"Avançons avec Dominique de Villepin"
Dans une interview à paraître dans Le Journal du Dimanche et réalisée vendredi soir à la suite de l'intervention radiotélévisée du chef de l'Etat, le Premier ministre dit "regretter profondément" les "malentendus" et les "incompréhensions" qu'a suscités sa démarche.
"Le président de la République a pris une décision juste et respectueuse de nos institutions", déclare-t-il.
"Il a marqué sa détermination en promulguant la loi. Mais il a aussi montré son ouverture et sa volonté de répondre aux inquiétudes des jeunes en demandant d'apporter le plus rapidement possible les améliorations nécessaires au contrat première embauche", ajoute-t-il.
Prié de dire s'il se sent désavoué par le chef de l'Etat, Dominique de Villepin est catégorique: "Non".
"Nous vivons dans une époque où l'on cherche en permanence à monter les uns contre les autres. Ce n'est pas l'idée que je me fais de la politique. Je refuse d'entrer dans ces jeux-là", souligne-t-il.
Il dément vouloir peser sur les décisions de l'Elysée dans cette crise.
"N'interprétons pas mal les choses simples. La décision finale appartient au Président et il ne saurait en être autrement dans nos institutions. C'est sur ces principes essentiels que reposent nos relations", affirme-t-il.
Le chef du gouvernement, qui avait commis mercredi un lapsus en confondant "décision" avec "démission", assure ne pas avoir songé à démissionner: "Ceux qui me connaissent savent que je ne suis pas homme à baisser les bras".
"Je suis soucieux d'avancer en tirant les leçons à chaque étape", souligne-t-il, récusant toute dissension au sein de son camp. "La majorité est unie".
Ainsi Dominique de Villepin réunira-t-il lundi à Matignon l'ensemble du gouvernement "pour fixer le cap des prochains mois" dans la bataille pour l'emploi.
"MA PERSONNE IMPORTE PEU"
"Car le défi de l'emploi appelle des réponses dans beaucoup d'autres domaines: nous avons besoin d'un service public de l'emploi toujours plus performant, pour recevoir régulièrement les demandeurs d'emploi et répondre à leurs attentes", réaffirme-t-il.
"Il est indispensable de renforcer les liens entre l'université et l'emploi pour permettre à tous les étudiants de trouver rapidement un travail conforme à leurs souhaits. Plus en amont encore, il y a beaucoup à faire en matière d'orientation et d'information des lycéens et des étudiants. Vous le voyez, nous avons du pain sur la planche", ajoute-t-il.
Marquant sa volonté de "mener de front dialogue social et action", le Premier ministre réaffirme sa disponibilité à engager la concertation avec les partenaires sociaux.
"Je souhaite également que la concertation qui va s'ouvrir la semaine prochaine pour préparer la proposition de loi demandée par le président de la République permette de retrouver les voies d'un dialogue serein", précise-t-il.
Les groupes UMP de l'Assemblée et du Sénat doivent présenter prochainement une proposition de loi visant à modifier les deux dispositions contestées du CPE: la période de deux ans serait réduite à un an et le motif de la rupture du contrat serait "expliqué".
Dominique de Villepin juge que la fronde anti-CPE doit trouver son terme.
"Manifester est un droit légitime dans notre République. Mais il est temps aujourd'hui de trouver des solutions responsables à l'anxiété profonde qui est apparue ces derniers jours", déclare-t-il.
Affichant sa sérénité dans la tourmente, il explique qu'"agir c'est toujours prendre un risque" et minimise l'érosion de sa cote de popularité dans les sondages depuis le début de la crise du CPE.
"Que dans une situation de crise, la popularité du chef du gouvernement soit affectée, cela me paraît inévitable. (...) Dans cette affaire, ma personne importe peu", confie-t-il.
Regrette-t-il d'être à Matignon?
"Comment pourrait-on regretter de servir son pays? Surtout dans un moment où il s'agit de faire passer la France d'une époque à une autre, de lui donner les outils nécessaires pour faire face aux défis de l'avenir".
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