CPE : Chirac et Villepin invitent au «dialogue»

Publié le par rezeid

Le premier ministre, qui a réuni hier soir son gouvernement en séminaire, a reçu un nouveau soutien appuyé du chef de l'Etat en conseil des ministres.

 
Hier soir, le premier ministre, qui réunissait à Matignon l'ensemble de son gouvernement, s'est dit ''ouvert au dialogue''. (Photo AFP)
 
TROIS JOURS qui peuvent changer le destin de Dominique de Villepin. A l'Elysée, à Matignon et à l'UMP, tout le monde retient son souffle. «Ça passe ou ça casse», résume, inquiet, un ministre chiraquien. Avec les manifestations d'étudiants aujourd'hui et celles des syndicats samedi, entre 500 000 et un million et demi de personnes pourraient descendre dans la rue pour exiger le retrait du CPE. Des rassemblements à très haut risque, selon le ministère de l'Intérieur, qui craint des violences. Hier, Nicolas Sarkozy a demandé aux forces de l'ordre d'être «des exemples de retenue, de sang-froid et de strict respect de la déontologie».
 
Sur le CPE, «c'est vrai que j'ai voulu aller vite, concède Dominique de Villepin dans Paris-Match. Maintenant, il faut expliquer et convaincre. Je le ferai jusqu'au bout parce que je crois en cette mesure». Hier soir, le premier ministre, qui réunissait à Matignon l'ensemble de son gouvernement, s'est dit «ouvert au dialogue». «Nous sommes tous mobilisés pour répondre aux inquiétudes des jeunes et mieux les accompagner vers l'emploi», a-t-il ajouté. L'objectif de ce cinquième séminaire gouvernemental aux allures de veillée d'armes était de remobiliser des ministres souvent accusés de tiédeur.
 
Dans le huis clos de Matignon, le chef du gouvernement a pu resserrer les boulons. A l'issue de plus de deux heures de réunion, buffet compris, Catherine Vautrin est l'une des premières à sortir : «Ce n'était pas une réunion de crise, c'était une réunion de travail.» Son collègue Christian Jacob est enchanté : «Nous avons eu une franche discussion entre nous. Villepin a été clair. C'est un chef qui sait cheffer.» Nicolas Sarkozy, Jean-Louis Borloo et François Baroin sont les derniers à quitter Matignon. «La gauche a totalement politisé le débat. Notre électorat ne comprendrait pas qu'on recule», constate le ministre de l'Outre-Mer. Un ministre villepiniste confie : «Dimanche je n'avais pas trop le moral. Depuis mardi, on sent que Villepin a repris la main.»
 
Usure du mouvement
 
Dominique de Villepin, qui a perdu «quelques kilos» ces dernières semaines, est déterminé à tenir, malgré une nouvelle baisse de quatre points dans le baromètre Ipsos-Le Point. Mais jusqu'à quand ? Fort du soutien de l'Elysée et de l'UMP, il semble prêt à engager une longue bataille, pariant sur une usure du mouvement. Voire sur une radicalisation de la contestation qui commence à échapper à l'Unef, relais traditionnel du PS. «C'est comme durant la guerre de 14-18 dans les tranchées. On tient et on ne lâche rien», a-t-il promis mardi matin aux dirigeants de la majorité.
 
«C'est au retour du week-end que les choses ont basculé», observe un conseiller, voyant dans cette nouvelle donne le résultat de l'intervention télévisée du premier ministre dimanche soir, et plus sûrement encore des encouragements à tenir bon engrangés par les députés dans leurs circonscriptions.
 
Le chef du gouvernement peut désormais compter sur le soutien de la majorité des parlementaires UMP qui, pour nombre d'entre eux, sont revenus à Paris remontés comme des coucous. A Matignon, on constate que certains sarkozystes ne sont pas les derniers à réclamer la fermeté. «Celui qui prône la rupture va devoir assumer la fêlure», a ainsi lancé mardi soir à Matignon Lionnel Luca, député des Alpes-Maritimes, qui participait à une réunion du groupe emploi autour de Dominique de Villepin.
 
Hier, prenant la parole à la fin du Conseil des ministres, Jacques Chirac a renouvelé un soutien résolu à Dominique de Villepin, comme il l'avait fait la veille depuis Berlin. Le CPE, a-t-il expliqué, «vise à briser le cercle vicieux des stages, des petits boulots et du chômage, c'est-à-dire de la précarité dans laquelle sont enfermés tant de jeunes». Mais «des interrogations et des inquiétudes s'expriment (et) le gouvernement y est particulièrement attentif», a reconnu le chef de l'Etat, en invitant les partenaires sociaux au dialogue. «Ce dialogue, je souhaite qu'il s'ouvre. Et je fais confiance aux partenaires sociaux pour s'y engager dans un esprit constructif de responsabilité, de dialogue et de respect», a dit le président.
 
Mais le porte-parole du gouvernement, Jean-François Copé, n'a pas précisé comment le gouvernement s'y prendrait pour convaincre les syndicats de participer à une concertation qu'ils conditionnent au retrait du CPE. Signe des tensions, Jean-François Copé a été au centre d'un vif incident avec les socialistes à l'Assemblée. Le député UMP Jacques Domergue ayant critiqué l'attitude de Ségolène Royal et de Georges Frèche, le ministre a renchéri en dénonçant «les dérives» de la gauche. Vexés, les députés de l'opposition ont quitté l'hémicycle. Le socialiste Bernard Roman a même tenté de s'en prendre à Copé, aussitôt protégé par un cordon d'huissiers. A treize mois de la présidentielle, le clivage gauche-droite est décidément profond.
 
 

 
 

 

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