Villepin, général de réserve

Publié le par rezeid

Il ne sera pas dit que l'ancien Premier ministre aura divisé la droite. Il se déclare même « prêt à travailler pour la France »... Rencontre.

Et voilà que Dominique de Villepin loue, sur les ondes de RTL, la « simplicité » et le « dépouillement » du nouveau Nicolas Sarkozy ! Palsambleu ! On se pince. Mais c'est bien lui. Lui qui a toujours déclaré, fort, très fort, en privé, mais pas seulement : « Si les Français savaient qui est Sarkozy, jamais il ne pourrait être élu président de la République ! » Lui qui a toujours défié « un homme qui n'a pas d'intériorité » ! Notre Villepin général de l'armée des ombres se serait-il « métamorphosé » en apôtre de l'esprit de réconciliation ?

« Je ne veux pas que les Français me voient comme le tenancier d'une petite entreprise d'opposition, confie l'ancien Premier ministre au Point . Il ne sera jamais dit que je n'aurai pas tout fait pour aider mon pays, dans cette période comme dans les autres. » Diantre ! L'Histoire, forcément l'Histoire ! Celle qu'il révère en majuscules, celle dont il se réclame avec une grâce toute grandiloquente, lui, l'« épique en chef », selon le brocard de Juppé. Villepin, qui a l'aplomb des gens assurés de leur beauté, juge l'attaque « flatteuse ». « Victime politique de la littérature » (Devedjian dixit), il se voudrait l'héritier subliminal du gaullisme, l'incarnation de l'exigence de sursaut qui hanterait, à l'en croire, notre pays. C'est très profond et très intime, c'est une attitude, une geste, un « fil à plomb de la conscience », comme il dit. La voix gronde, le débit s'accélère insolemment, l'homme nous écrase de son mètre quatre-vingt-douze de « verticalité » (le mot lui est si cher), et recommence le monologue romantico-narcissique qui est son exquise et orgueilleuse marque de fabrique : « Je suis prêt à travailler pour la France. Suis-je prêt à une quelconque compromission pour ça ? Non, bien sûr, on peut me faire confiance pour ça, je ne suis pas quelqu'un de négociable ! »

Dans les premiers mois de la présidence Sarkozy, Villepin a, selon ses mots, « pris date », virulent, allant jusqu'à cosigner, dans Marianne , « l'appel du 14 février [2008] pour une vigilance républicaine ». « Je suis le premier à avoir compris que ça ne pouvait pas marcher », tonnait-il. « Nous sommes maintenant dans une autre phase du quinquennat », plaide désormais celui qui a gagné 10 places dans le baromètre Ifop- Paris Match de juillet et qui voit le spectre de l'odieuse affaire Clearstream dégager son ciel. « Parce que les temps vont être très durs pour les Français » (sic), il a décidé de se « mettre au service de cette urgence nationale et de privilégier l'unité et le rassemblement ». Posture un tantinet malaisée pour lui qui n'est jamais aussi sereinement et politiquement élégant que dans les tempétueuses chevauchées solitaires... Mais s'il veut, le jour venu, aller seul au combat contre Sarkozy, il faudra bien qu'il puisse raconter une histoire. Les Français ne lui pardonneraient pas de s'être retiré sur son Aventin en faisant le pari du chaos.

Coq-oiseau. De là à devenir député européen... Accepter une prébende du pouvoir Sarkozy, ce serait, pour le contempteur des « choix de confort de Juppé » (dont l'entrée dans le gouvernement Fillon constitua, à l'entendre, l' « abdication de toute ambition ») , risquer d'abîmer le personnage singulier qu'il a construit, et d'abord à ses propres yeux ! Ce serait risquer d'entrer dans une case, dans une cage. Même si l'on n'emprisonne pas comme ça un « coq-oiseau » (c'est la signification de Galouzeau) !

Villepin jure qu'il n'a rien demandé ; Sarkozy a rapporté à son entourage que son ancien rival souhaitait être tête de liste aux européennes en Ile-de-France. « On verra », a tranché le chef de l'Etat devant ses conseillers. « Il a légitimement pu penser que c'était mon ambition car, quand il m'a interrogé sur l'Europe, j'ai insisté sur cet enjeu, commente notre homme. Mais nous ne sommes pas entrés dans des détails de poste. Je ne suis pas l'homme d'une case ! » Comment Sarkozy aurait-il oublié avec quelle virtuosité, dans la guerre préprésidentielle, Villepin agitait la muleta jusqu'à lui faire perdre son sang-froid ? Parfois, Villepin, moins placide qu'il n'aurait voulu le paraître, perdait aussi le sien. Hortefeux se souviendra longtemps de ce jour, à quelques mois du scrutin, où, sur un trottoir devant l'Assemblée, le Premier ministre d'alors, la mèche folle, le prit à partie, menaçant de se présenter pour faire perdre Sarkozy si les insolences de ce dernier ne cessaient pas. Aujourd'hui, Villepin fait, en privé, ce constat tout en hauteur : « Nicolas Sarkozy n'a jamais été meilleur que dans mon gouvernement. La contradiction le stimule. »

Depuis l'élection de Sarkozy, ils se sont rencontrés à deux reprises. Le 18 juin 2007, puis en mai 2008, à l'Elysée, à la demande du chef de l'Etat. Entre-temps et depuis, rien. Pas même un coup de fil. C'est le directeur du cabinet de Bernard Kouchner qui lui a téléphoné pour lui transmettre la demande du président-la première du genre : le représenter à Ramallah, le 13 août, aux obsèques du poète Mahmoud Darwich, ami de Villepin. « C'était un geste, il a saisi l'occasion, j'ai été touché et heureux qu'il le fasse. » « Heureux », carrément ! Ce n'est pas rien, pour cet homme qui choisit ses mots avec méticulosité... D'autres missions de ce genre sont-elles programmées ? Il rit. A l'instar de ce jour où il lâcha que son livre de chevet était « Mémoires d'un fou » (Flaubert), ses fossettes se moquent d'elles-mêmes. « Heureusement, les poètes ne meurent pas tous les jours... »

Les autres jours, donc, il alterne conférences littéraires à Agen ou en Suisse, lecture de poèmes à Montpellier, exposés à Dauphine ou à l'Essec ; causeries géopolitiques de par le vaste monde, de la Russie au Brésil en passant par les pays du Golfe, l'Afrique du Sud, la Chine, etc. « Au départ, j'ai accepté tout, par gentillesse. » Et aussi parce qu' « il s'ennuie », ainsi que le relate un ambassadeur de ses amis. « Sa venue pose des problèmes, car son nom sent le soufre. Les gens ont peur de déplaire à Sarkozy en le recevant. » Certes. Mais il a, dans le monde entier, des amitiés que rien ne saurait entraver.

Désormais avocat d'affaires-il a créé un cabinet-, il conseille des entreprises dont il tait le nom « sur les meilleures façons d'aborder le nouveau marché mondial, et en particulier les nouveaux pays émergents ». « C'est très bon pour l'ego, de repartir de rien, et quand je dis de rien, c'est même en deçà du rien. » Très bon pour l'ego, vraiment ? Il a quitté avant l'été le grand bureau mis à sa disposition après son départ de Matignon au Centre de conférences internationales, dans le 16e.

Pas peur. Celui que la classe politique a toujours vu comme l'avatar d'une aristocratie désuète « use pour certaines réunions » d'un petit deux-pièces en rez-de-chaussée qui n'a de chic que l'adresse (avenue Foch). Point de plaque, moins encore de nobles dorures. Mais que de poésies ! Sur son bureau en contreplaqué : les oeuvres poétiques de Pessoa en Pléiade ; « Crépuscule et déclin », de Georg Trakl, poète autrichien du début du XXe siècle ; « Image vagabonde, essai sur l'imaginaire baudelairien », le dernier ouvrage de l'universitaire Rémi Brague.Derrière la table, une bibliothèque du même bois bon marché contenant des rangées et des rangées de... ses propres livres ! Une vingtaine d'exemplaires de chacun d'eux ! Et, comme l'auteur est prolixe... Onze ouvrages au total, dont trois depuis la présidentielle. Il n'avait pas fini d'écrire son dernier-né (un troisième volume sur Napoléon, qui vient de sortir chez Perrin) que déjà il se lançait dans un essai sur les changements du monde, à paraître aux éditions Plon début 2009. « On peut être agité, exalté, mais il faut être en éternelle oscillation entre ce moteur de la passion et le repos. Pour moi, le fil, c'est l'écriture », exposait-il dans un avion fin avril 2005, à quelques jours de sa nomination à Matignon. Ecriture, silence (relatif) et solitude (philosophique) : la trilogie villepinienne des temps difficiles. Ce qui n'exclut pas de déjeuner avec Ingrid Betancourt... Ou d'envisager de créer un club de réflexion. « Je suis passionné mais très patient, nous apprit-il le matin de la déclaration de candidature de Sarkozy, le 30 novembre 2006. Je crois à la respiration. Au coeur de la vie, il y a le souffle, cette rencontre avec soi-même et avec le monde. Le souffle, c'est le premier art de la maîtrise de soi. » Aucune côte ne saurait l'essouffler, jure ce sportif de grands chemins. Pour une seule raison : il n'a pas peur. « C'est une règle qui dépasse toutes les autres. C'est ce qui, dans le milieu politique, fait ma singularité. » Entre autres choses...

Source: Le point

Publié dans dominiquedevillepin

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lubin 24/05/2009 17:42

dominique de villepin ne represente que lui et je lui predis une belle deculoté sil franchit l obstacle de clerstream il aura comme principal opposant non pas sarkozy , mais juppé qui attend son heure lui aussi et qui marque des points a Bordeaux