Dominique de Villepin: "Napoléon est aussi grand dans la chute que dans la gloire"

Publié le par rezeid

Dans un nouvel essai historique aux nombreux échos contemporains et personnels (La chute ou l'Empire de la solitude 1807-1814, aux éditions Perrin), l'ancien Premier ministre s'est intéressé au déclin et à la chute de l'Empereur.

Entretien exclusif pour Le Figaro Magazine.

Le Figaro Magazine: Après "Les Cent-Jours ou l'Esprit de sacrifice" et "Le soleil noir de la puissance (1796-1807)", vous abordez aujourd'hui la période qui couvre les années 1807-1814. Soit l'essoufflement, puis la chute de l'Empire. Curieusement, on a le sentiment que c'est la période de l'aventure napoléonienne que vous préférez. Pourquoi?

Dominique de Villepin: La réflexion que j'ai voulu mener sur Napoléon tourne principalement autour de la problématique de la chute. La tentation habituelle est de découper la période napoléonienne entre une période de gloire et la période de déclin. Or, je crois qu'il y a, dès les années 1796-1807, y compris à l'apogée de l'Empire, les ferments de la chute. C'est cela qui rend d'ailleurs Napoléon aussi fascinant et intéressant à étudier: cette capacité à répondre aux difficultés naissantes, à anticiper, corriger, s'adapter et se métamorphoser. C'est vrai que, entre 1807 et 1814, nous voyons un homme au sommet de son art, mais aussi un homme gagné par l'ivresse, poursuivant un pari fou, impossible - le Blocus continental contre les Anglais -, qui le conduit à multiplier les malentendus : entre lui et les Français, puis entre lui et Alexandre de Russie. Son obsession du blocus le fait se lancer dans l'expédition d'Espagne, qui transforme la nature de son ambition : en passant d'une logique défensive contre l'Europe des rois à une logique d'agression contre un peuple, il perd ce qui faisait sa légitimité même. Or, je pense que l'une des grandes clés de l'histoire napoléonienne, c'est bien cette bataille pour la légitimité.

Vous montrez comment l'expédition d'Espagne représente à la fois un tournant militaire, avec, pour la Grande Armée, la découverte d'une forme de combat inédite -la guérilla -, mais aussi économique - le conflit va durer six ans et coûter cher - et moral - avec une véritable "crise de l'opinion" en France. Surtout, elle révèle à l'Empereur qu'il ne peut guère compter sur les membres de sa famille...

Au-delà du cas de Joseph à Madrid ("aussi suffisant qu'insuffisant", raillait Talleyrand à son propos) se dévoile la grande déception qu'il exprime dans le Mémorial contre les "royautés frères" : "Ils étaient plusieurs que j'avais faits trop grands; je les avais élevés au-dessus de leurs états". Mais Joseph, Louis, Jérôme ou même Murat se heurtaient à une difficulté de fond : comment faire en sorte que les pays qu'ils administrent adhèrent complètement à cet Empire qui, en raison du Blocus continental, les condamne à une grande souffrance? Comment ses frères pouvaient-ils ne pas se trouve en porte-à-faux vis-à-vis de leurs populations?

Aujourd'hui, il est facile de voir la campagne de Russie comme un immense piège magistralement orchestré par le commandement russe. Mais la défaite de Napoléon sur les rives de la Moskova et de la Berezina était-elle inéluctable?

Je pense que rien n'était écrit. Napoléon a commis des erreurs tactiques et des erreurs dans la gestion de l'espace, lui qui n'était pas habitué à se battre si loin de son territoire. Il n'attache probablement pas assez d'attention à l'intendance, à la logistique, en préférant consacrer toute son énergie au champ de bataille. Il est aussi évident que, si le climat de l'hiver 1812 n'avait pas été aussi rude, les choses eussent été bien différentes. De même, du côté de l'état-major russe, il existait un véritable débat pour savoir s'il fallait livrer bataille ou non. Si Barclay de Tolly n'avait pas choisi de se dérober, l'armée russe aurait probablement perdu contre l'armée napoléonienne. Au contraire, privée d'adversaire, l'armée impériale s'est épuisée dans l'immensité russe, agacée de cet adversaire quasi invisible qui se contentait d'attaquer par de brèves opérations, appuyée par des cosaques et des partisans, laissant le temps et le climat faire leur oeuvre. La Grande Armée s'est retrouvée minée de l'intérieur, cédant au désordre et au pillage.

Pourquoi avoir privilégié dans vos sources les récits des mémorialistes, voire des écrivains comme Tolstoï, Goethe ou Chateaubriand, plutôt que ceux des historiens? N'y a-t-il pas un risque à sortir de l'Histoire en privilégiant la mémoire, par définition moins rigoureuse?

Le recours aux mémorialistes permet d'appréhender, à la source, la psychologie de l'Empereur : son apathie, ses colères, ses doutes... Ses conversations avec Caulaincourt ou Metternich sont extrêmement importantes pour comprendre la façon dont l'homme évolue face aux difficultés. Dans un autre ordre d'idée, la vision des écrivains offre un autre regard politique et littéraire sur l'épopée impériale.

Il n'est pas rare que vous employiez le pronom personnel "nous" pour évoquer le destin des armées napoléoniennes. Pour quelle raison?

Il y a chez Napoléon comme un révélateur de ntore tempérament national. Les grands débats sur la politique étrangère de la France et sur ses frontières naturelles, ce rêve d'une France rayonnant à travers le monde, il me semble qu'ils sont inscrits au coeur de notre histoire. Napoléon est plongé au coeur d'une époque où tout se télescope, où différentes mémoires se sédimentent. Or, il tente de réconcilier toutes ces mémoires. Même si, à un moment donné, cela aboutit à une sorte d'ivresse du pouvoir, il y a en lui la volonté de fédérer, de rassembler, de donner un rôle central à la France. Mais l'immensité de l'Empire rend la chose impossible et on sent qu'en permanence il est soumis au doute. C'est une problématique qui me passionne sur le plan politique : voir comment, en permanence, cet homme d'Etat s'interroge et s'adapte pour essayer de conjuguer des réalités contraires.

Génial stratège, fin politique, grand réformateur, Napoléon n'en a pas moins négligé de prendre la mesure d'une donnée fondamentale : le temps politique...

De même qu'il dédaigne un certain nombre de facteurs techniques, de même qu'il se soucie peu de l'état physique et psychologique de ses troupes ou qu'il commet des erreurs tactiques, Napoléon ne prend pas suffisamment en compte le contexte économique et notamment la crise de 1810. Il ne perçoit pas qu'une partie de la population souffre et il se coupe des villes portuaires comme Bordeaux et Marseille, qui pâtissent du blocus. Sa logique de conquête militaire pèse lourdement sur le peuple français. Or, les aménagements intérieurs qu'il engage dans le même temps - le code civil, la réforme de l'Etat - s'inscrivent, eux, dans une durée beaucoup plus longue. Prenons le cas de l'Espagne : un certain nombre de réformes qu'il a voulu engager (celle des ordres monastiques, la suppression de l'Inquisition ...) pourraient avoir un effet positif, mais il n'en tire aucun bénéfice immédiat, parce que la logique militaire d'occupation prend le dessus sur la logique des réformes, dont les effets se traduisent dans un temps différé. Ce décalage entre l'action et sa perception est au coeur de la difficulté politique à réformer.

Après une première partie entièrement consacrée au personnage de Napoléon, la seconde partie de l'entretien exclusif accordé par Dominique de Villepin au Figaro Magazine s'oriente subtilement vers la situation politique actuelle.

L'ancien Premier ministre prône une politique de justice sociale pour répondre au malaise actuel sur le pouvoir d'achat, dénonce une nouvelle fois les effets néfastes de l'esprit de Cour et évoque avec pudeur "l'immense solitude de l'homme d'Etat au sortir du pouvoir".

Il demande enfin que soit fixé "un dessein commun", c'est-à-dire une vision renouvelée et partagée du rôle de la France dans le monde, susceptible de rassembler les Français face aux défis du nouveau siècle.

Le Figaro Magazine: Cette dissension entre le temps politique et le temps réel n'est-elle pas toujours d'actualité, même dans une société française apaisée?

Dominique de Villepin: Absolument. Regardons les importantes réformes engagées dans les dernières années, elles n'ont pas encore produit tous leurs effets, créant un sentiment de malaise manifeste sur la question du pouvoir d'achat. Il faut donc trouver le moyen d'expliquer et d'atténuer le poids des difficultés par une politique de justice sociale.

"Plus on s'élève, plus on s'isole", dites-vous à propos de Napoléon. Mais la solitude n'est-elle pas inscrite dans le destin personnel de tout homme d'Etat?

L'homme d'Etat est confronté à deux solitudes. Celle choisie, nécessaire, qui permet d'opérer des choix sans que les pressions ou les groupes d'intérêts aient de prise sur lui : c'est ce que j'appelle le "laboratoire de l'intérêt général". Il est évident qu'il est très difficile de définir l'intérêt général dans le bruit, la rumeur, la pression... Et puis, il y a la solitude subie, celle du mur qui s'établit entre le dirigeant et le peuple. C'est cette solitude extrêmement négative que vient occuper la Cour et qui ronge la conscience de l'homme de pouvoir, accroissant chez celui-ci l'apathie, l'incertitude, la difficulté à gouverner et à choisir des dirigeants.

Comme vous l'écrivez, il y a aussi cette "immense solitude de l'homme d'Etat au sortir du pouvoir, le vide succédant sans transition au trop-plein, le silence au bruit, l'abandon à l'adulation"...

Chez Napoléon, cette forme de solitude entraîne une métamorphose. C'est le moment où l'Aigle replie ses ailes pour mieux bondir, quand il fait preuve d'analyse et de récupération. On le voit magnifiquement à l'île d'Elbe, où sa solitude n'est rompue que par quelques messagers ou des familiers qui ont accepté de le suivre, mais où il se refait une santé physique et où il reprend son élan avant un nouvel envol. De la même façon, dans les premiers temps de Sainte-Hélène, il n'a pas perdu l'espoir de revenir. Au fond, la solitude au lendemain du pouvoir correspond à un temps de conscience très aigu. En résumé, si le sentiment d'abandon est naturellement difficile à vivre, toute traversée du désert peut se révéler extrêmement féconde. Tout est une question de tempérament.

Ce que vous dites à propos de Napoléon est-il également valable dans votre cas personnel?

Napoléon connaît l'abandon total, la trahison, la défaite, l'exil. En ce qui me concerne, j'ai toujours fonctionné dans un esprit de mission. J'ai toujours relevé des défis à partir des missions qui m'ont été confiées : qu'il s'agisse de suivre Jacques Chirac à l'Elysée ou d'accepter une nomination à la tête d'un ministère, puis du gouvernement. En dépit de leurs difficultés, chacune de ces missions m'a comblé.

Comment expliquez-vous que Napoléon parle encore à la France de 2008?

Cela tient beaucoup à la complexité de l'Empereur, qui est un homme à facettes multiples, capable de formidables métamorphoses, haï par les uns, admiré par les autres. Cela tient aussi au parcours exemplaire d'un homme à qui on peut aujourd'hui encore s'identifier : l'apprentissage de Brienne, l'adhésion à la Révolution française, le rêve d'une France plus grande que les Français, la capacité de surmonter les crises... De plus, il y a l'empreinte qu'il a laissée dans l'Histoire. Elle est encore visible chez nous et nos voisins. Enfin, Napoléon est aussi grand dans la chute que dans la gloire... et il est encore plus grand dans la légende. Cette légende qu'il a d'ailleurs commencé à fabriquer lui-même de son vivant à travers les fameuses proclamations, le Mémorial de Sainte-Hélène et, plus globalement, via une politique de communication sans égale. Il est le premier grand communicateur moderne, un homme qui a su agir sur la psychologie collective, frapper les esprits comme l'histoire du monde en a laissé peu d'exemples.

Et pour vous, en quoi peut-il être considéré comme un modèle d'homme politique?

Je ne cesse de me poser la question suivante : la Révolution française est-elle terminée? Est-ce que cette coupure entre la société et le pouvoir a vraiment été surmontée? Lorsque l'on voit la suspicion des Français à l'égard de la politique et du pouvoir, on peut se le demander. Or, on voit bien chez Napoléon cette quête permanente de réconciliation entre les Français en même temps que son obsession de la fusion des légitimités. Cette idée de réconciliation reste le point central de la politique française. Pour y parvenir, il faut fixer un dessein commun. Napoléon a su le faire lors du Consulat, mais le rêve impérial a révélé l'inanité d'une politique de puissance. De Gaulle a également su nous rassembler au sortir de la Seconde Guerre mondiale face au défi de la décolonisation. Ma conviction est que la mondialisation appelle la fixation d'une nouvelle vision fidèle à notre histoire, mais adaptée aux réalités du nouveau monde qui surgit sous nos yeux et que nous redoutons, car nous le comprenons mal.

Source: Le Figaro Magazine (Propos recueillis par Jean-Christophe Buisson et Raphaël Stainville)

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duhan jean louis 23/10/2008 03:32

comm je l ai deja dis on a accuse Mr de Villepin de n etre aps elu du peuple et alors aujourd hui dans de gvt sarkozy combiende de ministres et de secretaites d etat n ont jamais ete devans les elecectuers faites le savoir mois je sui a montauban et toulouse pres a lever des armzees pour que Mr de Villepin accede a l presidence lui seul a la statuture dun homme d igne de parlezr et de diriger le FRANCE JeaN Louis DUHAN

goud jason nemrod 17/10/2008 20:34

bonjour
j espere que mister devillepin lira ce message !
Dite lui que ces de la part de NEMROD please il comprendra!
Donc bonjour domi ca fait plaisir deja de voir tes dernieres videos sur le net ou tele car j ai remarquer un changement de camp !
Je te conseil de continuer sur cet voix j usqu au moment ou tu pourra faire la difference par rapport au autre politique ! ces a dire te ranger du cote du peuple et de changer de parti politique tout en bien evidemment expliquer ton geste sur video en expliquant que deja tes pas un saint que tu a etait manipuler par l esoterisme crois moi beaucoup comprendront ! ensuite que tu a changer ca ca fait plaisir et que ton but et de participer a un nouveau monde plein d amour et de liberte ! Evidemment il faut bien prevoir ton coup mais croit moi un jour on se verra et le peuple t aimera vraiment pour ce que tu est devenu !
Le peuple contrairement au autre est beaucoup plus tolerant aller domi bouge toi le cul bientot la fin du temps ! ta une chance lol entre tes mains ne la gache point !
un conseil n est pas peur !

Dominique PAOLI 26/08/2008 16:25

Bonjour Monsieur le Premier Ministre,
Vous êtes non seulement féru de l'Empereur et des ses illenses réalisations mais aussi votre admiration pour cet homme d'exception se dévoile presqu'à chaque ligne de vos livres. Alors pourriez-vous m'expliquer pourquoi lorsque vous étiez en exercice à Matignon, le bi-centenaire de la victoire d'Austerlitz n'a pas été célébré avec le faste et la fierté que chaque français attendait légitimement ? A contrario, pourquoi la Marine nationale est allé célébrer aux côtés de la Navy anglaise cette cruelle, honteuse et amère défaite de Trafalgar ? Est-ce parce que le précédent Chef de l'Etat préférait mettre en exergue la repentance plutôt que la grandeur de la France ?
Merci d'une réponse.