Villepin a remporté une première manche face aux opposants au CPE

Publié le par rezeid

Face aux opposants au Contrat première embauche (CPE), Dominique de Villepin a remporté la première manche d'une bataille certes encore loin d'être gagnée, mais il a pris le risque d'écorner l'image plus sociale qui le distingue de Nicolas Sarkozy dans la perspective de 2007.Avec de 220.000 à 400.000 manifestants à travers la France mardi, la mobilisation à l'appel de la gauche, des syndicats et des organisations étudiantes a été en demi-teinte, loin des participations enregistrées pour la journée d'action interprofessionnelle du 4 octobre.

 

Ces derniers ont pris acte de l'absence de "raz-de-marée" dans la rue, mettant en avant un calendrier serré et desservi par les vacances scolaires. Mais ils ont promis d'inscrire leur mouvement dans la durée et doivent reprendre langue vendredi.

 

Au moment où les manifestants parisiens battaient le pavé, le Premier ministre a affiché devant les députés une détermination sans faille à maintenir son cap sur la réforme du code du travail, via "des changements justes" et "adaptés à la réalité d'aujourd'hui".

 

Surtout, il a souligné qu'il écoutait "aussi ceux qui ne manifestent pas", une façon d'affirmer que la majorité silencieuse soutenait sa démarche.

 

"La mobilisation ne s'est pas faite parce que les Français adhèrent à la façon non partisane dont le Premier ministre répond au problème du chômage des jeunes", a affirmé en écho, au Figaro, le député villepiniste Georges Tron, pour qui "politiquement, Villepin se sort magnifiquement de cette épreuve" et "se présidentialise".

 

Cet optimisme doit toutefois être tempéré par les sondages publiés ces derniers jours, qui traduisent une baisse de la cote de popularité du chef du gouvernement, en recul de cinq à six points, et une opposition croissante au CPE: 52% à 54% des Français contestent ce contrat réservé aux moins de 26 ans et assorti d'une période probatoire de deux ans.

 

Surtout, c'est chez les 15-29 ans et les cadres que l'hostilité est la plus forte, deux tranches de l'électorat chez qui le Premier ministre avait pourtant marqué des points par rapport à son rival, Nicolas Sarkozy, à la faveur de la crise des banlieues.

 

Les partisans du président de l'UMP observent d'ailleurs avec gourmandise la partie en cours. Tout en affichant un soutien total au CPE, les sarkozystes ne verraient pas d'un mauvais oeil que M. de Villepin perde quelques plumes dans la bataille.

 

Dans les rangs gouvernementaux, on se garde pour l'heure de tout triomphalisme. La majorité a en effet en mémoire la douloureuse expérience du CIP sous Edouard Balladur en 1994, où la mobilisation contre le "Smic-jeunes" était allée crescendo plusieurs semaines après l'adoption du décret contesté.

 

Outre sa présence dans la rue, la gauche, qui a retrouvé une certaine unité grâce à ce thème fédérateur, a engagé une guérilla parlementaire pour faire traîner les débats et tenter de gagner la bataille de l'opinion.

 

"Cette histoire n'est pas finie", a prévenu mercredi Elisabeth Guigou (PS), alors que les partis de gauche tenaient sommet à Paris, pour la première fois depuis 2002. "L'opinion est en train de basculer. Elle a compris de quoi il s'agissait: la précarité pour tous", a renchéri François Hollande (PS).

 

S'il a laissé planer cette menace, M. de Villepin ne semble pas pour l'heure résolu à recourir à l'arme du 49.3, qui permet de couper court aux débats et d'adopter un texte sans vote, la question n'ayant pas été abordée en Conseil des ministres, selon Azouz Begag, le ministre délégué à la Promotion de l'égalité des chances.
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