ministres une feuille de route ambitieuse pour les huit mois qui le séparent de la fin de son mandat : améliorer le pouvoir d'achat des Français, favoriser le développement des PME, «élément dynamique de l'économie» dont la faiblesse contraste, selon lui, avec le poids qu'elles ont dans l'économie allemande, conforter la participation, réformer le dialogue social dont l'insuffi sance est «une plaie permanente de la société française».
 
Alors que l'opposition a déclenché une bataille d'amendements contre la privatisation de Gaz de France, préalable à sa fusion avec Suez, Jacques Chirac regrette «l'obstruction» à laquelle se livre la gauche. Il juge «essentiel de se doter d'un pôle gazier suffisamment fort». Car, observe-t-on à l'Élysée, si la France dispose de groupes de niveau mondial dans le nucléaire (Areva), le pétrole (Total) et l'électricité (EdF), «on était riquiqui dans le gaz».
 
«Dans le courant du premier trimestre»
 
Au cours des huit mois à venir, le président continuera à plaider en faveur de la protection de l'environnement, du dialogue culturel, de l'aide au développement sans laquelle, estime-t-il, il n'y aura pas de solution au problème de l'immigration incontrôlée. Avec une première tribune, du 18 au 20 septembre, devant les Nations unies à New York. Tout l'été, le président de la République a déployé une intense activité diplomatique pour tenter de résoudre la crise au Liban. Au point que nombre de ses partisans ont alors souligné son poids sur la scène internationale et ont même parfois envisagé, en cas de crise, une nouvelle candidature.
 
Alors le contexte international dominera-t-il la campagne présidentielle ? Au vu des précédentes élections, Jacques Chirac n'en est pas persuadé. Sauf tensions majeures qui pourraient inquiéter les Français et donc imposer les questions stratégiques et diplomatiques dans le débat. Adoptant la posture d'un président au-dessus de la mêlée, Jacques Chirac s'en tient à sa position, maintes fois répétée : ce n'est que «dans le courant du premier trimestre» de 2007 qu'il fera connaître ses intentions. Quel que soit le calendrier de l'UMP.
par rezeid publié dans : Jacques CHIRAC/DDV
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Samedi 9 septembre 2006

Gaullien, Sarkozy ? En fait, c’est Chirac qu’il copie

Au fil de ses discours qu’il qualifie de « fondateurs », Nicolas Sarkozy cherche à dessiner son portrait de futur Président. Mais, à chaque fois, au lieu de se préciser, ses traits se brouillent. Comme si, à l’approche de l’élection présidentielle, ses tentatives de correction d’image et sa volonté de séduire des clientèles hétérogènes lui faisaient renoncer une à une aux cartes qui lui ont permis de s’imposer à droite.

Changements de pied
Où est donc passé l’homme de la rupture ? Depuis septembre 2005, Sarkozy s’était installé dans ce rôle. Il voulait en fi nir avec les politiques menées depuis trente ans. En clair, pas seulement avec la gestion des socialistes, mais aussi avec celles de Jacques Chirac et de la droite. Il n’avait pas de mots assez durs pour critiquer le modèle français, synonyme à ses yeux de chômage, d’inégalités et d’endettement.
Oh, certes, le président de l’UMP, qui connaît le poids des mots en politique, persiste et signe. « La rupture est nécessaire », s’est-il écrié dimanche à Marseille. Mais ce n’est plus la même ! Il ne s’agit plus de rompre avec le chiraquisme, mais avec les idées de Mai-68. Difficile de faire plus consensuel dans l’actuelle majorité ! D’ailleurs, Sarkozy condamne l’idéologie libertaire non seulement au nom des valeurs de droite, mais aussi au nom de Jaurès et de Blum, qu’il oppose – c’est un classique du camp conservateur – aux socialistes d’aujourd’hui.
Mais où est donc passé le champion du libéralisme, l’opposant intransigeant à Chirac et à Villepin qui incarnent, à ses yeux, un centralisme étatique d’un autre âge ? La soudaineté de son virage à Agen, le 22 juin, a déconcerté ses propres amis. Le voilà qui attaque la politique menée par la Banque centrale européenne et critique le dogme de la dépense publique. Apparemment converti aux idées de Keynes, il va même jusqu’à dire, comme certains à gauche, que « ce n’est pas le défi cit qui crée le chômage, mais le chômage qui creuse le déficit », et donc que « la dette publique doit être remboursée par la croissance et non par la diminution du pouvoir d’achat ». Au grand dam d’Edouard Balladur, qui s’émeut de la résurgence du débat sur « l’autre politique ».

Libéralisme « régulé »
Là encore, Sarkozy affi rme ne pas se contredire. Il est toujours libéral, dit-il, puisqu’il prône la responsabilité individuelle, la réussite par le mérite, la concurrence, l’allègement de la fi scalité des entreprises, une fl exibilité accrue, la réduction du coût du travail, la suppression des droits de succession. Mais son libéralisme n’est plus le même ! Il est « régulé », il s’accommode de l’intervention de l’Etat pour sauver Alstom, pour pousser au rapprochement de Sanofi et d’Aventis, pour imposer une baisse des prix à la grande distribution. Il est devenu « populaire » par opposition au capitalisme « sans règle et sans éthique ».
Pourquoi ces changements de pied qui troublent ses partisans sans rassurer ceux qu’il inquiète ? Première raison : il pense, à juste titre, qu’il est désormais sans rival à droite. Le sondage Ifop dans Le Journal du dimanche le confirme : 45 % des Français souhaitent sa candidature, contre 8 % pour Villepin et 3 % pour Chirac. Il a d’abord cherché à séduire le noyau dur de l’électorat de droite qui souhaite une remise en cause du syndicalisme, de l’étatisme, de la fiscalité. Et à justifi er sa candidature. S’il s’opposait au Président, ce n’était pas par ambition personnelle, suggérait-il, mais pour défendre des idées différentes. Chirac n’avait pas agi autrement avec Balladur en 1995. Il avait fait sien le discours sur la fracture sociale pour s’opposer à son rival.
Seconde raison : Sarkozy sait que les Français, tous les sondages le prouvent, sont réfractaires au libéralisme. Pas question donc de se marginaliser en chaussant les bottes de Madelin. Pour accéder à l’Elysée, il lui faut rassembler les libéraux, les centristes, les européens, les souverainistes et, pourquoi pas, des déçus de la gauche.

Pillage d’idées
C’est pourquoi Sarkozy est passé en quelques mois de la rupture libérale à une sorte de volontarisme gaullien. Un peu à la manière de Chirac en 1995 qui s’appuyait à la fois sur Madelin et Séguin. A Douai, en avril, il lance : « Seul un Etat fort peut accompagner le changement. » En mai, à Nîmes, il évoque « la grandeur de la France éternelle ». A Agen, en juin, il dénonce les patrons voyous et amorce un virage social. A Marseille, le week-end dernier, il tente de se réconcilier avec la jeunesse qui ne lui a pas pardonné le « Kärcher » et la « racaille ». Pour la séduire, il n’hésite pas à puiser dans le projet socialiste : service civique, droit à la formation tout au long de la vie, droit aux jeunes de disposer d’une « autonomie financière »… On croirait entendre Martine Aubry !
Heureusement que, dans son livre Témoignage, Sarkozy se définit comme gaulliste. En fait, il est l’enfant du chiraquisme. Comme Chirac qui lui a tout appris, il est, on l’a vu, d’une étonnante plasticité et pos sède un culot monstre. Comme Chirac, il est capable de surprenants zigzags. Comme Chirac, il change de convictions au gré de ses intérêts électoraux. Comme Chirac, avant même d’avoir conquis le pouvoir, il donne le sentiment de naviguer à vue.

http://challengestempsreel.nouvelobs.com/france/chall_309895.html

par rezeid publié dans : Divers
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Samedi 9 septembre 2006

Emploi. Pour la première fois depuis 2002, le taux de chômage en France est passé sous 9 %. L’action du gouvernement y contribue en partie. La preuve par les chiffres.

Tout a été parfaitement orchestré. Annonce, le matin du 31 août, d’une nouvelle baisse du nombre de chômeurs en juillet et, dans la foulée, depuis Troyes, lancement par Dominique de Villepin d’un nouveau plan pour l’emploi. Le message, limpide, est relayé par l’ensemble de la majorité : les résultats sont là, mais il reste beaucoup à faire sur le front du chômage. Pas d’autosatisfaction. Sur la scène politique, tous les acteurs du gouvernement sont appelés à jouer, en cette rentrée 2006, la pièce Villepin ou le triomphe modeste . Ainsi, chaque ministre interrogé sur le sujet souligne la permanence de poches de chômage élevé, auxquelles il faut maintenant s’attaquer. Voilà pourquoi l’hôte de Matignon accélère l’embauche de personnes en difficulté par le secteur public, et renforce les actions de « préparation à l’emploi » pour les chômeurs les plus éloignés du monde du travail.


Il n’empêche que, sur douze mois, on enregistre un recul de 270 000 du nombre de demandeurs d’emploi, si l’on retient la définition fixée par le Bureau international du travail. De 10,1 % de la population active en mai 2005, à la veille de la promotion de Dominique de Villepin rue de Varenne, le taux de chômage est tombé à 8,9 % fin juillet. De mémoire d’économiste, on n’avait jamais vu une baisse aussi rapide, dans un contexte de croissance économique très molle, jusqu’au printemps 2006. Un tel reflux du chômage avait été constaté au cours de l’année 2000. Rien à voir avec la situation actuelle, puisque l’économie française frôlait alors la surchauffe. Bref, c’est du jamais-vu.
D’où vient ce petit miracle ? Du plan Borloo, qui monte en puissance depuis le début de 2005 ? Du contrat nouvelles embauches (CNE), lancé par Dominique de Villepin en août de la même année ? Le gouvernement s’attribue le mérite d’une bonne part de la baisse du chômage. Les économistes sont bien plus dubitatifs. A l’instar de Laure Maillard, d’Ixis CIB, ils sont nombreux à souligner l’épaisseur du brouillard statistique. On peut tout de même quantifier les différents facteurs d’amélioration de la situation de l’emploi. Et essayer de savoir où sont passés les chômeurs.

110 000 départs en retraite accélérés

Le premier facteur de baisse du chômage n’a rien à voir avec la politique de l’emploi. Du reste, le ministre Jean-Louis Borloo ne met jamais en avant cette explication, qui n’avait pas été anticipée. « Elle tient à la démographie », souligne Raymond Soubie, président du Conseil d’orientation pour l’emploi. Plus précisément, c’est la réforme des retraites, votée en 2003, qui joue indirectement un rôle majeur dans la baisse du chômage. Pour convaincre la CFDT d’approuver cette réforme, Jean-Pierre Raffarin avait autorisé le départ en retraite, avant l’âge de 60 ans, de salariés ayant commencé à travailler jeunes, à 15 ou 16 ans. Seule condition imposée : avoir cotisé pendant quarante-deux ans. La mesure, dont on pensait qu’elle concernerait seulement ­quelques dizaines de milliers de personnes, connaît un succès inattendu. Entre juin 2005 et juin 2006, 110 000 salariés âgés de 56, 57 ou 58 ans sont partis en retraite plus tôt que prévu à ce titre, selon la Caisse nationale d’assurance-vieillesse (Cnav). Un véritable appel d’air dans les entreprises : pour remplacer ces partants, il a bien fallu embaucher. D’un point de vue macro-économique, ces sorties massives de l’emploi, s’ajoutant à une augmentation naturelle des départs en retraite liée au début du papy-boom – arrivée à 60 ans des classes d’âge nombreuses nées après guerre – ont eu un effet très simple : la population active n’augmente plus. Elle pourrait même s’inscrire en baisse – la prévision est particulièrement difficile en la matière. Auparavant, le nombre de jeunes entrant sur le marché du travail dépassait toujours celui des départs en retraite. Pour stabiliser simplement le chômage, il fallait donc créer de 100 000 à 150 000 emplois supplémentaires chaque année. Aujourd’hui, même en l’absence de créations d’emplois, le chômage resterait stable. Autrement dit, il est plus facile de le faire baisser. Comme, en outre, les créations d’emplois sont là…

106 000 créations d’emplois « traditionnels »

Cela ne fait plus de doute, l’économie française crée des emplois. L’Insee et les services de Jean-Louis Borloo évaluent ces créations nettes de postes, dans le secteur concurrentiel, à 106 000 sur un an, entre juin 2005 et juin 2006. L’industrie française n’est certes pas au mieux, et a supprimé pas moins de 75 000 jobs en un an. Mais le tertiaire, lui, embauche (138 000 postes en plus), de même que la construction (42 000). Au total, cette performance, dont s’enorgueillit le gouvernement, doit être relativisée, au regard de celles réalisées par le passé. En 1999 et 2000, l’économie française avait créé plus de 500 000 emplois par an, toujours dans le seul secteur concurrentiel. Cette comparaison peu flatteuse a poussé le gouvernement à mettre en cause les statis­tiques de ses propres services. ­L’administration sous-estime les créations de postes, a fait valoir le ministre de l’Economie, Thierry Breton. Il est vrai que les données rendues publiques chaque trimestre ne prennent pas en compte beaucoup d’emplois de services, qui ne relèvent ni du secteur concurrentiel – ils sont souvent créés par des associations, et subventionnés – ni de l’emploi public dans les administrations. Cela sera prochainement corrigé.

50 000 emplois de services à la personne

Le plan Borloo mise beaucoup sur les emplois de services à la personne, dont la création est facilitée par l’instauration du chèque-emploi service universel. Les premiers résultats disponibles sont plus qu’encourageants. « Ces services ont été à l’origine de 65 000 emplois créés au cours du premier semestre. Ce chiffre, nous pensions l’atteindre sur l’année entière » , se félicite Laurent Hénart, député UMP de Nancy et président de l’Agence nationale des services à la personne. « Aujour­d’hui, plus de 10 000 entreprises et associations sont agréées. C’est la preuve que cela correspond à un besoin réel » , ajoute-t-il.
Un tiers de ces emplois concerne les enfants (garde, soutien scolaire). Un tiers répond à la demande des personnes âgées (soins à domicile, personnes handicapées et malades). Un tiers concerne plus largement la maison : besoin de gardiennage, de repassage, de jardinage…
Le hic, c’est que ces emplois s’apparentent trop souvent à des « petits boulots ». Ils ne représentent la plupart du temps que quelques heures par semaine. On comptabilise une création d’emploi à partir de sept heures de travail hebdomadaires proposées par une association ou une autre structure. Cela va sans dire, les salariés concernés sont contraints de cumuler les contrats. Autrement dit, les 65 000 emplois officiellement créés sont occupés par beaucoup moins de personnes. L’effet positif sur le chômage peut, au plus, être évalué à 50 000.

57 000 contrats aidés dans le secteur public

A écouter Thierry Breton, les emplois aidés offerts par l’Etat et les collectivités locales ne jouent qu’un rôle marginal dans la baisse du chômage. S’appuyant sur des prévisions réalisées en juin par l’Insee, il évalue à 30 000 les créations de postes de ce type pour 2006. Mais les chiffres récemment établis par les services de Jean-Louis Borloo sont supérieurs. Ils sont fondés sur le nombre de contrats effectivement signés. Sur un an, de juin 2005 à juin 2006, 57 000 emplois aidés ont ainsi vu le jour. Un impact non négligeable sur le chômage, donc, à mettre au crédit du plan Borloo. Les syndicats dénoncent des jobs au rabais. « Les contrats d’avenir peuvent-ils être comptabilisés comme de véritables emplois ? » s’interroge le secrétaire général de Force ouvrière, Jean-Claude Mailly, interviewé par Challenges . « Non, tout comme les contrats d’accès à l’emploi [ CAE ] , qui ne sont le plus souvent que des mi-temps. » Cela n’empêche pas le gouvernement de les multiplier – 50 000 emplois de ce type verront bientôt le jour dans les écoles, a annoncé le ministre de l’Education, Gilles de Robien.

Manipulations statistiques ?

« Pour diminuer le chiffre du chômage, on radie les demandeurs d’emploi des listes de l’ANPE , dénonce Jean-Claude Mailly. On es­time à 10 % l’augmentation du nombre de radiations en 2006. » Auparavant, un chômeur était convoqué avant de se voir radié. La procédure prenait un certain temps. « Aujourd’hui, s’il ne répond plus aux critères, le logiciel se charge de le sortir des listings automatiquement » , explique le secrétaire général de FO. Le gouvernement récuse cet argument. Selon Laure Maillard, le nombre de radiations n’a pas augmenté récemment. La hausse a lieu dès 2001, avec l’instauration du plan d’aide au retour à l’emploi (Pare).

Conclusion

L’action du gouvernement contribue, à l’évidence, à la baisse du chômage (emplois de services, contrats aidés). Mais il ne faut pas la surestimer. « Début 2006, la baisse du chômage s’expliquait pour un tiers par la démographie – départs en retraite –, un tiers par les créations de postes dans le privé, un tiers par les emplois aidés , explique Raymond Soubie. Aujourd’hui, les créations d’emplois jouent un rôle grandissant. » Thierry Breton en prévoit désormais 250 000 au total – y compris les emplois aidés – sur l’ensemble de l’année 2006. Elles trouvent leur origine dans une croissance plus forte, liée, notamment, au redémarrage de l’économie allemande.

Une décrue liée également à la démographie
Grâce aux nombreux départs à la retraite, naturels ou anticipés, la population active n’augmente plus. Même si l’économie ne créait pas d’emplois, le chômage baisserait.

Les mesures du nouveau plan emploi

Suppression des charges au niveau du smic
Les entreprises de moins de 20 salariés n’auront plus aucune charge à payer sur les salaires correspondant au smic, à compter de juillet 2007.

Création d’entreprise facilitée

Les chômeurs souhaitant créer une entreprise bénéficieront, à terme, d’un interlocuteur unique.

Actions préparatoires au recrutement
Le demandeur d’emploi accueilli dans l’entreprise pour y être formé sera rémunéré par l’Etat pendant trois mois, comme un stagiaire en formation professionnelle. A condition que l’entreprise s’engage à l’embaucher ensuite.

Prime pour l’embauche de chômeurs de longue durée
Une prime de cohésion sociale sera accordée aux employeurs – du secteur public – embauchant une personne de plus de 50 ans bénéficiant de l’allocation spécifique de solidarité (ASS) depuis plus de deux ans.

Contrats d’apprentissage dans la fonction publique
Les administrations embauchant un jeune venant des quartiers difficiles auront droit à une prime de 1 000 euros par contrat.




par rezeid publié dans : dominiquedevillepin
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