Villepin : «Après la crise, aller de l'avant»

Publié le par rezeid

Désireux de tourner la page du CPE, le premier ministre explique comment il veut relancer son action.

 
Dominique de Villepin : ''Nous ne sommes pas dans une période d'attentisme. Ce n'est pas mon état d'esprit, ni celui du gouvernement, ni celui du président de la République.''  LE FIGARO. – Trois semaines après la crise du CPE, estimez-vous avoir commis des erreurs dans la gestion de ce dossier ?
 
Dominique de VILLEPIN. – La crise du CPE n'a été une victoire pour personne. J'avais la conviction que le CPE créerait des milliers d'emplois pour les jeunes les plus en difficulté. J'ai voulu aller vite. Aujourd'hui, je tire les leçons des événements : il faut bien sûr plus de concertation et s'appuyer sur un diagnostic mieux partagé. Les parlementaires se sont beaucoup mobilisés sur le terrain. Mais peut-être aurait-il fallu davantage d'explication sur le projet de loi lui-même. C'est une autre leçon.
 
Désormais, nous avons tous les éléments pour repartir. Et je sors de cette crise avec l'envie de faire mieux. Finalement, j'en sors mieux armé pour faire de l'année 2006 une année utile, avec mon gouvernement, avec l'ensemble des membres de la majorité.
 
Le CPE a-t-il nuit à vos relations avec le président de la république ?
 
J'ai toujours eu des relations très proches avec Jacques Chirac. Notre relation a été très étroite tout au long de la crise, elle n'a pas changé depuis.
 
On a dit que vous aviez envisagé de démissionner...
 
C'est totalement faux.
 
Votre cote de popularité oscille autour de 25%. C'est peu pour gouverner...
 
Je ne suis pas surpris par ce chiffre. Quand on mène une action difficile, on en voit toujours la trace dans les sondages. C'est un grand classique de la vie politique. Mais la vraie légitimité d'un homme politique, c'est la force de son action, les résultats qu'il produit. Après la crise, il faut aller de l'avant.
 
Envisagez-vous pour cela de remanier votre gouvernement ?
 
Je n'en vois pas la nécessité. Dans la difficulté, on cherche toujours des boucs émissaires, mais c'est rarement une bonne solution. Ce qui compte, c'est la détermination, l'énergie, la constance de l'équipe gouvernementale : elles sont là. C'est aussi la capacité à apporter des réponses aux attentes des Français. Une équipe qui a traversé des épreuves en sort plus forte, plus expérimentée et plus soudée.
 
Justement, comment comptez-vous relancer votre action ?
 
Je le redis, 2006 sera une année utile. Tout n'a pas changé parce que la France a connu une crise sociale. Et le monde ne doit pas s'arrêter de tourner parce que nous sommes à un an de l'élection présidentielle. La France doit rester compétitive en Europe. Je m'y suis engagé, avec ma majorité. Mon ambition, c'est de réduire le chômage. Mon exigence, c'est de dynamiser notre croissance.
 
Je vais, dès la semaine prochaine, lancer un certain nombre de réflexions avec la majorité. Je veux me pencher sur l'université, qui est apparue comme un lieu d'espoir, mais aussi comme un lieu de déception. Il faut tendre vers une professionnalisation des filières, rénover les bâtiments, améliorer la vie étudiante ou le système de bourses, créer un vrai service public de l'orientation. Nous trouverons pour cela les moyens nécessaires.
 
Vous deviez mener à bien une troisième étape pour l'emploi en juin, et ouvrir le chantier du contrat de travail unique. Etes-vous en mesure de présenter votre plan ?
 
En la matière, les choses vont mieux : près de 200 000 chômeurs en moins ces derniers mois. Nous avons inversé la tendance. En mars, la France a enregistré la plus forte baisse du chômage depuis cinq ans. Près d'un demi-million de contrats nouvelles embauches ont été signés, ce qui veut dire entre 40 000 et 80 000 créations nettes par an selon l'INSEE. J'entends certains réclamer l'abrogation du CNE, avant même d'avoir eu les résultats du bilan que nous tirerons en 2008. Je veux croire que le bon sens l'emportera. Je suis prêt à mettre en place un dispositif d'évaluation régulière dès maintenant avec les partenaires sociaux.
 
J'avais dit, en arrivant à Matignon, que tout n'avait pas été tenté contre le chômage. Nous sommes dans le groupe des mauvais élèves européens. En France, nous avons un taux de chômage qui oscille autour de 12% lorsque cela va mal, et de 9% lorsque cela va mieux : il faut sortir de cette fourchette et aller vers le plein emploi. Pour cela, il faut faire des choix. Il faut dire la vérité aux Français : soit on ne change rien, et le chômage restera à un niveau élevé. Soit on donne plus de souplesse aux entreprises et plus de sécurité aux salariés : alors chacun retrouvera plus facilement un emploi. La solution est-elle le contrat unique ? Ce n'est pas écrit. Jusque-là, nous avons fait le choix de contrats différenciés afin, justement, d'apporter de la souplesse et de faire du sur-mesure. Il y a les CDI, le CNE, les CDD, l'intérim, bientôt les CDD seniors. Un contrat unique ne serait sans doute pas à même de répondre à toutes ces situations. Nous verrons ce que donnera la concertation avec les partenaires sociaux.
 
Le gouvernement a-t-il les moyens de limiter les conséquences de la hausse du prix de l'essence pour les automobilistes ?
 
Cela pose évidemment un problème énorme, notamment pour les ménages les plus modestes. Nous devons donc agir avec un souci de justice. À partir d'un prix du baril à 60 dollars – sachant qu'il est aujourd'hui à 75 dollars – je voudrais poser le principe que tout ce que l'Etat gagnera en plus puisse être reversé aux consommateurs.
 
Sous quelle forme ?
 
Nous verrons prochainement les modalités. Les distributeurs devront faire un effort de transparence et de maîtrise des prix. Quant à nous, nous continuerons à faire un effort pour les professions les plus exposées : marins-pêcheurs, ambulanciers, agriculteurs... Il est par ailleurs important que les Français soutiennent les énergies alternatives non polluantes plutôt que consommer toujours plus de pétrole. De ce point de vue, la solution de la TIPP flottante est un choix du passé et non de l'avenir.
 
Avez-vous renoncé à interdire le tabac dans les lieux publics ?
 
J'entends dire, ici où là, que le gouvernement a la tentation de différer des décisions, sous prétexte qu'elles seraient difficiles à prendre. C'est faux. La loi sur Gaz de France sera bien adoptée dans les délais prévus, pour la bonne exécution d'une opération qui consolide la position énergétique de la France et de l'Europe. Et nous prendrons le plus rapidement possible, après concertation, les décisions qui s'imposent pour le tabac. Une grande consultation va être menée. Jean-Louis Debré, le président de l'Assemblée nationale, envisage de constituer une mission parlementaire sur le tabac. Ensuite, nous assumerons nos responsabilités. Nous ne sommes pas dans une période d'attentisme. Ce n'est pas mon état d'esprit, ni celui du gouvernement, ni celui du président de la République
 
Le projet de loi sur l'immigration fait l'objet de nombreuses critiques notamment des Eglises chrétiennes. Que leur répondez-vous ?
 
J'ai déjà reçu l'archevêque de Paris, Mgr Vingt-Trois, mardi. Je verrai aujourd'hui le cardinal Ricard, le président de la conférence des évêques de France. Mon souci est d'apporter des réponses qui prennent en compte toutes les inquiétudes. L'intégration en France suppose un contrôle réel des flux migratoires. Il y a un préalable important : la lutte sans relâche contre l'immigration irrégulière. Car l'immigration irrégulière conduit toujours à des épreuves, à des drames humains et interdit une bonne intégration. Notre objectif avec Nicolas Sarkozy est d'accueillir dans des conditions satisfaisantes les étrangers en situation régulière sur notre territoire. Des règles doivent être respectées si l'on veut que les abus cessent. Nous avons constaté par exemple une nette augmentation des mariages blancs et des mariages mixtes à l'étranger. Nous devons prendre en compte cette réalité. C'est notre responsabilité. Notre droit ne peut pas être contourné en toute impunité.
 
Les évêques s'inquiètent de la restriction des conditions du regroupement familial...
 
Que nous soyons tous d'accord sur le principe du regroupement familial, c'est une chose. Que nous constations qu'il y a un certain nombre de regroupements qui se font dans des conditions totalement abusives et qui débouchent sur des situations de polygamie inacceptables en est une autre. Que nous voulions limiter ces cas me paraît tout à fait légitime. Nous le ferons avec discernement.
 
Approuvez-vous les propos de Nicolas Sarkozy invitant les «étrangers qui n'aiment pas la France» à la quitter ?
 
En démocratie il y a des droits, mais il y a aussi des devoirs. Etre exigeant avec ceux qui viennent vivre sur notre pays me semble naturel. Mais soyons aussi soucieux de donner toute sa place à chacun. Il faut être très attentif à la façon dont nous disons les choses, dans le respect de la personne humaine.
 
Le projet de loi, examiné à partir de mardi à l'Assemblée est-il amendable ?
 
Bien sûr. Nous sommes ouverts à l'enrichissement du texte, dans le respect de l'équilibre qui a été trouvé entre les exigences d'humanité et de fermeté.
 
En matière de délinquance, les violences faites aux personnes sont en hausse. Que comptez-vous faire ?
 
Avec le ministre de l'Intérieur, nous sommes déterminés à faire face à cette recrudescence. La question d'une modification de l'ordonnance de 1945 sur les mineurs est posée. D'autres sujets nécessitent d'avancer avec prudence. Je pense à la détection du comportement des enfants violents dès le plus jeune âge, qui relève selon moi davantage de la sphère médicale et éducative. Ce plan de prévention de la délinquance pourrait déboucher sur un projet de texte de loi, qui viendra après celui sur l'immigration.
 
S'appuyant sur une note de la DST, Philippe de Villiers dénonce dans son livre, Les Mosquées de Roissy, la présence de militants islamistes dans le personnel de l'aéroport. Que pensez-vous de ces accusations ?
 
Il est dommage que le débat commence par cette polémique inutile. Lorsque j'étais ministre de l'Intérieur, je n'ai pas cessé de me préoccuper du risque de filière islamiste. C'est pour cela que j'ai créé les pôles de lutte contre l'islamisme radical, que j'ai doté les renseignements généraux de moyens spécifiques et que j'ai accru les contrôles. C'est vrai, il y a des risques. La clé dans ce domaine, c'est l'anticipation et l'action. Et c'est bien notre règle.
 
 

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