Chèque transport, l'arme anti-hausse du carburant ?

Publié le par rezeid

Evoqué dès 2005 par Villepin mais jamais mis en place, ce dispositif revient sur le devant de la scène. D'après Le Parisien de mercredi, qui cite un proche du Premier ministre, la mesure devrait être annoncée "prochainement" par le gouvernement. Jean-Claude Mailly (FO) en fait "une question de justice". Mais que recouvre le "chèque transport" ?

 

"Chèque transport" ou "prime transport" : l'idée n'est pas récente. Dominique de Villepin l'avait évoquée dès la rentrée 2005, dans un contexte déjà marqué par l'envol des tarifs pétroliers. Il s'agirait d'un "coup de pouce" aux salariés utilisant leur véhicule pour se rendre au travail et pénalisés par le prix du carburant. Mais les modalités n'en ont jamais été précisées, au grand dam des syndicats qui ont décidé d'en faire un des éléments des négociations de la rentrée sur le pouvoir d'achat.

Dans les colonnes du Parisien, Jean-Claude Mailly, secrétaire général de FO, s'est dit "fermement décidé à remettre la pression sur ce dossier, c'est une question de justice". Selon La Tribune, Dominique de Villepin aurait décidé d'avancer rapidement sur le sujet : il pourrait annoncer dès le mois de septembre la création du "chèque transport". Le dispositif serait mis en place par le biais d'un amendement gouvernemental au projet de loi sur la participation. Reste à savoir comment il se traduirait...

"Chèque transport" contre "prime transport"

Côté syndical, on met en avant le modèle des "chèques vacances" ou des "chèques restaurant". L'avantage étant qu'un tel mécanisme permet de toucher tous les salariés, indépendamment de la structure dans laquelle ils travaillent. "Il s'agirait donc d'une contribution commune employeur/salarié, l'Etat intervenant sous la forme de réduction de charges pour l'entreprise, décrit Mme Pingier, responsable du secteur économique du bureau confédéral de FO. Cela nous a paru le système le plus souple. Il ne se traduit pas par une hausse des charges pour les entreprises, dont pâtiraient directement la compétitivité et donc l'emploi ; et il est plus efficace pour ce problème particulier qu'une négociation sur une hausse globale des salaires. On le sait bien, il y a en France une énorme différence entre les grands groupes, où il existe des marges de négociation, et des PME où une telle marge est très réduite. Un tel système permettrait de n'oublier personne."

L'idée d'une "prime transport", qui a pu faire débat au sein des syndicats (notamment FO), semble abandonnée. "Elle nous posait problème, dans la mesure où tout le monde n'a pas les mêmes frais de transport, résume Philippe Louis, trésorier de la CFTC. Il faut aider réellement ceux qui engagent des frais réels pour se rendre à leur travail, au lieu de verser la même somme à tout le monde." Jacques Voisin, président de la CFTC, compte en revanche ajouter l'idée d'une "aide à la cuve" pour permettre aux particuliers de faire face à la hausse du prix du fioul.

Côté gouvernemental, le flou

Le gouvernement semble toujours étudier deux options. Première possibilité : donner à chaque salarié un chèque couvrant une partie de ses frais de carburant. Deuxième option : étendre le dispositif déjà existant du "versement transport", qui ne concerne pour l'heure que les entreprises de plus de 9 salariés. L'idée serait d'y inclure les petites entreprises, et d'accroître la participation de celles déjà concernées - avec un coup de pouce de l'Etat aux entreprises qui feraient preuve de bonne volonté. Cette hausse de participation serait négociée avec les syndicats dans le cadre des négociations salariales.

Pour l'heure, les syndicats sont dans l'expectative. "A chaque fois que nous avons rencontré Gérard Larcher, il s'est dit ouvert et disposé à réfléchir sur cette question d'une aide au transport des salariés, indique Philippe Louis. Mais jusqu'à présent, il ne nous a pas dévoilé quelle forme cette aide pourrait prendre. Il ne faudrait surtout pas qu'elle vienne en déduction de mécanismes d'aide déjà existants, et que certains salariés se trouvent plus désavantagés qu'aujourd'hui..." Particulièrement visés, les salariés de grands groupes qui ont déjà des aides au transport, et qui risqueraient les voir disparaître au profit d'un nouveau dispositif.

Le patronat ne veut pas supporter le coût de la mesure

La CGPME, syndicat patronal, refuse que la création d'un chèque transport, réclamée par des syndicats, se traduise par une augmentation des charges pour les entreprises. "Si (ce) projet devait se confirmer, il serait incompréhensible que cela se traduise par des charges supplémentaires pour les PME", met en garde la Confédération générale des petites et moyennes entreprises. Si soutenir le pouvoir d'achat des Français est une "intention louable" du gouvernement, les petites entreprises "subissent, elles aussi, les hausses des prix à la pompe", rappelle-t-elle. "Augmenter davantage leur coût ne laisserait aux PME d'autre choix que de relever leur prix, au détriment du pouvoir d'achat". Ainsi, si l'Etat veut compenser la flambée du prix du pétrole, "il doit en assumer la charge", affirme-t-elle.

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