Entre colère anti-CPE et solidarité avec Villepin, Chirac en équilibriste

Publié le par rezeid

Jacques Chirac s'est livré vendredi soir à un délicat exercice d'équilibriste pour tenter d'apaiser l'exaspération autour du CPE, sans pour autant désavouer son Premier ministre.Il a donc combiné la promulgation de la loi égalité des chances créant le contrat première embauche, sur laquelle Dominique de Villepin s'était personnellement et profondément engagé, et l'annonce d'un remaniement des deux points les plus litigieux du CPE.

 

Choix stratégique confus, paradoxal, voire incohérent, ont jugé ses opposants. Synthétique et équilibré, ont estimé ses partisans.

 

En conclusion de sa brève intervention radio-télévisée prononcée à l'issue de deux mois de crise ouverte, M. Chirac a résumé sa démarche d'une formule: "en République, quand il s'agit de l'intérêt national, il ne saurait y avoir ni vainqueur, ni vaincu".

 

Il s'est refusé d'une part à suspendre la loi et à demander une deuxième délibération sur ce texte. Deux choix qui auraient sonné comme une capitulation sans doute inacceptable pour son ombrageux chef de gouvernement.

 

François Bayrou, président de l'UDF, s'est d'ailleurs plu à expliquer le choix chiraquien par une "menace de démission du Premier ministre".

 

Du coup, selon le leader centriste, le chef de l'Etat a été empêché d'aller au bout de sa volonté d'apaisement, qui aurait dû passer par une nouvelle délibération du Parlement sur un texte contesté.

 

Mais, avait à de multiples reprises scandé M. de Villepin, "la loi s'appliquera".

 

Mardi encore, devant les députés UMP, il s'était affirmé "ouvert" à des aménagements du CPE, pour peu qu'ils ne soient pas d'ordre législatif.

 

M. Chirac ne lui aura pas donné totalement satisfaction, puisqu'il a annoncé dans la foulée de la promulgation la remise en chantier parlementaire du CPE.

 

Mieux, il a demandé que le CPE ne soit pas appliqué dans sa formule actuelle, avant la mise en oeuvre du texte législatif qui le réformera.

 

Par ailleurs le président de la République a invité les partenaires sociaux, ainsi que les organisations étudiantes à "prendre toute leur part" dans l'élaboration du CPE nouveau modèle.

 

Un contrepied de la méthode à l'arraché mise en oeuvre par M. de Villepin pour faire adopter ce contrat visant les moins de 26 ans.

 

Malgré ces prises de distance avec une mesure qu'il a voulue et une méthode qu'il a impulsée, M. de Villepin s'est attaché à faire savoir vendredi que les décisions avaient été arrêtées en commun entre le chef de l'Etat et lui-même sur sa propre "proposition".

 

Première avancée en tout cas pour M. Chirac: il a recollé les morceaux fissurés de l'UMP. Son président Nicolas Sarkozy a ainsi salué une "décision de sagesse", en soulignant qu'elle était conforme à son souhait de compromis.

 

Mais les assurances détaillées par M. Chirac seront-elles suffisantes pour calmer les opposants au CPE, chauffés à blanc et qui ont convoqué une nouvelle journée d'action le 4 avril ?

 

C'est tout le pari du président de la République, dont rien n'indique qu'il sera gagné.

Publié dans Divers

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