CPE: Villepin veut démontrer jusqu'au bout qu'il pilote la situation

Publié le par rezeid

Dans l'attente de l'intervention de Jacques Chirac, Dominique de Villepin a voulu démontrer vendredi qu'il gardait la haute main sur le dossier du CPE, au risque de donner un peu plus l'impression de lier son destin à la crise.

Après avoir remporté une victoire juridique jeudi avec le feu vert du Conseil constitutionnel, le Premier ministre a semblé vouloir pousser son avantage en faisant savoir, par son entourage, que »la position définitive du président de la République» avait été arrêtée en commun et »sur proposition» du chef du gouvernement.

Les deux hommes se sont rencontrés »longuement» dans la matinée à l'Elysée et ont dégagé une position sur le contrat première embauche »en complet accord».

Cette déclaration a surpris des députés UMP, tel le sarkozyste Dominique Paillé qui y voit la preuve »qu'en cette fin de quinquennat, c'est le Premier ministre qui a toutes les cartes en main». »Ce n'est pas dans l'esprit des institutions de la Vème République», a-t-il déclaré à l'AFP.

Mercredi, fatigué, M. de Villepin avait commis un lapsus saisissant à l'Assemblée en parlant de »démission» au lieu de »décision». Un peu plus tard, il avait réaffirmé qu'il ne »baisserait pas les bras» face au chômage des jeunes. Depuis, il s'est abstenu de tout commentaire officiel.

En aparté, il a toutefois confié jeudi après-midi à quelques journalistes dans la cour de Matignon que ce qui se passe avec le CPE, »est d'une parfaite cohérence depuis le début» et que »le scénario a été écrit à quatre mains», sous-entendu avec M. Chirac.

Estimant que la presse »ne regarde pas le même film» des événements que lui, il s'est montré serein en assurant »qu'un film, ça se termine toujours bien». »J'aime trop mes compatriotes pour ne pas les faire sourire à la fin», a ajouté M. de Villepin.

Dans son entourage, on a insisté ces derniers jours sur la proximité entre les deux têtes de l'exécutif, en évoquant »un rapport filial» empreint de »beaucoup de tendresse» et même une relation encore plus forte que celle liant, naguère, Jacques Chirac à Alain Juppé.

Mais la bataille est loin d'être gagnée pour ce féru d'épopée napoléonienne qu'est M. de Villepin, dix mois après sa prise de fonction et à un peu plus d'un an de la présidentielle.

Outre qu'il semble payer sa gestion des événements dans les sondages -les deux derniers baromètres le situent à 29% de bonnes opinions, sa plus faible cote de confiance- une éventuelle promulgation de la loi pourrait ne pas laisser aux anti-CPE d'autre issue que la radicalisation du mouvement.

Cette crise aura en outre permis aux syndicats de reconstruire leur unité et à la gauche de rassembler ses forces autour d'un thème fédérateur.

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