CPE : Villepin propose de «nouvelles garanties»

Publié le par rezeid

Le premier ministre a réaffirmé hier sur TF1 son intention d'appliquer la loi créant le contrat première embauche. Et exposé des mesures pour tenter de désamorcer la fronde des étudiants.

 
Très fragilisé, le premier ministre entend ne pas reculer sur la mesure phare de la deuxième étape de sa bataille pour l'emploi. (PHOTO AFP / TF1)
 
Sauver le CPE. Dominique de Villepin était en mission, hier soir, dans le journal de TF1. Un grand oral en forme de quitte ou double pour le premier ministre contraint de désamorcer la colère des étudiants, à l'orée d'une semaine à très hauts risques, marquée notamment par trois manifestations, mardi, jeudi et samedi prochains.
 
Très fragilisé dix mois après son arrivée à Matignon, le chef du gouvernement entend ne pas reculer sur la mesure phare de la deuxième étape de sa bataille pour l'emploi. «La loi est votée. Elle s'applique», devait-il répéter hier soir sur le plateau de la Une. Droit dans ses bottes, Dominique de Villepin ? «Non, assène-t-il. Je suis serein, déterminé et ouvert.»
 
Pendant tout le week-end, il a évalué sa marge de manoeuvre, réfléchit à des «ouvertures possibles» et peaufiné des «garanties». Sans rien lâcher sur le fond du dispositif voté jeudi dernier par le Parlement. «L'hypothèse d'un renoncement n'a jamais été envisagée. Même pas prononcée une seule fois», assurait hier un conseiller de Matignon. Signe de la «mobilisation» du premier ministre, celui-ci a renoncé à participer demain à Berlin au 6e Conseil des ministres franco-allemand, présidé par Jacques Chirac et Angela Merkel. Il préfère, dit-on, rester à Paris pour répondre aux questions des députés.
 
Le premier ministre, qui a consulté samedi Jean-Louis Borloo et Gérard Larcher, puis reçu hier Nicolas Sarkozy, a mis au point sa stratégie. Entouré de sa garde rapprochée, il a peaufiné son argumentaire. «Ce CPE n'a pas vocation à se substituer au CDI. Il ne s'adresse pas non plus aux jeunes diplômés, mais à ceux qui n'ont pas de formation», devait-il réaffirmer. Critiqué pour être passé en force, Dominique de Villepin est décidé à «compléter» le CPE. Quatre propositions devraient être mises sur la table de discussion avec les partenaires sociaux : un droit à la formation avec un «complément de rémunération» ; la création d'un «référent» dans l'entreprise pour encadrer les bénéficiaires du CPE ; une «évaluation du dispositif» et, enfin, un grand rendez-vous au début du mois d'avril consacré à la «sécurité de l'emploi».
 
Cela sera-t-il suffisant pour stopper la fronde anti-CPE ? Sur le terrain, les étudiants ont promis de ne pas relâcher la pression. Leur mot d'ordre n'a pas varié : «Retrait du CPE.» A la fin de la semaine dernière, une quarantaine d'universités étaient touchées par la grogne anti-CPE. Quelque deux cents étudiants ont même réussi à occuper pendant douze heures, dans la nuit de vendredi à samedi, la Sorbonne, emblème de l'Université et haut lieu de Mai 68, avant d'être délogés par les forces de l'ordre.
 
Sur la défensive sur le plan politique, Villepin peut-il reprendre la main avec ces compléments ? Tout dépendra des manifestations à venir. Les étudiants, les syndicats et la gauche vont aussi jouer leur va-tout. Jusqu'ici, la bataille a permis au PS de se refaire une santé. Le couple Hollande-Royal semble très en pointe. Le président de l'UDF François Bayrou tente aussi de profiter des déboires de Villepin pour se faire entendre en réclamant un geste de «conciliation».
 
Plus grave pour l'homme de Matignon, le soutien plutôt chiche du président de l'UMP Nicolas Sarkozy. Certains des amis du numéro deux du gouvernement n'ont pas hésité à critiquer le CPE (Patrick Devedjian et Yves Jego) ou même à demander sa suspension (Hervé de Charette). Au total, seuls Jean-Louis Debré, les ministres Michèle Alliot-Marie et Brice Hortefeux, bras droit de Sarkozy, sont montés au créneau pendant le week-end pour défendre un chef du gouvernement de plus en plus isolé.
 
Et encore, Debré, comme Hortefeux, a-t-il suggéré à Dominique de Villepin «d'améliorer» et «d'enrichir» le CPE. Preuve de l'inquiétude des deux hommes qui redoutent de voir la bataille du CPE finir comme celle du CIP en 1994. On se souvient qu'Edouard Balladur dut, six mois avant l'élection présidentielle, retirer son projet de contrat d'insertion professionnelle. Le pire des scénarios pour Dominique de Villepin.
 
 

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