Chirac contraint à l'équilibrisme pour ne pas désavouer Villepin

Publié le par rezeid

"Le scénario a été écrit à quatre mains", assure Dominique de Villepin. Jacques Chirac appuie certes le Premier ministre dans la tourmente du CPE mais prendra-t-il pour autant le risque d'ouvrir la boîte de Pandore au terme d'un mandat déjà écorné?

Contraint à un exercice d'équilibrisme, entre fermeté et écoute, le chef de l'Etat tentera vendredi soir de répondre au "malaise" social, tout en défendant une mesure qu'il considère comme "un instrument capital" contre le chômage des jeunes.

Ménager les anti-CPE sans désavouer le Premier ministre.

L'Elysée et Matignon sont officiellement "sur la même longueur d'ondes" depuis le début de la crise mais l'hypothèse d'une promulgation immédiate du CPE, prônée par un Dominique de Villepin qui entend aller "jusqu'au bout", se nuance dans l'entourage du chef de l'Etat.

"C'est plus compliqué que cela", notent des proches du président, qui prendrait le risque d'une radicalisation de la fronde anti-CPE en promulguant sans délai au lendemain du blanc-seing du Conseil constitutionnel.

En vertu de la Constitution, Jacques Chirac dispose de neuf jours pour promulguer la loi sur l'égalité des chances dont l'article VIII introduit le CPE, ou demander une nouvelle délibération du texte ou de certains de ses articles au Parlement.

Cette seconde option, réclamée par les syndicats, a cours dans les rangs de la majorité UMP.

L'un des scénarios qui s'offrent au président de la République serait d'"habiller" une seconde délibération - qui équivaudrait de fait à une remise en cause du contrat première embauche - d'une proposition de grande négociation sociale sur tous les sujets touchant à l'insertion professionnelle des jeunes, CPE inclus.

Un "Grenelle social", ballon d'essai lancé jeudi en référence aux négociations de 1968, paraît exclu, les syndicats ayant d'ores et déjà opposé une fin de non-recevoir à une telle concertation sans retrait préalable du CPE.

Le délai avant promulgation serait mis à profit pour mettre toutes les solutions "sur la table", y compris un ou plusieurs projets de loi corrigeant le CPE.

"J'AIME TROP MES COMPATRIOTES..."

"On ne veut pas discuter avec au-dessus de nous l'épée de Damoclès du CPE", soulignait-on vendredi de source syndicale.

"On sait que le dialogue social était au point mort ces derniers temps et que les organisations syndicales sont en demande de grands chantiers. Mais nous sommes allés trop loin dans le rapport de forces, et cela risque de ne pas être suffisant", note Stéphane Rozès, de l'institut CSA.

Cette esquisse de sortie de crise, quels que soient ses contours, constituerait un désaveu pour le chef du gouvernement.

Dans un communiqué inusité, Matignon a fait savoir que Jacques Chirac et Dominique de Villepin s'étaient réunis vendredi matin à l'Elysée "pour arrêter ensemble la position définitive du président de la République", l'entourage du chef de l'Etat se contentant de confirmer "une réunion de travail".

"Cela s'est fait en complet accord, sur proposition du Premier ministre", a-t-on ajouté à Matignon.

Une précision en contradiction avec l'esprit des institutions de la Ve République, qui affirment la primauté de la fonction présidentielle.

Faut-il y voir la volonté du Premier ministre d'apparaître à la manoeuvre ou une manière de conjurer par avance un possible camouflet?

"Le scénario a été écrit à quatre mains", assurait jeudi après-midi Dominique de Villepin à quelques journalistes dans la cour de Matignon.

"C'est d'une parfaite cohérence depuis le début, et j'aime trop mes compatriotes pour ne pas les faire sourire à la fin", a-t-il ajouté.

Jacques Chirac en fait-il la même lecture?

Publié dans Divers

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