"Tout repose sur la croissance"

Publié le par rezeid

par Mathieu Plane, économiste au département d'Analyse et de prévisions de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE)

Le nombre de chômeurs a baissé de 250.000 au mois de juin pour atteindre un taux à 9%. Quels secteurs ont connu une amélioration en termes d'embauches ?

- On observe une amélioration dans le secteur marchand et celui non marchand. Selon nos estimations, 230.000 emplois seraient créés en 2006 dans ces deux secteurs.
Un premier facteur favorise l'emploi: le rebond de la croissance en France. Les indicateurs conjoncturels se portent bien, notamment celui des dépenses des ménages en produits manufacturés. Les chiffres ont été révélés la semaine dernière (+5,6%), et c'est indéniable, les ménages consomment de manière soutenue. Cela engendre plus de croissance et favorise les créations d'empois dans le secteur marchand.

Pour expliquer l'amélioration de l'emploi dans le secteur non marchand, il faut prendre en compte le Plan de cohésion sociale de Jean-Louis Borloo [ministre de l'Emploi, ndlr]. Les contrats d'avenir et les CAE (Contrat d'accompagnement à l'emploi) sont deux mesures efficaces qui devraient créer 80.000 emplois dans le secteur non-marchand cette année.

Cette tendance est-elle amenée à durer ?

- Le chômage a baissé de manière significative deux mois de suite, mais cela n'a rien d'extraordinaire. Si nous anticipons 230.000 emplois en plus pour 2006, nous sommes encore loin des 600.000 emplois créés en 2000.
Cela dit, il faut prendre en compte l'évolution de la population active pour évaluer la situation de long terme.
Deux effets jouent sur la population active: l'un est démographique, l'autre transitoire.
D'abord, le vieillissement de la population active entraîne un ralentissement de son taux de croissance, elle augmente de moins en moins vite. Le nombre d'entrée de jeunes sur le marché du travail ralentit peu à peu, tandis que le nombre de sortants augmente. Ainsi, la population active a tendance à ralentir en période de croissance.
Ensuite, on a aussi l'influence d'un effet transitoire, celui d'une mesure de la loi Fillon de 2003, qui autorise les actifs ayant cumulé plus de 40 annuités de travail à partir en retraite avant 60 ans. C'est ce qu'on appelle les retraites anticipées, et beaucoup en ont profité.
Pour ces raisons, le ralentissement de la population active devrait s'accentuer dans les années à venir. Cette situation démographique laisse envisager qu'il sera plus facile de créer des emplois au fur et à mesure qu'on avance dans le temps. Le chômage devrait donc continuer à baisser.
En 2006, au total, la population active augmenterait de 40.000 personnes. Ce qui apparaît relativement infime à côté de la variation de 2002 qui s'élevait à 150.000.

Jean-Louis Borloo et Dominique de Villepin prévoient que le taux de chômage repasse sous la barre des 9% d'ici la fin de l'année. Est-ce possible ?

- Absolument.
Selon nos estimations, le taux de chômage pourrait diminuer à 8,8% fin 2006, et il continuerait sa trajectoire pour 2007.
L'amélioration sera durable tant que la croissance est présente, tout le scénario repose sur elle. On l'estime, pour l'instant, à 2,2% en 2006 et en 2007. C'est un taux suffisamment élevé pour faire baisser le chômage.
Cependant, certains risques ne doivent pas être écartés. La flambée des cours du pétrole, une remontée brutale des taux d'intérêt ou encore l'explosion de la bulle immobilière représentent de grands dangers pour la croissance, et donc pour l'emploi.

Publié dans Divers

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