Qui sont les chômeurs

Publié le par rezeid

L'enquête annuelle de l'Insee confirme la baisse de leur nombre en 2005 mais en corrige l'ampleur. Et renseigne sur leur profil

Chaque année, l' «enquête emploi» de l'Insee est très attendue, parce qu'elle mesure par sondage (auprès de 115 000 personnes) le nombre de chômeurs (selon la définition du Bureau international du travail), et non celui des demandeurs d'emploi inscrits à l'ANPE. Ce dernier chiffre qui, chaque mois, alimente le débat correspond plus à un décompte administratif qu'à la réalité économique et sociale.

La livraison de l'Insee du 6 mars ne bouleverse pourtant pas les données mensuelles. Elle confirme que le chômage a - un peu - baissé en 2005: son taux s'établit à 9,8%, contre 9,9 en 2004. Cela est une moyenne: en douze mois, le taux est passé de 10% (décembre 2004) à 9,6 (décembre 2005).

Toutefois, l'enquête de l'Insee corrige l'ampleur de la baisse enregistrée par l'ANPE en 2005: la statistique mensuelle faisait apparaître un plus haut à 10,2% (en mars) et un plus bas à 9,5 (en décembre). Pour l'Insee, le plus haut se situe à 10,1% (en janvier) et le plus bas à 9,6 (en décembre).

© JSI

Qui a profité de ce mouvement? Les femmes de plus de 50 ans, affirme l'Insee, les professions intermédiaires et les diplômés. En revanche, le chômage augmente pour les ouvriers et les sans-diplôme - déjà très frappés par ce mal. Et la part du chômage de longue durée progresse, notamment chez les jeunes: les personnes privées d'emploi depuis un an et plus représentent 42,5% du total, contre 41,6 un an plus tôt.

L'explication de ces évolutions se trouve du côté des créations d'emplois: on compte, en moyenne, 137 000 emplois de plus en 2005, essentiellement féminins et à temps partiel. Cette forme de travail a spécialement progressé en 2005 (+ 167 000). Dans le même temps, l'industrie a perdu 60 000 postes et l'agriculture 40 000, tandis que les personnels des services aux particuliers sont 90 000 de plus. En un mot, la tertiarisation de l'économie française se poursuit.

Sa précarisation, aussi? Alors que le CNE (qui est un CDI) existe depuis le 4 août 2005 et que 300 000 contrats de ce type ont été signés, le nombre de CDI n'augmente pas. Phénomène de substitution pure et simple? «Il est encore trop tôt pour le dire», reconnaît Eric Heyer, directeur adjoint à l'Obervatoire français des conjonctures économiques. L'intérim, lui, progresse, probablement parce que la reprise par à-coups, caractéristique de 2005, n'a pas donné beaucoup de visibilité aux entreprises. L'apprentissage bénéficie d'une hausse substantielle, résultat de la politique gouvernementale. En revanche, le nombre de contrats aidés dans le secteur public diminue: c'est logique, car le gouvernement a remplacé les anciens dispositifs par de nouveaux contrats (de professionnalisation, d'accompagnement vers l'emploi) et, pour l'année 2005, les sorties des premiers ne sont pas encore compensées par les entrées dans les seconds.

Morale de l'histoire? C'est Eric Heyer qui la formule: «Faire baisser le chômage avec une croissance de 1,4% seulement est une bonne chose, mais le niveau auquel on parvient n'est pas très glorieux.»

Publié dans Emploi

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