A l'Assemblée, Villepin défend son CPE face à Hollande

Publié le par rezeid

EMPLOI Vif échange hier, dans l'hémicycle, entre le premier ministre et le premier secrétaire du PS.

 

«JE NE SUIS PAS là pour me faire plaisir.» D'une phrase, Dominique de Villepin a livré, hier à l'Assemblée, son état d'état d'esprit et sa stratégie. Confronté à la mobilisation des syndicats, des étudiants et de la gauche contre son projet de contrat première embauche (CPE), le premier ministre économise ses forces. Méthodique, il organise sa riposte depuis le début de la semaine : accélération du calendrier parlementaire (lundi), mobilisation de l'UMP (mardi) et réponse à la gauche hier dans l'hémicycle du Palais-Bourbon. Aujourd'hui, il profitera de sa conférence de presse mensuelle pour faire de la «pédagogie» et mettre en avant les plus qu'apporte son nouveau contrat de travail en termes de logement, de formation et de droit au chômage destinés aux jeunes de moins de 26 ans.


Conscient du risque qu'il fait prendre à sa majorité sous la menace d'une manifestation étudiante le 7 février prochain, Villepin ne néglige aucun détail ; consulte tous azimuts et prend soin d'écouter tous les conseils. Jusqu'à associer, lundi soir, lors des voeux aux parlementaires, son prédécesseur, Jean-Pierre Raffarin, qu'il a fait venir sur l'estrade auprès de lui avec l'ensemble du gouvernement.


Harcelé de questions par les députés PS et PC, le chef du gouvernement a choisi hier de répondre au seul François Hollande. Laissant les autres interpellations (Jean Glavany, Arnaud Montebourg...) à ses ministres Jean-Louis Borloo et Gérard Larcher.


Quand le premier secrétaire du Parti socialiste se lève pour interpeller le premier ministre, Ségolène Royal jette un rapide regard vers son compagnon. Preuve que la question de Hollande est finalement très attendue à droite mais aussi à gauche. Le patron du PS force alors sa voix : «Votre contrat révocable à chaque instant, c'est la précarité organisée.» Puis, le leader socialiste ironise sur l'arrogance de Villepin : «Si vous étiez sûr de vous, pourquoi ne pas avoir engagé la concertation avec les syndicats ? Si vous étiez si sûr de vous, pourquoi agir par la voie d'un amendement et organiser le débat parlementaire pendant les vacances scolaires et universitaires ?»


«Il a été impérial»


Dans sa réponse, Villepin délivre son diagnostic : «La réalité de la jeunesse aujourd'hui, c'est un enchaînement de stages, de CDD et de période sans emploi et sans indemnité qui dure entre huit et onze ans. C'est cela, la précarité.» Puis, il s'adresse directement à son ancien condisciple de l'ENA : «François Hollande, depuis huit mois que je suis là, je vous ai rencontré à plusieurs reprises dans mon bureau avec un certain de vos collègues. M'avez-vous fait une seule proposition sur les jeunes ? Jamais», renchérit le premier ministre sous les huées de la gauche et les acclamations de la droite. «Il serait temps que vous regardiez la réalité en face», poursuit Villepin, content de renvoyer la balle dans le camp de la gauche. Trop content aussi de montrer aux députés UMP qu'il sait faire de la politique. «Nous avons rendez-vous tous les mois, pas uniquement en 2007, avec les chiffres du chômage. Je vous propose un rendez-vous à la fin du mois, et à la fin de tous les autres mois», conclut-il, visiblement satisfait.


Commentaire d'un de ses proches : «Il a été impérial.» Villepin ne semble, en tout cas, pas craindre ce qu'il appelle le «combat pour la vérité». Dans une interview au Nouvel Observateur, il confirme qu'il veut mettre «sur la table la question du contrat de travail». «Contrat unique, fusionnant CDD et CDI, ou contrats différenciés, à l'exemple ce que nous faisons pour les petites entreprises et les jeunes, tout est ouvert», dit-il. Confirmant qu'il est prêt à faire, d'ici à la fin du quinquennat, le pari de l'audace. Pour le pays et pour lui-même.

source: www.lefigaro.fr

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