CPE : Villepin bat le rappel des troupes

Publié le par rezeid

Après les critiques d'Hervé de Charette, Matignon fait monter les soutiens au CPE et réfléchit à un «aménagement» du contrat première embauche.

 
 
«NI DUPE NI INDULGENT.» Cette confidence de Dominique de Villepin à des députés UMP résume son état d'esprit alors qu'apparaissent les premières lézardes au sein de la majorité. Confronté à une crise politique et sociale qui peut à tout moment se transformer en déferlante, le premier ministre cherche les moyens de sortir de cette situation sans reculer sur le CPE. «Le contrat première embauche s'appliquera dans les toutes prochaines semaines», a-t-il promis hier au Sénat. Avant d'aller se requinquer, hier soir, avec d'anciens parlementaires gaullistes reçus à Matignon.
 
Dans la tempête qu'il traverse, le chef du gouvernement doit pourtant compter ses soutiens. Villepin, qui ne devrait pas effectuer aujourd'hui de sortie sur le terrain comme il le fait d'habitude le vendredi, est pris à revers par une poignée de députés UMP. Des élus qui expriment leurs doutes, voire leur opposition au CPE. De quoi renforcer syndicats, partis de gauche et surtout des étudiants de plus en plus remontés contre le gouvernement.
 
En réclamant le premier la «suspension» du CPE (nos éditions d'hier), l'ancien ministre Hervé de Charette s'est taillé un joli succès médiatique. Il a également provoqué, toute la journée d'hier, une série de manifestations de soutien au premier ministre. Josselin de Rohan, le président du groupe UMP au Sénat, a fait part de son «indignation» à Nicolas Sarkozy, tandis que son homologue de l'Assemblée, Bernard Accoyer, faisait savoir qu'il «avait demandé des explications» au député du Maine-et-Loire. Dans la foulée, neuf députés villepinistes ont dénoncé la «capitulation» de leur collègue.
 
Mais le soutien le plus lourd de sens est venu de François Fillon, conseiller politique de Nicolas Sarkozy, qui avait, dès le début de la matinée, appelé les siens à la solidarité : «Face à ceux qui rêvent de ne rien changer en France, l'UMP doit se montrer solidaire du gouver nement dans cette affaire.» A Matignon, où l'on manie l'ironie à l'égard des «députés déserteurs» – «Charette, il porte le nom de la précarité», s'amuse un conseiller – on fait contre mauvaise fortune bon coeur : «Merci Charette ! Il a réussi l'exploit d'obliger Sarkozy à nous soutenir publiquement !»
 
De fait, depuis les Antilles où il effectue une visite de deux jours, le président de l'UMP a dû bon gré mal gré remettre les pendules à l'heure. Et apporter son soutien à... Villepin. A son arrivée en Guadeloupe, il s'était contenté d'une phrase pleine d'ambiguïté : «Il faut que je soutienne mon premier ministre.» Avant de faire, plus tard, devant micros et caméras, cette mise au point : «L'UMP soutient le gouvernement, donc le CPE. Il n'y a pas de problème politique en la matière.» Et Charette ? «Il faut accepter l'idée que chacun parle à titre personnel», a ajouté le président de l'UMP. L'ancien ministre Gérard Longuet, qui accompagne le numéro deux du gouvernement aux Antilles, a pris moins de précautions : «Villepin a fait le CPE tout seul. Comme on dit : «Tu l'as voulu, tu l'as eu.» L'ennui, c'est que les déclarations des uns et des autres obligent Sarkozy à se positionner.»
 
Sarkozy aurait, en tout cas, été plus bavard que... Jacques Chirac. En déplacement à Cannes, où il a rendu un vibrant hommage à l'ancien maire Louise Moreau, le président n'a pas dit un mot sur Villepin et le CPE. «Pas question de valoriser les déclarations de Charette», dit-on à l'Élysée.
 
En attendant, le premier ministre réfléchit à un «aménagement» du CPE sans reculer sur le fond et, plus globalement, à une sortie de crise. Le ministre de la Cohésion sociale Jean-Louis Borloo devrait compléter le CPE avec des dispositifs d'accompagnement pour «lever les craintes» sur les modalités de rupture.
 
Enfin, Villepin envisage de faire un geste pour les étudiants. Il a reçu à Matignon le député de Haute-Loire Laurent Wauquiez, auteur d'un rapport sur le statut des étudiants, les bourses et l'ascenseur social. Plusieurs de ses propositions pourraient faire l'objet d'annonces d'ici à quelques jours.
 
 

 

Publié dans Villepin et l'UMP

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