CPE : l'échec de la mobilisation

Publié le par rezeid

Les manifestations organisées mardi un peu partout en France contre le contrat première embauche n'ont guère mobilisé: 150 000 personnes selon la police, 300 000 selon les organisateurs. « Evidemment, j'écoute ceux qui manifestent, mais j'écoute aussi ceux qui ne manifestent pas », a commenté le premier ministre. Récit de la journée.

Le piège d'Orly. Six heures du matin: à Orly, les contrôleurs du ciel ouvrent le bal des revendications. L'aéroport est paralysé par une grève surprise des agents de l'aviation civile portant sur un différend salarial. Les grévistes mettent à profit le préavis déposé, au niveau national, par les organisations syndicales contre le CPE. Plusieurs centaines de passagers sont pris au piège par l'annulation des vols, au départ et à l'arrivée du second aéroport parisien. Le trafic normal ne reprendra que dans l'après-midi.

Les syndicats prennent l'antenne. Dans la matinée, les leaders syndicaux se déploient sur les ondes, quelques heures avant les manifestations. Sur France Inter, Bernard Thibault (CGT) apporte son soutien au mouvement de grève d'Orly qui, selon lui, est une réponse aux mesures que le gouvernement veut faire passer à un rythme «supersonique». Sur France2, Jean-Claude Mailly, le secrétaire général de Force ouvrière, reproche à Dominique de Villepin de vouloir «avoir raison tout seul». François Chérèque est plus mesuré. Pour le secrétaire général de la CFDT, invité de RMC Info, «c'est l'économie qui va créer les emplois, pas les contrats de travail».

Petit-déjeuner stratégique à Matignon. Comme chaque semaine, Dominique de Villepin reçoit les ténors de l'UMP pour un petit-déjeuner à Matignon. Les conversations portent essentiellement sur le calendrier de la semaine. Le gouvernement semble désormais vouloir laisser le débat suivre son cours à l'Assemblée nationale, s'il le faut jusqu'à dimanche. Lundi, le premier ministre avait pourtant laissé planer la menace de recourir à l'article 49-3 en cas d'enlisement. La veille au soir, lors d'une réunion à Matignon autour de Dominique de Villepin, ses fidèles étaient convenus de monter au créneau en faveur du CPE. Afin qu'il ne soit pas le seul à s'exposer dans ce combat dangereux pour lui. Les ministres l'épauleront donc lors des questions au gouvernement. Et les députés Hervé Mariton et Georges Tron iront dans les médias vanter les mérites du CPE et «l'audace» du premier ministre.

La charge de Parisot. Hier matin, Laurence Parisot rencontre les journalistes sociaux. La présidente du Medef confirme qu'elle n'est pas une partenaire commode pour Dominique de Villepin. Elle pose la «question de la pertinence du CPE» et émet «un certain nombre de réserves». Elle pointe un «danger»: que le CPE «se retourne contre les jeunes eux-mêmes», en «parasitant le contrat nouvelles embauches». Ses déclarations agacent dans les ministères où, décidément, Laurence Parisot est jugée «beaucoup trop libérale». Même par les libéraux.

L'UDF joue la mouche du coche. A l'Assemblée, les députés UDF ne sont pas contents. Majoritairement hostile au CPE, le groupe centriste dénonce par avance le recours au 49-3. «Ce débat sur l'emploi des jeunes mérite mieux qu'une obstination du gouvernement et que l'obstruction de l'opposition», affirme leur porte-parole, François Sauvadet.
Hollande menace d'une motion. François Hollande, lui non plus, n'est pas satisfait. Si, après avoir fait passer le CNE par ordonnances, le gouvernement «s'aventurait à faire passer le CPE par le 49-3, il ajouterait au mépris du dialogue social dont il a fait preuve, la violation du débat parlementaire», déclare le premier secrétaire du PS. Et les socialistes répliqueraient «bien sûr» par une motion de censure.

Villepin rassure les députés UMP. Midi. Autre ton à l'UMP où les députés soutiennent le CPE, même si certains veulent être rassurés. Face au «combat d'enlisement» mené par l'opposition, «notre détermination est totale et le PS restera avec le vide de ses idées, de ses propositions», résume le président du groupe, Bernard Accoyer. Dominique de Villepin arrive légèrement en retard à la réunion hebdomadaire du groupe à l'Assemblée. Visiblement «très détendu et souriant», selon un ministre, il ne prend pas la parole, laissant s'exprimer le garde des Sceaux, Pascal Clément, et le ministre de la Santé, Xavier Bertrand, chacun dans son domaine. «Villepin voulait montrer que, pour lui, c'était une journée comme les autres. Sarkozy n'a pas dit un mot. Tel la statue du Commandeur», observe un participant.

La gauche a rendez-vous à la Bastille. A 13h30, les premiers manifestants parisiens se rassemblent place de la Bastille, à l'appel des confédérations syndicales et de mouvements étudiants et lycéens. Direction Richelieu-Drouot. Dans le carré de tête, derrière une grande banderole proclamant «Retrait du CPE», marchent Bruno Julliard, président de l'Unef, Karl Stoeckel, président de l'Union nationale lycéenne (UNL), Bernard Thibault, François Chérèque et le patron de la FSU, premier syndicat de la fonction publique, Gérard Aschieri. Les partis de gauche sont là. Les socialistes Bertrand Delanoë, Laurent Fabius, François Hollande, Dominique Strauss-Kahn et Jack Lang se joignent aux manifestants parisiens, de même que Marie-George Buffet (PCF), Yann Wehrling (Verts) et Olivier Besancenot (LCR).

Concours de slogans. «Contrat Pourri à Eliminer», «Chômeurs Précaires Ejectables», «Contrat Première Exclusion», «Contrat Poubelle Embauche»: en province, les jeunes font preuve d'imagination pour rebaptiser le CPE. C'est à Toulouse qu'on s'est le plus mobilisé (15000 manifestants). Entre 5000 et 30000 personnes ont défilé à Marseille, 8000 à 10000 à Lyon, 6000 à 15000 à Grenoble, 4000 à 8000 à Lille, 4500 à 10000 à Montpellier où les jeunes scandent «Villepin, t'es foutu, la jeunesse est dans la rue».

La dure vérité des chiffres. Mais, globalement, l'affluence n'est pas au rendez-vous. A Paris, on compte seulement 13000 personnes, selon la police, 45000 selon les organisateurs. Dans toute la France, selon un décompte partiel, le nombre total de manifestants anti-CPE est compris dans une fourchette allant de 218000 personnes, selon la police (dont 102800 étudiants et lycéens), à 400000, selon les syndicats. Des chiffres très inférieurs à ceux de la dernière mobilisation interprofessionnelle du 4 octobre 2005, qui avait rassemblé entre 500000 et un million de manifestants. En dépit de ce constat décevant pour eux, syndicats et étudiants espèrent inscrire le mouvement dans la durée et se sont donné rendez-vous vendredi pour décider de la suite à donner.

La déception des syndicats. «On savait que ce serait difficile de mobiliser à Paris en période de congés scolaires, mais pour nous l'important c'est ce qui se passe partout en province», reconnaît Annick Coupé (Solidaires). Les syndicats se raccrochent aussi aux récents sondages qui montrent les réticences des Français devant le CPE. «En quinze jours, on a vu une inversion de l'opinion publique», veut croire Bernard Thibault.

Villepin enflamme l'hémicycle. 15heures. A l'Assemblée, la séance des questions au gouvernement est électrique. Dominique de Villepin répond, successivement, aux présidents des groupes socialiste, Jean-Marc Ayrault, et communiste, Alain Bocquet. «Evidemment, j'écoute ceux qui manifestent, mais j'écoute aussi ceux qui ne manifestent pas», lance-t-il, très applaudi par les députés UMP. «Alors, on a le choix, on peut remettre les décisions, se réfugier dans l'immobilisme, faire croire aux Français que la sécurité c'est de ne pas changer, le statu quo», ajoute Villepin, qui maintient le cap. Il laisse ses ministres sociaux, Jean-Louis Borloo et Gérard Larcher, répondre aux autres orateurs. Très offensif, le député PS de la Drôme Eric Besson est rappelé à l'ordre par Jean-Louis Debré. Gérard Larcher sort de ses gonds. Pour le plus grand plaisir des députés UMP.

En séance, la bataille des sous-amendements. A 18h30, l'examen de l'amendement portant création du CPE commence par une première suspension de séance réclamée par le PS. Soixante-deux sous-amendements ont été déposés sur le seul CPE. «Nous poursuivrons le débat en profondeur, en prenant le temps nécessaire», indique Gérard Larcher, ministre délégué à l'Emploi.

source: www.lefigaro.fr

Publié dans dominiquedevillepin

Commenter cet article