Décidé à promulguer le CPE, Chirac cherche l'ouverture avec les partenaires sociaux

Publié le par rezeid

Le chef de l'Etat interviendra ce soir, à vingt heures, à la télévision. Il devrait faire des propositions en vue d'une sortie de crise.

 
Chirac cherche l'ouverture avec les partenaires sociaux.(Sébastien Soriano/Le Figaro)   JACQUES CHIRAC s'est accordé du temps. Alors que le Conseil constitutionnel a validé le CPE, hier soir, le président de la République a choisi de ne pas s'exprimer à chaud. Pour ne pas accréditer l'idée que les choses étaient pré-arrangées avec son ami Pierre Mazeaud et ne pas donner l'image de la précipitation. Le chef de l'Etat a conscience que la crise du CPE ne se limite ni au refus de cette mesure technique, ni au rejet de Dominique de Villepin et de son gouvernement mais qu'elle traduit, en profondeur, «le début d'une crise de la société», une aspiration de la jeunesse à être prise en considération. Mais il sait aussi que l'électorat de droite attend de lui «un signe d'autorité», qu'«il affirme l'autorité de l'Etat».
 
Face à ces deux exigences contradictoires, la marge de manoeuvre de Jacques Chirac est particulièrement étroite. Il ne peut pas désavouer le premier ministre, en retirant le CPE, ou en demandant, comme l'ont souhaité les dirigeants syndicaux, une deuxième délibération de la loi. Ce qui signifierait, en pratique, l'enterrement pur et simple du CPE. Il ne veut pas non plus donner suite à la proposition de Nicolas Sarkozy de suspendre l'application du CPE et de renégocier avec les syndicats et les organisations de jeunes.
 
Depuis des jours et des jours, le couple exécutif livre bataille ensemble et, à maintes reprises, le président de la République a affirmé son soutien au chef du gouvernement sur ce projet qui est, à ses yeux, «un élément important de la politique nationale de lutte contre le chômage». «Chirac et Villepin sont comme deux alpinistes en cordée. Si l'un dévisse, l'autre est entraîné dans sa chute», analyse un ministre. Une démission de Dominique de Villepin risquerait de rouvrir la campagne pour un départ anticipé de Jacques Chirac, sur le thème «la France ne peut s'offrir un an d'immobilisme».
 
Ni censure ni réserve, le choix de Jacques Chirac paraît désormais assuré : il promulguera la loi sans attendre, contrairement à ce que réclamait le président de l'UMP. Et, malgré les menaces de François Hollande qui lui promet «une épreuve de force».
 
Vers un «Grenelle social» ?
 
Dans son intervention télévisée, ce soir, le chef de l'Etat justifiera son choix, l'un des plus lourds de conséquences qu'il ait eu à faire depuis son élection en 1995. Pour montrer qu'il n'est pas insensible aux messages des anti-CPE, il ne devrait pas se contenter d'«une affirmation d'autorité sèche», pronostique un chiraquien. Il devrait assortir la promulgation de propositions destinées à répondre aux inquiétudes. Il pourrait ainsi proposer la tenue de ce que certains de ses proches appellent «un Grenelle social», d'autres, plus prudents, une «grande négociation» dont l'objectif serait de faire revenir autour de la table des partenaires sociaux qui boudent obstinément Matignon. Un ministre chiraquien faisait hier le pari que les syndicats accepteraient cette main tendue «car ils se rendent compte qu'ils sont dans une impasse». Selon un autre ministre, il faut absolument «ne pas se laisser enfermer dans le fameux article 8» – instituant le CPE – et «élargir le champ du dialogue».
 
Avant ces éventuelles négociations, ou pour en tirer les conclusions, le président pourrait demander au gouvernement d'élaborer deux projets de loi portant sur les deux points clés du CPE, le délai de la période d'essai – deux ans maximum, selon la loi – et les modalités de rupture du contrat. Avec une difficulté redoutable : ne pas vider le CPE de son contenu, et ne pas braquer encore davantage les manifestants.
 
Un pari à haut risque pour le président à un an de la fin de son mandat. Mais un succès lui permettrait de boucler la boucle. L'expression «Grenelle social» fait en effet référence aux négociations avec les partenaires sociaux présidées, en Mai 68, par Georges Pompidou, premier ministre du général de Gaulle, au siège du ministère du Travail, rue de Grenelle. Avec un jeune secrétaire d'Etat à l'Emploi nommé Jacques Chirac.
 
 

Publié dans Jacques CHIRAC-DDV

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