Villepin doit poursuivre sa bataille pour le CPE dans l'opinion

Publié le par rezeid

Dans la bataille du CPE, Dominique de Villepin peut se targuer d'avoir enfoncé une première ligne de défense mais le Premier ministre doit désormais poursuivre son offensive dans l'opinion, un enjeu majeur à quinze mois de l'élection présidentielle.

La mobilisation en demi-teinte des opposants au contrat première embauche dans les rues des villes de France - 220.00 à 400.000 manifestants - mardi est venue conforter le chef du gouvernement, convaincu d'être lancé dans une nouvelle bataille des "modernes" contre les "anciens".

"J'écoute ceux qui manifestent mais j'écoute aussi ceux qui ne manifestent pas", a-t-il dit mardi à l'Assemblée, se faisant le porte-parole de "ceux qui désespèrent de pouvoir trouver un emploi stable, tous ceux qui s'inquiètent pour leur avenir".

Il a attaqué de front la gauche, qui voit dans le CPE, un CDI destiné aux moins de 26 ans et assorti d'une période d'essai de deux ans, la voie ouverte à la précarisation en France.

"On peut se réfugier dans l'immobilisme, on peut faire croire aux Français que la sécurité, c'est de ne pas changer, que c'est le statu quo, mais la vérité, c'est que la sécurité pour les Français dans l'emploi, elle passe par des changements", a-t-il affirmé.

Pour le député UMP villepiniste Georges Tron, Dominique de Villepin "se situe nettement au-dessus des clivages partisans et, ce faisant, se présidentialise".

"C'est ce que les Français attendent", assure-t-il dans Le Figaro mercredi, jugeant que la mobilisation anti-CPE "ne s'est pas faite parce les Français adhèrent à la façon non partisane dont le Premier ministre répond au problème du chômage des jeunes".

Une analyse contestée par la gauche, les syndicats et les organisations lycéennes et étudiantes, qui s'attendaient à ne pas faire le plein lors des manifestations de mardi.

Bruno Julliard, président de l'Unef, a assuré qu'il y avait eu "un déclic ces derniers jours" dans l'opinion contre le CPE. "On le voit dans les sondages", a-t-il dit.

COTE DE POPULARITÉ EN BAISSE

Le Journal de la Haute-Marne note que, "comme dans tous les combats, le danger ne vient pas forcément de là où on l'attendait". Et pour le Premier ministre, écrit l'éditorialiste, le danger "est sans doute moins frontal, plus insidieux : c'est le sentiment général de la population".

"D'abord favorable au CPE, elle est devenue plus hostile, si l'on en croit l'évolution des sondages. Et ceci explique sans doute cela : la cote de popularité du Premier ministre en a pris un coup", précise-t-il.

En recul de cinq points dans une enquête LH2-Libération publiée lundi, de six points dans un sondage Ifop-Paris-Match publié mardi, Dominique de Villepin joue gros dans cette phase de la bataille de l'emploi.

Le Premier ministre, "dauphin" adoubé par Jacques Chirac, est devenu à Matignon un présidentiable crédible pour 2007, venant ainsi contrarier les ambitions du numéro deux du gouvernement et président de l'UMP, Nicolas Sarkozy.

Dominique de Villepin a bâti sa popularité sur une image d'homme neuf, conjuguant ambition sociale et pragmatisme libéral dans une synthèse gaullienne.

La marche forcée sur le CPE risque de venir bousculer cette image mais peut lui permettre aussi de gagner des points à droite face à son rival.

Dans sa rhétorique, le Premier ministre semble ainsi désormais contester au président de l'UMP la thématique de la "rupture".

Devant le salon des entrepreneurs, il y a une semaine, Dominique de Villepin a ainsi lancé un appel au changement : "Notre pays doit impérativement se moderniser. Dans un monde qui change très rapidement, il faut aller vite, être réactif, il faut s'adapter, il faut innover".

Dimanche, sur Europe 1, le Premier ministre a confirmé son intention d'engager la troisième étape de sa bataille pour l'emploi, qui sera, a-t-il promis, "une phase intense de dialogue et de concertation" avec les partenaires sociaux.

Dominique de Villepin a mis sur la table la question de la réforme du contrat de travail. La gauche et les syndicats l'ont aussitôt accusé de venir chasser sur les terres libérales du Medef et de Nicolas Sarkozy, partisans d'un contrat unique.

source: www.liberation.fr

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