M. de Villepin veut profiter de la faible mobilisation

Publié le par rezeid

Avec le relatif échec de la mobilisation contre le contrat première embauche (CPE), mardi 7 février, Dominique de Villepin a gagné une première manche. Dès 15 heures à la tribune de l'Assemblée nationale, il se sent légitimé pour gouverner au nom de la France silencieuse : "Evidemment, j'écoute ceux qui manifestent mais j'écoute aussi ceux qui ne manifestent pas." Les députés de droite viennent d'avoir les premiers chiffres de leurs circonscriptions et sont soulagés. Jean-Pierre Grand, député UMP de la très étudiante 3e circonscription de Montpellier, résume la tendance : "La mobilisation est faible, surtout dans les facs. Il y a principalement des lycéens venus faire leur baptême du feu social." Dans la rue, c'est plutôt "mi-figue, mi-raisin", indique le secrétaire général de l'UNSA, Alain Olive. A Paris, derrière la banderole unitaire "retrait du CPE", les dirigeants syndicaux et d'organisations étudiantes et lycéennes hésitent entre le soulagement de ne pas avoir raté la mobilisation — 400 000 manifestants dans le pays selon les organisateurs, 218 000 selon la police —, et la déception de ne pas avoir fait autant que le 4 octobre 2005, dernière journée d'action pour l'emploi et les salaires qui avait réuni un million de manifestants.

Des manifestations dans 150 villes

Elles ont rassemblé entre 220 000 et 400 000 personnes. A Paris : entre 13 000 et 45 000 personnes. A Marseille : entre 5 000 et 30 000. A Toulouse : 15 000. A Bordeaux : entre 8 000 et 12 000. A Brest : entre 5 000 et 12 000. A Rennes : entre 8 500 et 10 000. A Lyon : entre 8 000 et 10 000. A Toulon : 10 000.


Pour chacun, il est urgent d'attendre le bilan et la réunion de vendredi, au cours de laquelle syndicats et organisations de jeunesse discuteront des suites à donner au mouvement. "Il est probable qu'un nouveau rendez-vous soit trouvé pour des manifestations, dans les semaines qui viennent", confie le président de l'UNEF, Bruno Julliard. Sans doute fin février. "Mais les jeunes n'attendront pas trois semaines pour un prochain rendez-vous", prévient le responsable du principal syndicat étudiant, qui rencontrera jeudi soir les autres organisations de jeunesse. M. Julliard rappelle que les premières manifestations contre le CIP d'Edouard Balladur, le "smic-jeunes", n'avaient pas attiré beaucoup de jeunes gens. Pour cette première mobilisation anti-CPE, "le contrat est donc rempli", estime-t-il.

Cette impression domine en tête du cortège parisien, à 13 h 30, quand la manifestation se constitue boulevard Beaumarchais. A Marseille, elle vient de se terminer. Comme dans la plupart des villes de France, elle a été ouverte par les étudiants et lycéens et n'a rassemblé que 5 000 manifestants selon la police, 30 000 pour les organisateurs. La mobilisation réserve de bonnes surprises dans l'ouest du pays, à Rennes, Brest, Quimper...

14 h 30, la manifestation parisienne s'ébranle. Gérard Aschieri (FSU) parle d'"un bon début". "Les sondages se sont inversés, il ne faut pas que le premier ministre s'enferme dans ses assurances", affirme Jacques Voisin (CFTC). Prudent, François Chérèque (CFDT) pense qu'il faut "installer le mouvement, l'amplifier". Jean-Claude Mailly (FO) rappelle qu'"une loi peut être retirée", et cite la mobilisation "victorieuse" contre le CIP en 1994, ou plus récemment le recul du gouvernement sur la loi sur la colonisation. Bernard Thibault (CGT) souhaite, lui, donner, une suite "si le gouvernement maintient le texte". A ses côtés, Annick Coupé (Solidaires) souligne que, "sans appel à la grève, il est difficile pour les salariés de manifester". Les rangs de la manifestation parisienne sont clairsemés : 45 000 personnes selon les organisateurs, 13 000 pour la préfecture. A 17 h 45, le cortège du PS qui ferme la marche arrive au métro Richelieu-Drouot. Les partis politiques, les Verts, avec Dominique Voynet et Noël Mamère, la LCR avec Olivier Besancenot et Alain Krivine, LO et Arlette Laguiller, ou encore le PCF s'étaient glissés en queue de cortège.

La gauche affirme que ce n'était qu'une première étape. "Le gouvernement aurait tort de penser que c'en est fini", expliquait, mardi soir, sur France 2, François Hollande. Pour le premier secrétaire du PS, "quand il y a un danger aussi imminent, on n'attend pas les élections". Mercredi, le PS, le PCF, les Verts, le MRC des chevénementistes plus des petites formations de gauche devaient se retrouver à la Mutualité à Paris. Les participants, parmi lesquels figurent les présidentiables du PS qui se sont bousculés pour en être, exception faite de Ségolène Royal, devaient tenter de mettre au point une "riposte" systématique au gouvernement.

Mais la bataille se mène d'abord à l'Assemblée. Les députés de l'opposition ont poursuivi, mardi jusqu'à minuit, leur harcèlement en défendant âprement la centaine de sous-amendements déposés. Les débats ont repris mercredi matin à 9 h 30. Dominique de Villepin s'est lui aussi placé sur le terrain parlementaire. Dans la soirée, il a rendu une visite surprise à un dîner de députés de l'UMP. Il leur a promis de laisser les débats se dérouler le plus longtemps possible. Pour venir à bout des 440 amendements, Matignon a modifié l'ordre du jour qui sera consacré exclusivement au CPE jusqu'à dimanche soir. Le premier ministre a fait savoir à quelques fidèles qu'après une soixantaine d'heures de débat, probablement jeudi soir, il n'excluait pas d'utiliser l'article 49.3 de la Constitution pour faire adopter le texte. M. de Villepin espère toutefois ne pas avoir à utiliser cette arme. Il devait en discuter avec Jacques Chirac mercredi matin, lors de leur rendez-vous avant le conseil des ministres.

source: www.lemonde.fr

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