La Banque de France appelle à poursuivre les réformes

Publié le par rezeid

Christian Noyer, son gouverneur, a adressé hier ses recommandations économiques au président de la République et au Parlement, un an avant l'élection présidentielle.

Ambiance très feutrée hier dans la galerie dorée de la Banque de France. La présentation par Christian Noyer, son gouverneur, du rapport annuel de la banque centrale et de la lettre adressée au président de la République et au Parlement n'a pas laissé de place à la surprise.

Après avoir dressé un état des lieux de l'environnement international marqué par une croissance élevée, mais menacée par des déséquilibres nombreux, Christian Noyer a livré quelques recommandations sur la politique économique que devrait suivre le gouvernement au cours des douze prochains mois.

Plus de flexibilité. Selon lui, l'économie française doit "relever plusieurs défis pour améliorer la croissance et l'emploi". Les principales mesures portent sur la poursuite des efforts de réformes structurelles dans les domaines de l'emploi, de la protection sociale, de la santé, de l'éducation et de la formation. Dans la droite ligne des conclusions du rapport Pébereau sur la dette, il salue la volonté du programme de stabilité de rétablir l'équilibre des finances publiques en 2008-2010 mais appelle à concrétiser cet objectif dans les prochaines lois de finances.

À un an de la présidentielle, et alors que le gouvernement est paralysé par l'affaire Clearstream, Christian Noyer a estimé qu'un arrêt des réformes serait un "refus d'adaptation" qui "conduirait à moins de croissance pour la France". "Dans un monde qui bouge beaucoup, où les conditions de compétition évoluent, il faut être assez flexible. Il faut que les entreprises aient la capacité d'ajuster, en cas de besoin, leurs effectifs assez souplement", explique-t-il, précisant toutefois que dans les pays qui ont le mieux réussi, la souplesse donnée aux entreprises s'était accompagnée d'"un filet de sécurité important pour les travailleurs momentanément privés d'emploi".

Le gouverneur de la Banque de France s'inquiète aussi de l'évolution du coût unitaire du travail qui a progressé de 1,8 % en France contre 0,7 % dans la zone euro. Il s'alarme surtout de la dégradation de nos échanges extérieurs, qui équivaut selon lui à une perte de croissance de 3 points de PIB sur les trois dernières années

Christian Noyer demande au chef de l'État de favoriser les emplois de services et les activités à fort contenu technologique, et d'ajuster l'effort d'éducation et de formation. Ces défis seraient d'autant plus réalisables que la France dispose, selon lui, de sérieux atouts, notamment démographiques, une main-d'oeuvre qualifiée, un tissu d'entreprises très dynamiques ou encore une indépendance énergétique au-dessus de la moyenne.

Des réformes qui devraient permettre à l'économie française d'accroître sa croissance potentielle. Croissance qui est cette année sur une "pente de l'ordre d'un peu plus de 2 %", en ligne avec les prévisions de Bercy, soutenue par une demande dynamique mais menacée par la progression de l'endettement des ménages, "passé de 49 % en 1995 à 64 % en 2005", s'alarme Christian Noyer, qui redoute une fragilisation de l'activité en cas de retournement du marché de la pierre.

Sans influence. Ces recommandations sont traditionnelles de la part de la Banque de France, qui montre une grande constance dans son discours. Mais l'institution, qui a perdu son pouvoir monétaire au profit de la Banque centrale européenne, n'a plus l'influence qu'elle détenait encore dans le débat politique et économique lors des dernières élections. On se souvient qu'en 1995 le candidat Jacques Chirac demanda fermement au gouverneur de l'époque, Jean-Claude Trichet, de se mêler de ce qui le regarde, lorsque le candidat de la "fracture sociale" refusait d'opposer la feuille de paie et l'emploi. Aujourd'hui, les propos de Christian Noyer tombent un peu plus à plat.

Fabien Piliu

Le régime de retraite toujours en discussion Christian Noyer a précisé hier que les discussions sur le changement de régime de retraite des fonctionnaires de la Banque de France étaient toujours en cours avec l'État. Fortement dopée par les fluctuations de change, la banque centrale a enregistré en 2005 un résultat net de 521,794 millions d'euros, contre 81,838 millions en 2004. Soit un bénéfice net multiplié par 6,3 sur la période. Grâce à cette modification du régime de retraite, Bercy espère récolter une soulte de 420 millions d'euros de dividende cette année. Christian Noyer espère un résultat "satisfaisant" de ces discussions, signe que le bras de fer avec le gouvernement n'est pas achevé.

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