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CPE: Désavoué, Villepin assume son échec

Publié le par rezeid

De Villepin et Jacques Chirac Le premier ministre «regrette» de n'avoir «pas été compris». "Aucun intermédiaire n'existe entre la raideur et l'abandon." Dominique de Villepin s'est-il souvenu, hier matin, au moment de reculer sur le CPE, du Cri de la Gargouille, ce livre publié en mai 2002. Un essai à propos duquel le premier ministre n'a cessé de confier tout au long de la crise : «Tout est écrit dans la Gargouille. Je n'ai pas un mot à y ajouter, ni à retrancher.» Douze semaines jour pour jour après le lancement de son contrat controversé, qui aura jeté des millions de personnes dans la rue, le chef du gouvernement a donc rendu les armes et concédé publiquement sa défaite.

Cerné par la gauche et les syndicats, lâché par l'UMP de Nicolas Sarkozy et aiguillonné par Jacques Chirac, le premier ministre a fini par se rendre à l'évidence. Fidèle à ce qu'il avait annoncé, Dominique de Villepin n'a laissé à personne d'autre le soin d'endosser seul la responsabilité du retrait. Quelques minutes après le communiqué de l'Élysée, il a confirmé, depuis Matignon, le «remplacement» du CPE. Sans barguigner. «J'ai voulu agir vite. J'ai voulu proposer une solution forte (...). Cela n'a pas été compris, je le regrette.» Tout est dit. Tout est perdu pour Dominique de Villepin qui avait fait du CPE son «arme fatale» pour doubler son rival Sarkozy dans la course à l'Élysée.

Certes, pour sauver les apparences, les mots «abrogation» et «retrait» n'ont pas été prononcés, ni à l'Élysée ni à Matignon. L'événement a été soigneusement mis en scène par Jacques Chirac, qui a interdit au président de l'UMP de s'attribuer trop ostensiblement le rôle du sauveur. Malgré ces précautions de communication, c'était jour de défaite hier à Matignon. Défait et amaigri, le premier ministre avait les traits tirés, les yeux cernés. Aucun conseiller ne cherchait à camoufler cette évidence : «On ne va quand même pas vous dire qu'il est heureux !»

Avec le fiasco du CPE, Dominique de Villepin a perdu bien plus qu'une réforme du Code du travail. C'est toute sa stratégie politique à Matignon qui s'effondre. Son image d'homme flamboyant est atteinte. Celle du réformateur à la hussarde est laminée. Enfin, et c'est peut-être là le plus grave, il a perdu la confiance des parlementaires. Ceux-là même qui ne l'aimaient déjà guère depuis la dissolution ratée de 1997. Le premier ministre, qui a fait de la bataille du CPE un combat personnel, a longtemps ignoré les mises en garde de sa majorité. Et relancé, de facto, la critique sur son absence de mandat électoral.

Borloo : «Il est dans un état de revanche»

Face à une telle hostilité, pourquoi n'a-t-il pas démissionné ? Un de ses plus proches collaborateurs reconnaît : «Si la loi égalité des chances n'avait pas été promulguée, il serait parti. Chirac ne lui a jamais manqué.» Hervé Mariton, député villepiniste, veut encore y croire : «Il reste pour rendre service à la majorité dans un souci d'unité. Mais il a clairement affirmé une personnalité.» Revanchard, Georges Tron, autre villepiniste de choc, essaie d'entretenir la flamme : «Il a eu le courage d'aller à l'extrême limite. Personne n'est dupe du double jeu de l'UMP. On va assister à des repositionnements dans la majorité.» Jean-Louis Borloo observe : «Il est dans un état de revanche.»

A Matignon, ses conseillers s'accrochent aux résultats d'un des derniers sondages sur le CPE. Dans l'enquête Ipsos pour Le Figaro-LCI-RTL publiée hier, 58% des sympathisants étaient opposés au retrait du CPE. Un proche de Villepin prend date : «Une bonne base pour rebondir si l'occasion se présente. A un moment ou à un autre, on verra bien où sont ceux qui ont voulu la rupture et ceux qui ne l'ont pas voulu.»

Comment peut-il rebondir ? Écrire un livre comme Alain Juppé en 1996 ? Pour réhumaniser son image, le maire de Bordeaux avait retracé ses états d'âme dans un essai intitulé Entre nous. L'opération fut un flop. Et Juppé n'a jamais, au fond, réussi à surmonter les grandes grèves de 1995. Dans l'immédiat, l'actuel premier ministre va surtout essayer de se faire oublier. Sur son agenda, il a déjà inscrit une bonne demi-douzaine de rendez-vous diplomatiques, de déplacements dans les DOM-TOM. «Son action ne se limite pas au seul CPE», dit-on à Matignon même si le coeur n'y est pas.

En face, Nicolas Sarkozy pavoise. Trop content d'avoir gagné face à Villepin cette primaire avant l'heure. Les sarkozystes sont formels : «il va mourir à petit feu à Matignon.»

Publié dans dominiquedevillepin

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