Le Mali et le Bénin ne veulent pas de sa sarkaille

Publié le par rezeid

La visite au Mali et au Bénin à partir de mercredi du ministre français de l'Intérieur Nicolas Sarkozy suscite de la réserve dans ces deux pays où une partie de la population entend accueillir fraîchement l'inspirateur d'un projet de loi sur "l'immigration choisie".Ce projet encourage l'arrivée des "compétences et talents" en France, mais rend plus difficile les mariages mixtes, le regroupement familial, abroge la régularisation de plein droit des clandestins de plus de 10 ans et durcit les procédures de reconduite à la frontière.

 

Au Mali, d'où sont originaires de nombreux migrants en France, 21 députés ont déjà demandé lundi l'annulation de cette visite, considérée comme une "pure provocation" puisqu'elle débute le jour même de l'examen de cette loi par l'Assemblée française.

 

Une partie de la presse malienne a également dénoncé mardi la venue de M. Sarkozy. "Un raciste dans nos murs", titrait mardi le quotidien privé Info-Matin, qui évoque dans un article "l'ambitieux président de l'Union pour un mouvement populaire (UMP, au pouvoir) (...) rêve d'une France au +kärcher+, sans racaille, sans odeurs et sans senteurs, bref une France aux Français, sans +nègres+ ni +beurs+", en référence à des déclarations du ministre fin 2005 sur la "racaille" à passer au "Kärcher".

 

Au Bénin, certains chercheurs ou représentants d'associations n'ont pas davantage caché leur opposition au déplacement de M. Sarkozy, pressenti comme candidat à la présidentielle de 2007. "Il ne saurait être le bienvenu au Bénin et nulle part ailleurs en Afrique", estime le Pr Roger Gbégnonvi, de l'ONG Transparency International-Bénin. Selon lui, avant de se rendre à Cotonou, M. Sarkozy "aurait dû prendre le temps de se refaire une virginité vis-à-vis de nous" après ses propos polémiques de ces derniers mois au sujet des banlieues et de l'immigration.

 

Pour l'avocat Joseph Djogbénou, porte-parole du Front des organisations de la société civile pour le contrôle citoyen de l'action publique (FOSCCAP), le projet de loi de M. Sarkozy "appauvrira les ressources humaines dans nos pays déjà en déficit". "La nouvelle loi Sarkozy dit que seul les meilleurs seront acceptés (en France). Comme hier, lorsque les négriers choisissaient les esclaves parmi les hommes et les femmes valides", affirme sans retenue Guy Mitokpè, président de la Fédération nationale des étudiants du Bénin (FNEB). "Qu'il reste chez lui avec sa loi, sinon nous allons lui faire un comité d'accueil qu'il n'est pas prêt d'oublier", menace-t-il.

 

Au Mali, Oumar Maïga, membre du Haut Conseil des Maliens de l'extérieur (HCME), estime que le projet de loi est une "manière pour l'Etat français de s'accaparer l'intelligentsia africaine". "Pourquoi il vient chez nous alors qu'il ne veut pas de nos parents en France. Qu'il reste chez lui!", proteste Oumar Keita, un étudiant malien assis au milieu de ses camarades autour d'un verre de thé, dans un quartier populaire de Bamako.

 

"C'est sûr que quand Sarkozy va devenir président de la république, tout deviendra dur pour nous autres Africains", renchérit Valère, un autre étudiant. Interrogé mardi soir par la chaîne de télévision publique France 2, Nicolas Sarkozy s'est défendu de chercher "à piller les élites des pays en voie de développement" avec son projet, qui devrait être adopté dès mercredi par les députés français.

 

"J'irai l'expliquer demain au président malien, je l'expliquerai aux autorités béninoises", a affirmé le numéro deux du gouvernement, dont il s'agira du troisième voyage, prévu jusqu'à vendredi, en Afrique sub-saharienne depuis 2002.

Publié dans Divers

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