Jean-Pierre Raffarin: "la division de l'UMP en 2007 serait une folie"

Publié le par rezeid

 

Jean-Pierre Raffarin : «Aujourd'hui, Nicolas Sarkozy a de l'avance et Dominique de Villepin fait un sans-faute.» Le Figaro.

Dans un entretien au «Figaro», l'ancien premier ministre sort de son silence et pose les conditions d'une victoire de la majorité en 2007.

LE FIGARO. – Vous avez quitté Matignon il y a huit mois. Est-ce un soulagement ou une frustration d'être devenu un spectateur de l'action ?
Jean-Pierre RAFFARIN. – Je n'ai aucune frustration. Faire de la politique à dose mesurée a une vraie saveur. Mon rôle aujourd'hui est de préparer, activement et concrètement, le prochain quinquennat, au service de ma famille politique. Au Sénat, je trouve la sérénité propice au travail et à la réflexion.

N'avez-vous pas le sentiment que, y compris chez certains de vos amis, votre bilan est occulté ?
Je connais la politique. Je ne suis donc pas surpris. Je suis attentif à ce que les uns et les autres disent ou ne disent pas, mais ma petite comptabilité reste secrète. Les bonnes surprises sont nombreuses.

Quel est pour vous l'aspect le plus positif de votre bilan à Matignon ?
Quand Lionel Jospin m'a transmis le pouvoir, le chômage montait ; quand je l'ai transmis à Dominique de Villepin, il baissait. Avec la réforme des retraites ou celle de la dépendance, mon gouvernement aura été le premier à se saisir de la question globale du vieillissement démographique. Quand on relit mon discours de politique générale, on constate que j'ai mis en oeuvre 95% du programme de Jacques Chirac.


Avez-vous des regrets ?
J'ai un vrai regret, rétrospectivement, quant au consensus qui a conduit au choix de la voie référendaire pour ratifier le projet de Constitution européenne ; même s'il est utile que l'Europe écoute les peuples européens. J'aurais aimé aller plus loin dans bien des domaines, sur la réforme de l'Université, par exemple, mais, avec l'instauration du quinquennat, donc l'accélération du temps politique, il faut savoir qu'un mandat ne permet sans doute que de mener à bien trois à cinq grandes réformes structurelles.

En moins d'un an, Dominique de Villepin a levé plusieurs tabous (le CNE, l'apprentissage à 14 ans, la fin de la méthode globale, le bouclier fiscal...). N'auriez-vous pas pu les lever plus tôt ?
Les exemples que vous citez sont de bonnes décisions. Je vous l'ai dit, nous avons mis en oeuvre les engagements de Jacques Chirac. Il était difficile pour mon gouvernement d'aller plus loin compte tenu de la capacité de notre pays à accepter les réformes. La réforme des retraites, par exemple, a dominé l'action durant un an. Par l'effort de dialogue social et de concertation qu'elle exigeait, elle rendait difficile le lancement simultané d'autres chantiers, comme l'assouplissement des 35 heures qui a dû être retardé. Le changement de gouvernement a, en soi, créé les conditions d'une relance de l'action.

 

 

 


Regrettez-vous les remises en cause de vos choix sur le lundi de Pentecôte ou la privatisation des autoroutes ?
Je ne veux pas être un censeur. Je soutiens mais je ne commente pas l'action gouvernementale. On peut compter sur ma loyauté de parlementaire, comme on a pu compter sur ma loyauté de premier ministre.

N'avez-vous pas été victime de cette loyauté sans faille envers Jacques Chirac ? Dominique de Villepin paraît plus autonome dans son action.
La situation n'est pas identique entre un premier ministre nommé au lendemain d'une présidentielle massivement gagnée et un premier ministre nommé au lendemain d'un référendum nettement perdu ! J'ai respecté jusqu'au bout le pacte d'honneur que j'avais avec le président de la République. Je ne regrette pas cet honneur.

Partagez-vous la proposition de Nicolas Sarkozy de faire du président de la République le vrai responsable de l'action du gouvernement ?
Nicolas Sarkozy a raison de poser le problème. Le quinquennat change fortement la donne. Mon sentiment est qu'il faut davantage faire évoluer la pratique constitutionnelle que réviser le texte de la Constitution. Je participerai à ce débat lancé par le président de l'UMP. Faisons de 2006 une année probatoire où l'on pourra débattre sans tabou, mais aussi finaliser nos
projets.


Le rôle du premier ministre doit-il évoluer ?
Le quinquennat dicte la réponse. Le premier premier ministre de la période s'inscrit dans la dynamique de la présidentielle ; il doit mettre en oeuvre les engagements du candidat élu. Le second est déjà dans la perspective de la prochaine présidentielle ; il doit préparer l'avenir. A quelques mois près, cela donne à chaque premier ministre une durée d'environ trente mois.

Le plus important à mes yeux est de mieux préparer notre action avant l'exercice des responsabilités. Ce qui n'est pas préparé n'est pas fait, ou mal fait. La préparation des projets de loi, les concertations nécessaires doivent être lancées très en amont des élections.

Pour ne prendre qu'un exemple, je souhaite une relance du dialogue social. Cela passe par une meilleure représentativité des syndicats, donc des organisations moins nombreuses, mais plus fortes, autour d'un pôle protestataire et d'un pôle réformiste. Il faut y travailler dès maintenant.


A quinze mois de la fin de son mandat, de quelle autorité Jacques Chirac dispose-t-il encore sur son camp ? La droite n'est-elle pas déjà dans l'après-Chirac ?
Je l'ai souvent dit : il n'y a pas de place dans le camp du président contre le président. Après une année difficile, Jacques Chirac a relancé son action. Personne n'aurait intérêt à son affaiblissement. Si tous n'attendent pas de lui un nouveau projet, sa parole restera forte et écoutée, en raison de sa connaissance de la France, des hommes, de la situation internationale. Parce qu'il aura présidé la France durant douze ans, et quelle que soit sa décision pour 2007, son expérience et son humanité seront déterminantes.

Craignez-vous un affrontement en 2007 entre Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy ?
La création de l'UMP, en 2002, fut une décision majeure. L'union politique n'a de sens que si elle conduit à une union électorale. La division de l'UMP en 2007 serait une folie. Il nous faudra un candidat et un seul, et le soutenir clairement. C'est pourquoi j'ai voté en faveur de la réforme des statuts qui prévoit la consultation des militants.


Je le dis à l'attention de tous : toute nuisance envers un de nos candidats potentiels serait une faute grave. Le devoir de tout militant et de tout élu de notre famille est de soutenir Domi nique de Villepin et son action à la tête du gouvernement, et d'être loyal envers Nicolas Sarkozy dans son action à la tête de l'UMP. Retenons cet axiome simple : entre la droite et la gauche, le camp le plus divisé sera le camp perdant.


Les deux hommes sont cependant en compétition. Comment les départager ?
Aujourd'hui, Nicolas Sarkozy a de l'avance et Dominique de Villepin fait un sans-faute. Mais ils sont dans des logiques différentes. Sarkozy inscrit sa candidature dans une logique de parcours ; chaque jour, il se prépare. Villepin est dans une logique de rendez-vous ; c'est à la fin de 2006 que les Français évalueront son action. Rendez-vous début 2007. D'ici là, 2006 doit être une année de travail. C'est ce que je veux faire au sein de Dialogue et Initiative en ouvrant cinq chantiers : réfléchir aux institutions, rédiger une plate-forme de convictions, finaliser trois à cinq réformes structurelles, choisir des mesures simples à grande portée – comme je l'avais fait avec le non-paiement des jours de grève –, relancer enfin le débat européen. Je défendrai ainsi l'idée d'un grand projet social : par exemple, un «minimum européen de retraite», comme nous l'avons fait en France.

Pourront-ils cohabiter jusqu'au bout au sein du gouvernement ?
Ils font la preuve qu'ils peuvent travailler ensemble. Pour la suite, à eux de répondre. Cette question se pose à Nicolas Sarkozy : de combien de temps aura-t-il besoin pour être disponible, à l'écoute des Français et des problèmes du monde, en
dehors des trépidations de l'action gouvernementale ?


Michèle Alliot-Marie, Alain Juppé ou vous-même, représentez-vous une alternative au choix Sarkozy-Villepin ?
Notre mission est d'abord d'aider ceux qui sont en position plutôt que de disperser les talents et les énergies. Ayons tous cette éthique de l'union !

A gauche, Ségolène Royal est à la mode. En Poitou-Charentes, vous la connaissez bien. A-t-elle l'envergure d'un candidat à la présidentielle ?
Je ne la connais pas si bien que ça. En Poitou-Charentes, elle ne m'a affronté qu'une fois, en 1992, et je l'ai battue. Je constate simplement qu'elle séduit au loin et qu'elle irrite au près. Sa détermination est très forte et les éléphants du PS auraient tort de la mésestimer. Mais, si Lionel Jospin entre en campagne, elle aura du mal à résister.

Où vous voyez-vous dans les années à venir : à la présidence du Sénat ? A nouveau au gouvernement ?
Je suis un Français tranquille. Je suis le premier ministre de droite et du centre qui a bénéficié de la durée la plus longue depuis un quart de siècle. Nous sommes nombreux à souhaiter que cette expérience du premier quinquennat soit utile au second. Et, dans ma famille politique, je m'assigne une mission de tempérance, cette vertu cardinale qui permet de maîtriser les passions. C'est une vertu sénatoriale par excellence.

 source: www.lefigaro.fr

 

 

 

 

 

Publié dans Présidentielles2007

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