Villepin cherche à se relancer à la Sorbonne

Publié le par rezeid

Après son échec sur le CPE, le premier ministre a lancé hier à la Sorbonne le débat national «université-emploi». Avec un mot d'ordre : le consensus.

 
Dans une allusion à la crise du CPE, Dominique de Villepin a averti : ''Je me situe résolument du côté du mouvement, de l'adaptation, de la modernisation.'' Une manière de signifier qu'il n'a pas renoncé à la réforme.   DOMINIQUE DE VILLEPIN a réussi son oral à la Sorbonne. Quinze jours après le retrait du CPE, le premier ministre a choisi ce lieu symbolique de la contestation étudiante pour lancer le grand débat national sur l'université et l'emploi. Un grand débat annoncé par Jacques Chirac en pleine crise du CPE et destiné à rouvrir le dialogue avec la jeunesse. Ce que le chef du gouvernement a mis en oeuvre, dès hier, à l'occasion d'un débat direct avec les étudiants et les enseignants présents dans le grand salon de la Sorbonne.
 
Avant l'arrivée du premier ministre, les nombreux CRS contiennent sans trop de difficulté deux cents irréductibles qui scandent «Villepin au Kärcher». A l'intérieur de l'université, les mille invités écoutent religieusement les discours. Si les leaders de la CGT et de la CFDT ont décliné l'invitation, ceux de la CFTC, de FO et de la FSU sont assis au premier rang. Bruno Julliard (Unef) et Julie Coudry (Confédération étudiante), deux des figures du mouvement anti-CPE, se sont installées en face de... Dominique de Villepin.
 
«Je ne suis pas un homme de trop grande prudence»
 
A la tribune, le vice-président de la conférence des universités, Yannick Vallée, se veut optimiste : «Aujourd'hui sera peut-être un grand jour pour l'université, pour les étudiants et plus largement pour la France. Mais l'université réclame des moyens massifs.» Si le premier ministre évite de chiffrer l'engagement de l'Etat, il promet des «efforts financiers pour faire de l'université un lieu d'excellence et de réussite sociale».
 
Dans son discours, il pose un diagnostic sans concession : un étudiant sur deux n'achève pas sa première année d'université et un tiers n'obtient pas sa licence. Il pointe aussi les dysfonctionnements du système d'orientation, les insuffisances en matière de formation professionnelle. Mais le premier ministre a retenu la leçon du CPE et ne vient pas avec une réforme bouclée d'avance. Il prend donc soin d'installer une Commission université-emploi chargée de conduire un débat dans tout le pays. Prudent, il n'annonce pas de projet de loi. Tout juste attend-il quelques «propositions concrètes et consensuelles» applicables dès la rentrée 2006-2007. C'est donc «pas à pas» qu'il veut bâtir le «nouveau pacte entre l'université et les Français». Vaste chantier surtout à un an de la présidentielle. La dernière réforme de l'université date de 1983. «Je sais que le calendrier est serré. Mais il faut avancer», répond-il à Gérard Aschieri (FSU), qui lui reproche de ne pas «avoir concerté avant l'installation de cette commission».
 
Dans une allusion à la crise du CPE, Villepin avertit : «Je me situe résolument du côté du mouvement, de l'adaptation, de la modernisation.» Une manière pour lui de signifier qu'il n'a pas renoncé à la réforme. Cela ne l'empêche pas de faire un peu plus tard ce mea culpa : «On me reproche parfois d'aller vite. Je n'aime pas les peut-être. Je ne suis pas un homme de trop grande prudence.»
 
Après son discours, le premier ministre, manifestement à l'aise, se lance dans un jeu de questions-réponses avec l'auditoire. Plusieurs étudiants et responsables syndicaux ont remis sur le tapis le CPE. A un jeune qui dénonce le «contrat première embrouille», il lance avec le sourire : «Vous vous ennuierez très vite dans le pré carré de vos idées. Acceptez d'écouter l'autre. Fût-ce un premier ministre !» A un autre qui doute de son envie d'aider les jeunes, Villepin puise dans sa propre expérience d'étudiant «dans les années 70 à Nanterre». «On peut être mauvais à l'école à 15 ans et génial à 20 ans.» Villepin, qui pense sans doute à sa propre situation, conclut : «Tout n'est pas figé d'avance. Tout n'est pas joué d'avance.»
 

Publié dans dominiquedevillepin

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Nicolas 26/04/2006 17:59

"Dominique de Villepin tenait à entrer triomphant «en Sorbonne» hier. «J'ai entendu une clameur lointaine, l'écho d'un espoir, d'une attente, qui m'a fait chaud au coeur», a entonné le Premier ministre, laissant une partie de son public pantois. La clameur venue de l'extérieur était pourtant celle de manifestants, maintenus à l'écart par un impressionnant dispositif de police. "

dixit Libération.

Les manifestants ont été maintenus à distance par des barrières. Puis, ils ont été éloignés davantage afin que les augustes oreilles de notre premier ministre n'entendent pas les slogans des manifestants. S'ils manifestaient, c'était entre autre pour qu'ils se fassent entendre du premier ministre, il me semble.

En tout cas, merci à M. Sarkozy pour ce grand déploiement de CRS, avides d'ordre.