Déclaration du général Rondot

Publié le par rezeid

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Le général Philippe Rondot affirme, dans Le Figaro à paraître mardi, que « jamais Dominique de Villepin ne lui a demandé d'enquêter sur des hommes politiques » et donc sur Nicolas Sarkozy dans le cadre de l'affaire Clearstream, a annoncé lundi soir TF1.

L'officier de renseignement a reçu «Le Figaro». Il dément avoir été chargé d'une enquête sur Nicolas Sarkozy, mais reconnaît que son nom a été cité le 9 janvier 2004. Le général vient d'être convoqué une deuxième fois par la justice.

 
''Jamais Villepin ne m'a demandé de m'intéresser aux politiques'', affirme le général Rondot. Photo JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP  «JAMAIS Dominique de Villepin ne m'a demandé de m'intéresser, à un moment ou à un autre, aux «politiques». Je le démens catégoriquement. Mon enquête s'est limitée selon les instructions aux fonctionnaires ou anciens fonctionnaires des services dont le nom est apparu», nous a déclaré le général Philippe Rondot le samedi 29 avril, alors que les paparazzis de Paris Match cernaient son domicile. Il s'était montré la veille «scandalisé, à la lecture d'un article du Monde, par l'utilisation biaisée d'éléments tirés de la procédure».
 
La confusion est née, selon lui, de deux éléments. Les juges d'Huy et Pons ne lui ont pas demandé une reconstitution chronologique de l'arrivée des noms figurant dans l'affaire Clearstream ; ils ne lui ont pas posé la question. Ils ont ensuite rapproché deux documents saisis à son domicile pour en tirer leur propre conclusion, à laquelle le général ne souscrit pas.
 
«Fixation Sarkozy»
 
Il est 2 heures du matin ce 29 mars quand un des deux juges qui l'entendent depuis la veille, en début d'après-midi, mentionne une note de Philippe Rondot à Michèle Alliot-Marie. Elle a été écrite en juin 2005 et affirme que jamais l'enquête du général ne s'est intéressée aux hommes politiques cités par les journaux. Le juge exhibe alors un carton de format correspondance sur lequel Philippe Rondot a noté, selon sa vieille habitude, ce qui s'est passé lors de la réunion du 9 janvier 2004 au Quai d'Orsay avec Dominique de Villepin et Jean-Louis Gergorin, que le général fut d'ailleurs étonné de retrouver dans le bureau du ministre des Affaires étrangères. En marge de ces indications manuscrites, on peut lire, comme une réflexion personnelle, «Fixation Sarkozy». Le nom du ministre a en effet été jeté dans la conversation avec trois autres dont Charles Pasqua et Jean-Charles Marchiani, mais pas par Dominique de Villepin. En revanche, il est certain qu'il provoque une vive excitation, à laquelle le général ne prend pas part. Ce qu'il note, c'est l'enjeu politique qui se profile entre les deux futurs rivaux à la présidentielle, dans un contexte de relations exécrables entre l'Elysée et le chef de l'UMP. Philippe Rondot aime à savoir où il met les pieds.
 
L'audition se poursuit dans un climat tendu. «Vous avez menti», lui dit soudain le juge, qui brandit ce document pour contredire la note de juin 2005. Il interprète «Fixation Sarkozy» comme des instructions alors que le général Rondot le revendique comme une interprétation personnelle du climat dans lequel a versé la réunion du 9 janvier. Le ton monte. «Bon, si vous voulez que j'aie menti, mettez que j'ai menti», dit Philippe Rondot, excédé et fatigué après douze heures d'interrogatoire ininterrompu, en désignant la greffière. L'audition se terminera à 3 heures du matin. Cet aveu de fait, comme disent les juges, le général Rondot le récuse totalement. Il ajoute que la chronologie de l'affaire, telle que les juges peuvent la vérifier dans leur dossier, va dans le sens contraire.
 
«Méfiance !»
 
C'est en novembre 2003 qu'il a reçu de Jean-Louis Gergorin un papier manuscrit sur lequel figuraient un schéma et quelques noms de mafieux, d'industriels et d'hommes d'affaires. Il s'agissait de détournements dans l'affaire des frégates de Taïwan. Cela mérite d'être exploré avant d'en parler à Michèle Alliot-Marie, dit le général Rondot à Philippe Marland, directeur de cabinet du ministre de la Défense. Rien ne se passe jusqu'à janvier 2004 (le général est en mission au Liban), où le papier réapparaît lors de la réunion du Quai d'Orsay. Cette fois, on parle aussi de commissions à l'occasion de vente d'Airbus en Inde. C'est à ce moment qu'est mentionné le nom de Nicolas Sarkozy, mais uniquement oralement : il doit se rendre dans ce pays. «Ah bon ?», dit Dominique de Villepin. Les esprits s'emballent. Le général note : «Fixation Sarkozy.» Et il ajoute : «Méfiance !»
 
Quatre jours plus tard, le général Rondot a rendu compte à Philippe Marland et envoyé une courte lettre à Dominique de Villepin pour lui dire qu'il va enquêter mais avec prudence, et qu'il ne faut pas s'engager sans preuves. Le 13 janvier, Imad Lahoud lui remet le premier «listing» annoncé par Jean-Louis Gergorin. Il n'y a qu'une trentaine de noms, parmi lesquels ceux de membres des services secrets, anciens ou en service, de fonctionnaires des ministères. C'est sur eux que la première enquête va porter.
 
«Listing de clôture»
 
Les vérifications courent jusqu'en avril ; sollicité ou venant de son propre chef, Imad Lahoud fournit de nouveaux éléments ; à chaque fois, enquête faite, ils tombent à plat. Le général Rondot, qui ne s'occupe pas que de cette affaire et voyage au Proche-Orient, en Afrique, en Afghanistan et dans les Balkans, rend régulièrement compte durant cette période à Philippe Marland et se souvient avoir déclaré à deux reprises à Dominique de Villepin qu'il faut faire attention, qu'il ne sent pas les choses.
 
En mai 2004, le juge Van Ruymbeke reçoit en mains propres un premier document, sans doute le même que celui de novembre 2003 et de janvier 2004, remis par Jean-Louis Gergorin à Philippe Rondot, puis sorti de sa poche le 9 janvier devant Dominique de Villepin. N'y figure aucun nom de politique. Trois jours après, une lettre parvient au juge : son contenu est identique au premier document. L'attention s'y concentre sur Philippe Delmas, d'EADS, et Alain Gomez. Philippe Rondot, qui en a parallèlement connaissance, le trouve pour sa part peu crédible. Il indique à Philippe Marland qu'il faut cette fois informer Michèle Alliot-Marie, remet une note au ministre et, au cours d'une conversation en tête à tête, n'en reçoit aucune instruction.
 
Entre le 9 et le 14 juin, le juge Van Ruymbeke reçoit un nouveau courrier, accompagné d'un listing, le premier qu'on puisse vraiment appeler de ce nom. Il s'agit d'un document informatisé. Une liste de 855 comptes ; elle apparaîtra désormais dans l'enquête sous l'expression «listing de clôture». Pour la première fois les noms de Jean-Pierre Chevènement, Alain Madelin, Dominique Strauss-Kahn et Nicolas Sarkozy y figurent (celui-ci sous deux identités). Le général Rondot nous confie qu'il a reçu un listing identique des mains d'Imad Lahoud. Il précise qu'il n'enquête toujours pas sur les politiques. Il se déplace en Suisse, avec accord de son ministre.
 
En juillet le général Rondot donne aux services suisses un exemplaire du listing qui a paru dans Le Point expurgé de ses noms politiques et trois numéros de comptes prétendument détenus par des Français dans des banques suisses ; il s'agit de membres des services secrets français. Il reçoit la réponse trois jours plus tard : la liste est fausse, les comptes n'existent pas.
 
Septembre 2004. Le général Rondot revoit Imad Lahoud et Jean-Louis Gergorin. Il rend à Michèle Alliot-Marie un rapport définitif, reprenant la chronologie de ses démarches de novembre 2003 à fin juin 2004. Dans cette note n'apparaissent ni le nom de Nicolas Sarkozy ni ceux d'autres hommes politiques. Le général exprime ses doutes sur plusieurs points particuliers et conclut à une manipulation. Il indique que sa mission s'est achevée en juillet 2004.
 
Un homme serein
 
A aucun moment, tient-il à ajouter, on ne lui a demandé d'enquêter sur le corbeau. Il a cessé de voir Imad Lahoud en septembre 2004. Il n'a plus vu Jean-Louis Gergorin après février 2005. Il a consacré à Imad Lahoud une dernière note en juin 2005. Adressée à Michèle Alliot-Marie, elle signale que Lahoud se sert d'une lettre signée Jean-Louis Gergorin pour se prévaloir d'une mission que lui aurait confié le ministère de la Défense et que le nécessaire a été fait pour mettre fin à cette situation.
 
Philippe Rondot a réuni, à son usage personnel, tous les éléments de cette affaire dans un dossier relié sous couverture blanche, que les juges ont saisi à son domicile. Il affirme que ce dossier, qui rassemble toutes les pièces dont il parle, atteste, sans contestation possible, de la véracité de ses dires. Et il conclut, pour qu'il n'y ait pas de doute : «Jamais je n'ai manipulé ou fait manipuler des listes initiales de Clearstream pour y faire apparaître notamment le nom de Nicolas Sarkozy.» Nous laissons un homme serein sur son sort personnel. Et décidé à dire aux juges qu'il conteste formellement l'usage qui a été fait de sa déposition. Les magistrats viennent de lui envoyer une deuxième convocation.
 

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