Debré : «La ligne fixée par le président s'impose à tous»

Publié le par rezeid

Pour le président de l'Assemblée nationale, la rédaction annoncée d'un nouveau texte de loi n'est pas un désaveu pour Dominique de Villepin.

 
 
Le FIGARO. – Après l'intervention de Jacques Chirac, les syndicats exigent toujours l'abrogation du CPE. Comment débloquer la situation ?
 
Jean-Louis DEBRÉ. – Je suis surpris. Le président de la République respecte les institutions en promulguant la loi votée par le Parlement et validée par le Conseil constitutionnel ; il demande l'amélioration du CPE sur les deux points les plus sensibles. Je ne peux pas imaginer que des organisations professionnelles responsables puissent refuser la main tendue. D'autant que le président a proposé un grand débat sur les liens entre université et emploi, ainsi que sur la sécurisation des parcours professionnels.
 
Il est de mon devoir de lancer un appel à ce dialogue. J'espère que l'ensemble des organisations professionnelles y participera. Le dialogue, ce n'est pas l'ultimatum.
 
Que devra dire le texte de la proposition de loi que doivent rédiger Bernard Accoyer et Josselin de Rohan ?
 
Je souhaite qu'il soit court, simple et précis. L'architecture en a été précisée par le président de la République. Il faut maintenir une certaine souplesse dans nos dispositions législatives car l'entreprise évolue en fonction de son carnet de commandes. Le jeune doit avoir droit à une explication sur son licenciement.
 
Pourquoi avoir promulgué une loi dont on annonce en parallèle la non-application et la réforme ?
 
La loi sur l'égalité des chances, ce n'est pas seulement le CPE. Il y a d'autres mesures importantes et attendues. Cette loi, ne l'oublions pas, comporte cinquante articles dont un seulement concerne le CPE. Si on avait demandé une seconde lecture, c'est toute la loi qui n'aurait pas été promulguée. On a suffisamment tergiversé pour ne pas encore perdre du temps, car le temps qui passe marginalise de plus en plus de jeunes qui désespèrent de ne pouvoir trouver un emploi ou acquérir une formation.
 
Comment jugez-vous l'attitude des socialistes ?
 
Certains, comme Laurent Fabius et François Hollande, se préoccupent plus de leur destin personnel que de la réforme. Ils se sont laissés aller à des déclarations irresponsables. Ce qu'ils souhaitent, ce n'est pas la réforme du CPE, c'est une épreuve de force politique avec le gouvernement. Les syndicats ne doivent pas tomber dans ce piège. On ne progresse jamais dans la chienlit.
 
Dominique de Villepin n'a-t-il pas subi un désaveu ?
 
Je ne le crois pas du tout. Certains voudraient qu'il en soit ainsi. Pour moi, ce qui est en cause, ce n'est pas un homme et son avenir, mais savoir si, dans notre pays, on peut réformer dans le cadre de la légalité républicaine.
 
Dans quel état d'esprit avez-vous trouvé le premier ministre samedi ?
 
Je l'ai trouvé serein, déterminé, responsable. La rencontre autour du premier ministre avait une ambition : renouer le dialogue social. Elle a montré clairement l'unité de la majorité autour du président de la République et du premier ministre.
 
Mais Nicolas Sarkozy ne s'est-il pas emparé du dossier ?
 
La ligne fixée par le président de la République pour sortir de la crise s'impose à tous, même à ceux qui dans la majorité parlementaire prônaient publiquement encore récemment une autre méthode. Je connais bien les deux présidents des groupes parlementaires UMP et leur indépendance d'esprit. Je suis certain qu'ils ne laisseront à personne d'autre le soin de rédiger la proposition de loi. Laisser entendre que quelqu'un, dans leur dos, serait à la manoeuvre à leur place, ce serait faire injure à leur personnalité.
 
Au-delà du CPE, ces manifestations ne révèlent-elles pas une angoisse plus générale ?
 
Il y a une angoisse pour l'avenir. Elle est accrue par le fait qu'une génération de Français qui travaillent a à sa charge ses parents, du fait de l'allongement de la durée de la vie, et ses enfants qui font des études de plus en plus longues ou ne trouvent pas de travail. Leur pouvoir d'achat n'augmente pas de manière suffisamment rapide. Ces angoisses se cumulent. Il faut y répondre. Refuser le dialogue et l'adaptation, c'est poursuivre dans la voie de l'immobilisme.
 
 

 
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