Ses 250 derniers jours à Matignon : qu'est-ce que Villepin peut en faire ?,

Publié le par rezeid

Quel rôle pour le premier ministre alors que l'élection présidentielle risque, dans huit mois, de se jouer sans lui ? Succédant à Jean-Pierre Raffarin le 29 mai 2005, ce féru d'histoire napoléonienne s'était donné cent jours pour rendre confiance aux Français. Aujourd'hui, il lui en reste à peine deux cents (si on ôte les dernières semaines consacrées exclusivement à la campagne électorale) pour laisser une trace et effacer les déconvenues de l'année écoulée. L'échec du CPE et l'affaire des faux listings de Clearstream ont brisé son élan et terni son image. La présidentielle de 2007 est devenue, pour le moment, horizon inaccessible. Résultat : pour être utile, Dominique de Villepin n'a plus que l'action gouvernementale comme seule ambition.
 
Au fond du trou avant l'été, il a pansé ses plaies du printemps. La situation internationale lui a permis de retrouver un rôle diplomatique de premier plan. On l'a vu au mois de juillet, en première ligne, dans la capitale libanaise. Les résultats économiques estivaux ont confirmé l'embellie entrevue avant les vacances. La baisse du chômage s'avère durable et le rythme de la croissance s'accélère. De quoi redonner des couleurs au premier ministre dont la cote de confiance se redresse un peu. Bref, Dominique de Villepin aborde dans un climat apaisé l'ultime rentrée politique du quinquennat. Presque un miracle pour un chef de gouvernement qui, avant l'été, ne pouvait quasiment plus mettre les pieds au Parlement sans qu'un membre de sa propre majorité ne réclame sa démission !
 
Ceux qui l'ont approché ces jours-ci jurent qu'il a meilleur moral et qu'il déborde d'ambition pour la fin de son bail à Matignon. Qu'il entend user de sa liberté de «non-candidat» pour agir dans le seul intérêt du pays. Qu'il veut offrir à Jacques Chirac une «belle sortie» après deux mandats à l'Élysée. Quant à son sort personnel, il espère bien être le premier ministre de droite qui aura le plus fait baisser le chômage depuis quarante ans. «Ton meilleur créneau, c'est l'action gouvernementale. Un bon bilan, ça peut toujours servir en 2007 ou plus tard», lui ont conseillé les ministres restés fidèles.
 
Pas question, donc, de passer huit mois à gérer les affaires courantes. Face à l'omniprésence de Nicolas Sarkozy, Dominique de Villepin veut démontrer qu'il existe. Il a commencé la démonstration, hier soir, sur TF1. Et il va continuer de se déployer tout au long de cette rentrée. De Sallanches (Haute-Savoie), où il présidera aujourd'hui un Conseil national de la montagne, à Troyes (Aube) où il délocalisera, jeudi, le séminaire de rentrée des ministres. Enfin, à Marseille (Bouches-du-Rhône) où il participera, en tant que «chef de la majorité», à l'université des Jeunes populaires, au côté du président de l'UMP.
 
À chaque fois, il va s'employer à défendre ses choix au risque de mécontenter une partie de l'UMP : la création du chèque-transport, l'affectation des surplus fiscaux au désendettement, la revalorisation de la prime pour l'emploi, le versement d'une allocation de rentrée universitaire... L'occasion aussi de marteler son objectif : «Amplifier les bons résultats» du gouvernement pour assurer à la majorité, en 2007, un bilan solide. Clé, indispensable, à ses yeux, pour espérer une victoire qu'il juge, pour l'instant, peu probable.
 
Candidat à «rien» selon ses mots, il semble avoir fait une croix sur la présidentielle de 2007. Pas plus qu'il n'est décidé à solliciter une circonscription pour les élections législatives. Il repousse avec force toutes les propositions qui lui sont faites en Bretagne, à Paris ou en Bourgogne. Homme politique au profil iconoclaste, il préfère entretenir le mystère sur son avenir. Et jouer hors des sentiers battus. Pour l'instant, cela lui a plutôt réussi.
 
En moins de douze ans, il a déjà occupé les plus hautes fonctions de l'État : secrétaire général de l'Élysée, ministre des Affaires étrangères, ministre de l'Intérieur et chef de gouvernement. On voit mal cet homme d'action à l'orgueil démesuré aller pantoufler dans une prestigieuse ambassade ou bien se retirer à l'Académie française.
 
La sourde bataille qui l'oppose depuis le début du quinquennat à Nicolas Sarkozy a nettement tourné à l'avantage du numéro deux du gouvernement. Le CPE et l'imbroglio Clearstream ayant joué, au fond, le rôle de primaire entre les deux hommes. Depuis, Dominique de Villepin répète qu'il n'a pas d'ambition présidentielle. Tout en fustigeant les candidats déclarés qui ne sont pas, selon lui, au niveau d'un tel enjeu. Dans ces conditions, on peut s'interroger sur la forme que prendra le soutien du premier ministre au président de l'UMP. Sera-t-il total et sincère ? Ou bien le pilier de la campagne chiraquienne de 1995 se contentera-t-il d'un soutien a minima pour mieux s'inscrire dans la course de 2012 ?
 
Pour l'heure, les chiraquiens – Dominique de Villepin en tête ? – sont plutôt décidés à peser sur le contenu du programme de Nicolas Sarkozy. A défaut de pouvoir compter sur un des leurs pour les représenter. «On peut tirer le destin du pays de bien des manières», estime le député villepiniste Hervé Mariton. François Goulard, autre villepiniste de choc, assure que Dominique de Villepin n'a renoncé, au fond de lui-même, à rien. Et qu'il médite forcément cette phrase des Mémoires de guerre écrite par le général de Gaulle, pendant sa traversée du désert : «Vieil homme recru d'épreuve, détaché des entreprises, sentant venir le froid éternel mais jamais las de guetter dans l'ombre la lueur de l'espérance.»
 
Convaincu qu'une présidentielle se joue toujours dans les dernières semaines qui précèdent l'élection, le premier ministre attendra vraisemblablement le plus tard possible pour soutenir son rival. Ses proches jugent qu'il est assez raisonnable pour ne pas s'enfermer dans un jusqu'au-boutisme destructeur. Et ne pas obérer ses chances en 2012.

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