Beaucoup plus que le CPE

Publié le par rezeid

Que la mobilisation ait été faible, hier dans les rues, est assurément une bonne nouvelle. Que cela suffise pour dire que l'affaire du CPE est réglée serait une grave erreur. Car rien n'est gagné : lors de la bataille du «smic-jeunes», en 1994, l'agitation était allée crescendo pendant trois semaines après l'adoption du décret contesté. Aujourd'hui, nous en sommes au mieux à trois semaines du vote définitif de la loi. Et tout laisse à penser que la gauche, les syndicats, les mouvements lycéens et étudiants vont tenter de maintenir et de faire croître la pression.


Il va donc falloir tenir, ne pas relâcher l'attention. Car ce qui se joue en ce moment dépasse, et de loin, le seul enjeu du CPE. Depuis le XIXe siècle et l'apparition du droit du travail, la loi et les règlements ont principalement eu pour objet de régler le rapport de forces entre l'employeur et le salarié. L'un en situation de pouvoir, l'autre de besoin. Et depuis cette époque, le Code du travail s'est essentiellement préoccupé de définir des droits pour le salarié et des obligations pour le patron. Rien de critiquable en cela, pour peu que cette lourde construction ne se retourne pas contre ceux qu'elle est censée protéger.


Or c'est progressivement ce qui s'est produit en France : les seuils, les charges, les 35 heures et toute l'accumulation des procédures, des recours, des protections et des contraintes ont fini par nuire gravement à l'emploi. Avec les meilleures intentions du monde, nous avons bâti un des systèmes sociaux les plus figés qui soient. L'un des plus créateurs de chômage, aussi. C'est ce carcan qu'il faut desserrer. Cela fait des années qu'on le sait, et que tous les rapports les plus savants le proclament. Avec le CNE d'abord et le CPE ensuite, cela fait maintenant quelques semaines que le gouvernement le fait.


Grâce à ces contrats nouveaux, la France a donc une chance historique de déverrouiller son système social. Pas pour nier les droits du salarié, non, mais pour donner plus de chances à tous ceux qui cherchent un emploi. Longtemps, on a cru qu'en empêchant de licencier les plus de 50 ans on favoriserait l'emploi de seniors ; résultat : on a gelé l'embauche dans ces tranches d'âge. Longtemps, on a cru qu'en rigidifiant l'emploi des plus jeunes on favoriserait leur insertion ; résultat : une explosion de stages, de petits boulots, de CDD, pour assouplir dans les faits ce que la loi impose.


C'est tout cela qui se joue autour du CPE : l'adaptation d'un modèle social qui a échoué à force de générer du chômage et de produire des déficits.


Le moment est donc crucial. Pour l'économie et l'emploi, bien sûr. Pour l'opinion publique aussi, qui doit comprendre qu'assouplir nos règles nous permettra de sauver ce modèle auquel elle croit et qu'adapter un idéal ne signifie pas l'abandonner. Le moment est déterminant aussi pour la politique : unie sur le projet comme elle ne l'avait pas été il y a douze ans sur le CIP, la majorité détient la clef d'une réforme qui peut donner à la France une chance, avec le temps, d'aller vers le plein emploi. Qu'elle échoue, et le verrou se refermera sur un modèle social qui de moins en moins parvient à faire illusion.

source: www.lefigaro.fr

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