Violents bombardements israéliens, le Liban se révolte, Chirac condamne, les États-Unis changent de position

Publié le par rezeid

Après un raid aérien meurtrier sur le village de Cana, le premier ministre libanais exclut toute négociation et refuse de rencontrer Condoleezza Rice. Cette dernière estime que le temps du cessez-le feu est venu.

 
Un cran encore au-dessus. L’aube a été rouge pour les habitants du petit village libanais de Cana, à quelques kilomètres de Tyr. Au petit matin, un raid israélien a rasé une bonne partie de ses immeubles. Un raid au bilan meurtrier très lourd, puisqu’au moins 51 personnes sont mortes, dont 22 enfants et 9 femmes, selon un premier bilan officiel, qui s’alourdit au gré de la découverte des décombres. Le pilonnage a duré deux heures, pour ce qui est l'attaque la plus meurtrière menée par Israël depuis le début de son offensive contre la milice chiite du Hezbollah.
 
«Le Hezbollah utilise le village de Cana comme base de tirs de roquettes. C'est lui qui est responsable si le secteur est devenu une zone de combats», a déclaré le capitaine Jacob Dalal. «A Cana, nous avons attaqué des sites d'où sont tirées des roquettes vers Nahariya et vers l'ouest de la Galilée», a-t-il indiqué. Selon lui,l'armée avait averti «depuis plusieurs jours» les habitants qu'ils devaient quitter la zone. «La plupart l'ont fait».
 
Il y a dix ans au même endroit, des bombardements israéliens avaient tué une centaine de personnes qui s'étaient réfugiées dans une base de la force de maintien de la paix de l'Onu, dans le cadre de l'offensive militaire dite des «Raisins de la colère». Les condamnations internationales alors unanimes de ce drame avaient contraint Israël à stopper l'opération.
 
Siniora suspend les négociations, Rice estime que le temps du cessez-le-feu est venu
 
Dès les premiers bilans des bombardements de Cana communiqués, vers 10h, le premier ministre Fouad Siniora est intervenu à la télévision pour annoncer que son gouvernement suspendait toutes discussions. «En cette triste matinée, il n'y a pas de place pour des discussions sans un cessez-le-feu immédiat et sans conditions et une enquête internationale sur les massacres israéliens en cours au Liban», s’est-il exclamé. Et de décider l’annulation de la visite de la secrétaire d’Etat américaine, Condoleeza Rice, prévue en fin de journée.
 
Cette dernière s'est déclaré «profondément attristée» par les bombardements de Cana et a estimé que «le temps du cessez-le-feu est venu» entre Israël et le Hezbollah libanais. C'est la première fois que les Etats-Unis adopte cette position.
 
Ehoud Olmert ne partage pas le point de vue de son alliée américaine. Dimanche matin, il a considéré qu’«Israël n'est pas pressé de parvenir à un cessez-le-feu avant que nous n'arrivions au point où nous pourrons dire que nous avons atteint les principaux objectifs que nous nous sommes fixés». A la sortie de la réunion hebdomadaire de son gouvernement, le premier ministre israélien a répété que le village libanais de Cana servait de refuge aux combattants du Hezbollah.
 
Israël exprime «ses regrets» mais continuent les bombardements, la «Maison de l'Onu» attaquée à Beyrouth
 
Le porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères a toutefois exprimé «ses regrets pour la mort de civils innocents. Nous ne voulons pas voir des civils être pris dans la guerre entre Israël et le Hezbollah». Dans le même temps, le correspondant sur place de l'agence de presse AFP annonçait la reprise des bombardements autour de Cana, vers 10h, alors que les secours continuaient les évacuations.
 
A Beyrouth, de nombreux manifestants sont descendus dans les rues et ont attaqué la «Maison de l'Onu», siège de l'organisation internationale. Ils ont jeté des pierres sur la façade en verre et brisé les portes de verre de l'entrée centrale du bâtiment, situé dans le centre-ville de Beyrouth, qui abrite toutes les agences de l'Onu, en fustigeant la politique des Etats-Unis et la «barbarie» d'Israël. Les manifestants ont pénétré dans le hall du bâtiment et ont mis le feu à des drapeaux de l'ONU. «Ô Dieu, garde-nous Nasrallah», scandaient-ils en hommage au secrétaire général du Hezbollah chiite, Hassan Nasrallah. Le personnel s'est réfugié dans les sous-sol de l'immeuble.
 
Chirac condamne une «action injustifiable», le Foreign Office qualifie le bombardement de «révoltant»
 
A 11h, Jacques Chirac a fait parvenir un communiqué sans équivoque : «Le président de la République a pris connaissance avec consternation de l'acte de violence qui a coûté la vie à de nombreuses victimes innocentes, notamment des femmes et des enfants à Kana cette nuit. La France condamme cette action injustifiable qui montre plus que jamais la nécessité de parvenir à un cessez-le-feu immédiat sans lequel d'autres drames ne peuvent que se répéter».
 
La secrétaire au Foreign Office britannique, Margaret Beckett, a qualifié la frappe aérienne israélienne «plutôt révoltante». «C'est absolument terrible», a-t-elle déclaré à la chaîne de télévision Sky News. «Nous avons à plusieurs reprises demandé à Israël d'agir de manière proportionnée», a-t-elle ajouté, en évitant toutefois de qualifier la frappe israélienne de «disproportionnée».
 
Le roi Abdallah de Jordanie, premier à réagir dans le monde arabe, parle de son côté d'un «crime odieux, une violation flagrante de tous les règlements internationaux».

Publié dans Divers

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