M. de Villepin très attendu par les Réunionnais

Publié le par rezeid

Vous avez eu des mots très durs", déclare à la tribune du conseil régional de la Réunion, mercredi 22 février, François Baroin. Le ministre de l'outre-mer accuse le coup. La veille, à l'Assemblée nationale, le député socialiste Jean-Marie Le Guen avait vivement reproché au gouvernement d'avoir "sous-estimé la gravité de l'épidémie" et "de la maladie" transmise par le virus du chikungunya. "Le Guen a totalement dérapé", commente M. Baroin devant les élus réunionnais, tout en leur annonçant la visite, dimanche 26 et lundi 27 février, du premier ministre, Dominique de Villepin, et du ministre de la santé et des solidarités, Xavier Bertrand.

 

Dans l'Hémicycle, le ressentiment des élus réunionnais s'est exprimé à son tour. Jocelyne Lauret, vice-présidente de l'assemblée régionale et présidente du comité du tourisme de la Réunion, vient d'avouer sans ambages son "sentiment que les poulets sont plus importants à protéger que les Réunionnais". François Baroin fulmine : "Je n'accepte pas cette comparaison." Le président du conseil régional, Paul Vergès (PCR, Parti communiste réunionnais) se réjouit, non sans malice, d'accueillir aujourd'hui une "série de ministres dans tous les secteurs", mais déplore "dix mois perdus" dans la lutte contre l'épidémie, qui touche 115 000 Réunionnais.

C'est que la colère gronde depuis longtemps au conseil régional, et notamment du côté des élus du PCR, les premiers à avoir sonné l'alarme. Le 19 octobre 2005, devant la commission des affaires sociales, la sénatrice Gélita Hoarau avait ainsi interpellé François Baroin sur la gravité de l'épidémie, lui demandant d'organiser "une vaste campagne de désinfection et de destruction des moustiques porteurs".

Le 10 novembre, l'élue communiste récidivait, informant les sénateurs de "la réalité actuelle d'une véritable catastrophe sanitaire", et réclamant "des moyens exceptionnels de l'Etat". "Il faut s'attendre à ce que le chikungunya devienne endémique, et, à la veille du retour de la saison cyclonique, l'explosion de l'épidémie prenne une tournure de fatalité", expliquait-elle, avant de demander, le 19 décembre, par lettre au président du Sénat, l'envoi d'une mission parlementaire à la Réunion.

De son côté, le président de l'assemblée régionale ne se prive pas de rappeler que les services sanitaires de l'Etat ont manqué de vigilance, et appliquent à la Réunion des schémas métropolitains. "On semble avoir oublié que, à la Réunion, 120 000 personnes sont illettrées, rappelle M. Vergès, et qu'elles sont donc incapables de lire affiches et prospectus. 330 000 sont pauvres et ne peuvent se procurer les produits répulsifs", pour se protéger des moustiques, vecteurs de la maladie.

Et, sur place, on ne manque pas d'ironiser sur une note datée du 3 mai 2005, dans laquelle l'Institut de veille sanitaire (INVS) écrivait que "l'importation de chikungunya (depuis les Comores où une épidémie sévissait depuis cinq mois) ne (constituait) pas un phénomène inquiétant en termes de santé publique", ajoutant que l'éventualité d'une transmission secondaire était "très improbable en France métropolitaine."

Deux mois après l'explosion de la maladie à la Réunion et 77 morts plus tard, c'est le chef du gouvernement, agacé par la manière dont le ministère de la santé a géré la crise, qui se rend lui-même au chevet d'une île malade, et confie la direction d'une cellule de lutte contre l'épidémie à Antoine Flahaut, professeur de santé publique et responsable des réseaux Sentinelles de surveillance de la grippe. "Le départ précipité" du premier ministre "me donne raison", a commenté mercredi M. Le Guen.

Il intervient "bien tard", a renchéri le Parti socialiste. "On est face à une maladie émergente qui prend une ampleur particulière. Le gouvernement se soucie de la Réunion comme des autres départements", a répondu Matignon dans la soirée.

François Baroin a, quant à lui, expliqué qu'il était "chargé par le premier ministre de coordonner les besoins" et que cette crise "durable" serait gérée en grand, sur le mode d'une "catastrophe naturelle". "Vous dites qu'il faut multiplier par deux les réponses à vos besoins. Mais s'il faut les multiplier par dix, on les multipliera par dix", a promis le ministre, laissant à Dominique de Villepin la calculette et la gestion de la cagnotte.

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