CPE : Matignon souffle le chaud et le froid

Publié le par rezeid

« Trouver une solution rapidement à la crise ». C’est l’objectif du premier ministre, qui affirme notamment vouloir « répondre aux deux préoccupations majeures des jeunes sur le CPE ». Autant de signes d’ouverture qui divisent les syndicats étudiants. De son côté, Nicolas Sarkozy s’est démarqué samedi en prônant le « compromis ».

 Dominique de Villepin à l'issue de la réunion avec trois organisations étudiantes. (AFP Photo / Stéphane de Sakutin)
 
Des signes d’ouverture, mais pas de retrait du Contrat première embauche. A l’issue de sa rencontre avec trois organisations étudiantes, la Fage, l'UNI et PDE, Dominique de Villepin a affirmé samedi vouloir « répondre aux deux préoccupations majeures des jeunes sur le CPE », à savoir la période d'essai de deux ans et les conditions de rupture du contrat, pour trouver une « solution rapidement » à la crise. Une première inflexion notable dans l’attitude du premier ministre.
 
Jean-François Martins, le président de la Fédération des associations générales étudiantes, devenue cette semaine premier syndicat étudiant à la faveur du boycott des élections du Crous par l’Unef, a jugé que « le dialogue [était] enfin ouvert ». « Nous sommes venus ici pour ouvrir des négociations, certaines revendications ont été entendues », a-t-il déclaré.
 
Le responsable étudiant a par ailleurs vivement critiqué les quatre organisations (Unef, Confédération étudiante et les lycéens de l'UNL et de la Fidl) qui ont refusé de répondre à l'invitation de Villepin, estimant que « la pire des choses à faire, c'est de refuser le dialogue : si le premier ministre avait dû être de mauvaise foi, il fallait venir le voir pour le dire ». Jean-François Martins a néanmoins appelé à participer aux manifestations de mardi, car « il faut continuer à se mobiliser ». De son côté, le président de l'Uni, syndicat de droite favorable au CPE, a jugé la rencontre avec le premier ministre « très constructive », estimant que le CPE était « très efficace » et « très juste pour les jeunes ».
 
« Les anti-CPE marquent des points »
 
De son côté, l'Unef a vu des « failles » dans la « détermination » du premier ministre. « Après avoir annoncé hier le refus de dénaturer le CPE, il se dit aujourd'hui prêt à discuter de la motivation des licenciements et de la période d'essai, qui sont l'essence même du CPE et qui le rendent inacceptable », a ajouté le syndicat étudiant dans un communiqué intitulé : « Les anti-CPE marquent des points ».
 
« Cette annonce démontre que la mobilisation de la jeunesse et des salariés est propre à faire reculer le premier ministre», a-t-il insisté avant de déclarer : « En multipliant les signes contradictoires, le gouvernement ne peut espérer atténuer la colère qui anime le pays. Il s'agit au contraire d'un encouragement à poursuivre le mouvement jusqu'à ce que les conditions de la discussion soient enfin réunies ».
 
Un peu plus tôt, l'Unef, la Confédération étudiante et les lycéens de l'UNL et de la Fidl avaient justifié leur décision de boycotter la réunion en accusant le premier ministre de « provocation ». « Le premier ministre nous dit: 'venez discuter mais le préalable à la discussion c'est que je maintiens le CPE'. C'est grave, c'est une blague de proposer un dialogue de cette manière » s’indignait Julie Coudry, présidente de la Confédération étudiante.
 
Le « compromis de Sarkozy »
 
Devant des nouveaux adhérents UMP, Nicolas Sarkozy a pour sa part appelé à un « compromis » samedi matin. « Savoir imaginer un compromis, c'est être courageux et utile à la France, c'est ce que l'UMP demande et attend » a déclaré le ministre de l'Intérieur.
 
Concernant les violences commises en marge des manifestations, il a déclaré vouloir y mettre fin « car notre pays est entrain de se diviser et de s'affronter ». Et lancé : « Ceux qui étaient choqués par le terme racaille, je les comprends, c'était très insuffisant : racaille c'est trop bienveillant, voyous c'est mieux ».
 
Les Français souhaitent quant à eux à 83 % que le président Jacques Chirac s'implique davantage dans le dossier du CPE, selon un sondage Ifop à paraître dans le Journal du dimanche.
 
« N’allez pas à Paris ! »
 
Depuis la mairie de Salon-de-Provence, Ségolène Royal a quant à elle accusé le gouvernement de « jouer la carte de l'affrontement pour mieux faire oublier son arrogance et son incompétence » dans le dossier du CPE. La députée socialiste a surtout cherché à mettre en garde le gouvernement contre « la montée des violences et contre la tentation de monter les jeunes les uns contre les autres ».
 
Ces tensions font par ailleurs l’objet d’un conseil alarmiste dans le tabloïd britannique « The Sun » de samedi, qui titre « N’allez pas à Paris ». Le quotidien populaire publie des images de l'agression d'une jeune femme par des casseurs aux Invalides et conclut son article par : « si vous envisagez un séjour romantique à Paris, oubliez: vous serez plus en sécurité à Bagdad ».
 
 
 
 

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