Breton « Contre le chômage il faut jouer sur tous les tableaux »

Publié le par rezeid

Le ministre de l’Economie inaugure ce matin la foire de Joigny. Auparavant, il sera dans l’Auxerrois pour visiter l’entreprise Nicolas de Champs-sur-Yonne. Auteur de prévisions sur la croissance en 2006 jugées optimistes, Thierry Breton persiste et signe.

l’Yonne Républicaine.Vous venez inaugurer ce vendredi la foire de Joigny. Quel sens donnez-vous à cette visite ?

Thierry Breton.

La Foire de Pâques à Joigny est l’une des premières manifestations commerciales de la saison dans le département. Elle associe fête foraine et activité commerciale dans un véritable événement populaire, auquel participent des milliers des visiteurs et plus d’une centaine d’exposants.
Il est important pour moi, ministre en charge de l’économie, et donc en particulier de la consommation, de marquer mon attachement et mon encouragement à de tels événements essentiels pour l’animation économique des territoires et qui ont fait leur preuves.
J’attache une grande importance à la vitalité des foires locales, et plus largement de toutes les activités de foires, salons, et congrès.
Sur l’ensemble de la France, les 68 foires recensées représentent 6,3 millions de visiteurs et 30 000 exposants. Les foires, salons et congrès représentent 7, 8 milliards d’euros de retombées économiques. C’est donc un réel enjeu économique, auquel le ministre de l’Economie est très sensible

La crise du CPE s’est finalement traduite par un recul du gouvernement et l’annonce de mesures destinées à favoriser l’emploi des jeunes.
Ces dernières sont-elles pour vous une réponse satisfaisante ou considérez-vous qu’une réforme en profondeur du code du travail s’impose ?


Pour contrer le fléau que constitue le chômage des jeunes, nous devons jouer sur tous les tableaux. Les mesures en faveur de l’insertion professionnelle des jeunes les plus en difficulté, annoncées par le Premier ministre, sont essentielles.
Au-delà, Dominique de Villepin a proposé d’engager une discussion sans a priori avec les partenaires sociaux sur la sécurisation des parcours professionnels, sur la précarité et sur l’insertion des jeunes dans l’emploi. Laissons cette discussion avoir lieu dans la sérénité et sans exclure aucune piste constructive.
La France est l’un des derniers pays de l’OCDE à n’avoir pas encore tiré totalement les leçons du monde qui vient en ce qui concerne les relations au travail. Ce débat a eu au moins un mérite à mes yeux. Nos compatriotes ont, je crois, compris qu’on ne pouvait plus rester immobiles et se satisfaire du statu quo.

Le conflit du CPE a affaibli le gouvernement.
Celui-ci peut-il désormais faire autre chose qu’expédier les affaires courantes jusqu’à la présidentielle ?


L’essentiel c’est que nous soyons sortis de la crise dans l’unité de la majorité et que lycéens et étudiants puissent terminer dans de bonnes conditions leur année scolaire et passer leurs examens. Le Premier ministre l’a dit : il ne saurait y avoir de pause dans la lutte contre le chômage qui est la priorité du gouvernement.
Il faut prendre toute la mesure du passage au quinquennat : le gouvernement restera jusqu’au bout dans l’action pour que 2006 soit une année utile pour la France.

Après avoir assuré que la part de l’Etat dans le capital de GDF ne descendrait pas sous la barre des 70 %, votre gouvernement souhaite désormais privatiser Gaz de France via une fusion avec Suez. Comment justifier un tel revirement ?

Le monde de l’énergie a changé.
Nous devons faire face à un double défi : la hausse des prix des hydrocarbures et le renforcement des enjeux géostratégiques liés à notre sécurité d’approvisionnement en énergie. Tous les jours, nous assistons à la consolidation des industries de l’énergie en Europe. Les acteurs majeurs de l’énergie de demain sont en train de se constituer. Les décisions importantes ne peuvent attendre.
Suez et GDF sont des groupes performants et respectés, mais de taille moyenne à l’échelle mondiale. Pour ne pas subir les évolutions actuelles, mais en être des acteurs dynamiques, ils élaboré un projet industriel porteur de croissance. Ce projet s’appuie sur la complémentarité des deux entreprises et leur permettra d’engager les investissements importants, tout en nouant un dialogue mieux équilibré avec ses fournisseurs.
Après une concertation approfondie, qui durera encore plusieurs semaines, il sera proposé au Parlement de se prononcer sur ce projet industriel, sans dogmatisme, je le souhaite, parce que l’intérêt de notre pays est de créer un nouveau géant européen de l’énergie, basé pour l’essentiel en France et en Belgique, dans l’intérêt des salariés et des clients pour mieux garantir la sécurité des approvisionnements, la capacité accrue d’investissement nécessaire et le meilleur contrôle des prix pour le consommateur.

Vous prévoyez pour cette année un chômage sous la barre des 9 %, une croissance entre 2 et 2,5 % et une création nette de 200 000 emplois. Depuis des années, vos prédécesseurs, de droite comme de gauche, se risquent à de tels pronostics optimistes, malheureusement souvent démentis par la réalité. Quels éléments permettraient d’accorder du crédit à vos prévisions ?

Tout simplement les faits ! Dès le second semestre de 2005, l’activité est repartie dans notre pays sur un rythme d’environ +2,2% l’an, le taux de chômage a baissé de 10,1% à 9,6% en quelques mois et plus de 140 000 emplois ont été créés l’année dernière dans le seul secteur marchand. Vous le voyez, il convient de prolonger les tendances à l’œuvre depuis 9 mois pour parvenir aux chiffres que vous citez. Ce n’est pas moi qui le fait, mais l’ensemble des conjoncturistes et des économistes. Ce sont des faits, c’est comme ça ! Les premières indications sur 2006 confirment d’ailleurs ces tendances, qu’il s’agisse des enquêtes auprès des chefs d’entreprises qui témoignent de la réelle embellie du climat des affaires ou de la consommation manufacturée des ménages qui a atteint en ce début d’année un nouveau record.

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