Face aux attaques de Bayrou et Hollande, Villepin dit «construire la France de demain»

Publié le par rezeid

Sans surprise, la motion de censure a été rejetée. Mais sa discussion a été l’occasion d’un débat animé. Le premier ministre a maintenu le cap et affirmé que «rien ne détournera le gouvernement de sa tâche». «Vous critiquez, nous proposons. Vous parlez, nous agissons», a-t-il lancé au patron du PS, avant de regretter que le président de l’UDF ait «choisi un camp qui n’est pas le sien». Sur les 30 députés UDF, seuls 11 ont finalement suivi leur président et voté la motion. Récit d'une journée électrique.

 
 - 11h00 : Accoyer menace les UDF
 
Quelques heures avant le vote, le président de groupe UMP Bernard Accoyer prévient : «La motion de censure ne rassemble que ceux qui la votent, c'est-à-dire les opposants, ceux qui veulent censurer le gouvernement». Sa conclusion : les députés UDF qui voteront la censure «en paieront le prix, le moment venu».
 
 -12h00 : L'UDF divisée
 
Le groupe parlementaire du parti de François Bayrou, qui compte 30 députés, part divisé. Tellement, que lors de la réunion de groupe, mardi matin, les centristes décident de ne pas donner de consignes de vote. Selon le président de groupe, Hervé Morin, 10 à 15 députés sont susceptibles de voter la censure.
 
 
- 14h00 : L'affaire Clearstream, « le plus gros canular de la Ve république »
 
Pour le député UMP du Rhône, Georges Fenech, la motion de censure présentée par le PS n'est que de «la poudre de Perlimpinpin jetée aux yeux des Français». «En accréditant par une dramatisation grotesque ce qui ressemble au plus gros canular de la Ve République (l'affaire Clearstream), qu'il appartient à la justice seule de démonter, les agitateurs d'épouvantail ne font que creuser davantage le fossé entre la classe politique et nos concitoyens», lance le parlementaire, précisant que cette affaire n'est que l'«illustration de haut vol de l'embardée de l'institution judiciaire, incapable de résister aux tentatives d'instrumentalisation à des fins partisanes et aux mépris des principes les plus élémentaires de notre droit».
 
 
- 15H00 : Une quarantaine de députés UMP snoberont Villepin, pronostique Dominique Paillé
 
«Nous sommes une quarantaine à ma connaissance à avoir des agendas très chargés» mardi après-midi «et demain aussi», explique le député sarkosyste des Deux-Sèvres, qui sera absent lors de la séance.
 
 
- 15h30 : Ce vote "nous rassemble" (Accoyer)
 
Certains commentateurs voient dans cette motion de censure une occasion pour Villepin de recueillir un vote de soutien de la part de sa majorité. Une motion «qui avait voulu nous diviser, mais qui nous rassemble et nous unit», assure M. Accoyer, le patron du groupe UMP à l'Assemblée.
 
 
- 16h20 : Intervention de François Hollande : «Ce n’est pas un gouvernement, c’est un champ de bataille»
 
Lorsqu'il prend la parole, François Hollande attaque frontalement Dominique de Villepin : « En un an, votre gouvernement a déjà affronté deux épreuves majeures » : le CPE et les émeutes de novembre. « A eux seuls, ces échecs auraient dû justifier votre départ », poursuit le chef de file des socialistes. « Ce parlement n’est pas un tribunal, c’est à la justice » qu’il appartiendra de trancher l’affaire Clearstream, juge François Hollande, qui ajoute qu’il faut tout de même poser « quelques questions essentielles ». Pourquoi l'actuel premier ministre a-t-il « demandé à Rondot de faire une enquête sans en référer à la ministre de la Défense ? » "Pourquoi les services officiels n’ont pas été saisis ?"
 
Suit une charge au canon du premier secrétaire du PS, qui stigmatise le « climat » qui règne dans le gouvernement. «Ce n’est pas un gouvernement, c’est un champ de bataille », s’emporte François Hollande, qui met en garde le gouvernement par rapport à « l’image de la France à l’étranger ». « Dans toute démocratie digne de ce nom, une initiative aurait déjà été prise. Mais ici, rien ne bouge, parce que chacun se tient », martèle le premier secrétaire du PS.
 
 
- 16h30 : La politique du gouvernement «sanctionnée»
 
Cette motion, Hollande la veut aussi pour « sanctionner la politique économique du gouvernement ». « Tout ceux qui ne la votent pas », lance-t-il aux députés, « c’est que vous soutenez la poltique du gouvernement, et vous en rendrez compte devant les électeurs le moment venu ». Et François Hollande d’invoquer l’actualité, avec la fermeture de Sogerma, pour flétrir la politique du gouvernement. « Beaucoup ici ressentent le besoin de transparence, de vérité », conclut François Hollande. « Pouvons-nous attendre 2007 ? Pouvons-nous vivre encore un an dans ce climat irrespirable ? » demande-t-il. « Et que ceux qui ne votent pas la censure la craignent, parce qu’elle vient en 2007 », termine François Hollande.
 
 
- 16h55: Intervention de François Bayrou : un gouvernement bâti autour d’une « rivalité haineuse »
 
Le président de l’UDF prend la parole. François Bayrou commence par un hommage à André Labarrère (disparu mardi matin) ce qui lui vaut les applaudissements d’une bonne partie des députés. Puis il cite les propos, d’« un révolutionnaire, Edouard Balladur ». Le 11 mai, ce dernier avait parlé d’une « crise morale » dans le pays.
 
François Bayrou poursuit en évoquant « les Français qui baissent les bras, écœurés par ce spectacle et par ce qu’il révèle ». « Il y a deux autorités » qui peuvent changer la situation, explique François Bayrou. La première, c’est le président, qui « a choisi de ne rien faire ». Dès lors, considère le président de l’UDF, c’est « aux députés du peuple » de mettre en cause le gouvernement. « La responsabilité du gouvernement, ce n’est pas l’affaire Clearstream, c’est d’avoir été bâti autour d’une rivalité haineuse » qui a « tout pourri ». François Bayrou parle ensuite des députés UMP absents, qui « votent avec leurs pieds ». Il tance Dominique de Villepin qui, au même moment, préfère compulser ses notes. Bayrou enchaîne. Parle d’ « affaires », de « détournements d’argent » et de « tentatives d’assassinat ». « Les Français ne veulent plus de cette République-là, de cette République d’ombres ».
 
 
- 17h05 : « La démocratie absolutiste »
 
Bayrou poursuit : « Le pouvoir exécutif est à la fois l’exécutif et le législatif, il vit dans l’intimité avec les autorités de contrôle et veut contrôler les autorités judicaires. Quand il advient que toutes les majorités, dans toute les assemblées, appartiennent au même parti, il n’y a plus de contre-pouvoir ». « Parano ! », lui lancent des députés sur les bancs.
 
 
- 17h10 : « Il faudra rassembler pour convaincre les Français »
 
« Nous ne sommes pas le régime des partis, nous sommes la République », poursuit le député, avant de se lancer dans un plaidoyer pour que cesse « le mur de Berlin » entre gauche et droite et que la France aille vers plus de « pluralisme ».
 
« Je franchis un pas, j’accepte de voter dans des circonstances nationales graves avec des gens qui sont différents de moi », note François Bayrou. « Nous sommes allés si bas qu’il faudra rassembler pour convaincre les Français ». « Le rassemblement, ce fut le choix du général de Gaulle, celui de Robert Schuman, celui de Mendès France, celui de Rocard, celui de Delors... ». « Quand Jacques Chirac a été soutenu par 82% des Français, vous l’avez accepté », lance-t-il aux députés de l’UMP. « On ne gouverne pas un pays avec 19%, on ne gouverne pas un pays pour une minorité », poursuit le député des Pyrénées-Atlantiques. « Nous sommes élus pour sortir de cet effondrement et nous avons le pouvoir de le faire simplement par un bulletin de vote. C’est pourquoi je voterai la motion de censure », conclut le président de l’UDF.
 
 
17h50 : Villepin : « La rumeur est une bête qu’on ne rassasie jamais »
 
Comme c’est l’usage, Dominique de Villepin intervient en dernier. « Monsieur Hollande, pourquoi déposez-vous aujourd’hui une motion de censure ? Au nom de la calomnie ? La calomnie nourrit la calomnie, le mensonge nourrit le mensonge », lance le premier ministre pour qui « la rumeur est une bête qu’on ne se rassasie jamais ».
 
« Je pourrais évoquer les affaires de vos gouvernements successifs, mais je refuse ces polémiques qui font le jeu des extrêmes ». « Dans vos charges haineuses, dans vos petits appétits aiguisés, tout est bon pour alimenter les chaudières du soupçon. Mais il y a de grands absents dans vos discours : la France et les Français ». Voter cette motion, explique Dominique de Villepin, c’est « voter en faveur de l’affaiblissement de l’Etat de Droit ». M. Bayrou, « dans la confusion du moment choisit un camp qui n’est pas le sien ». « Aujourd’hui l’essentiel c’est de revenir aux règles de l’Etat de droit ». « Je ne laisserai pas passer cette imposture. L’Etat de droit c’est le respect du peuple, ce sont des échéances démocratiques fixées par les institutions".
 
 
18h10 : « Vous critiquez, nous proposons. Vous parlez, nous agissons »
 
« Depuis 2002, nous avons engagé des réformes ». « Vous critiquez, nous proposons. Vous parlez, nous agissons ». « Ce qui compte pour les Français, loin de vos querelles » c’est d’offrir aux exclus des moyens de vivre ».
 
Dominique de Villepin annonce une série de mesures destinées à réduire la pauvreté. « En 25 ans, il n’y a jamais eu autant de mises en chantier dans le pays ». « Mon engagement va d’abord vers tous ceux qui ont les difficultés les plus grandes ». « Face à l’emballement de la rumeur, nous continuerons notre travail. Rien ne détournera le gouvernement de sa tâche ».
 
 
18h15 : « La priorité, l’emploi ».
 
« Depuis des mois, nous faisons reculer le chômage », explique Villepin, qui multiplie les hommages à ses ministres, aux fonctionnaires. Puis il attaque l’opposition : « Pendant trop longtemps les errements de la gauche plurielle ont bridé l’esprit d’entreprise. Vous les avez accablé de taxes et de contraintes». Les objectifs de Dominique de Villepin ? « Plus d’argent, mais aussi plus de responsabilité pour salariés dans les entreprises via les participations,».
 
Villepin met l’accent sur la sécurité, la justice, l’égalité des chances. « C’est à l’Etat de lutter contre toutes les discriminations », conclut-il. « Certains parmi vous en appellent à la VIe République, mais ce dont ils rêvent c’est de la IVe République, avec ces gouvernements d’une semaine. Monsieur Hollande, vous rêvez de la France d’hier, pendant que nous construisons celle de demain. A un an des présidentielles, certains spéculent, mais la France attend qu’on la défende et qu’on la serve ».
 
 
Sans surprise, la motion de censure est repoussée. Elle ne recueille que 190 voix au total. Il en fallait 289. Sur ces 190 voix, 179 proviennent du PC, du PS et des Verts... et 11 des députés de l'UDF. Moins d'un tiers du groupe parlementaire de la formation de François Bayrou a choisi de le suivre.
 

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jacques 17/05/2006 08:54

Villepin Président