Une victoire partielle mais réelle sur le chômage

Publié le par rezeid

Emploi. Pour la première fois depuis 2002, le taux de chômage en France est passé sous 9 %. L’action du gouvernement y contribue en partie. La preuve par les chiffres.

Tout a été parfaitement orchestré. Annonce, le matin du 31 août, d’une nouvelle baisse du nombre de chômeurs en juillet et, dans la foulée, depuis Troyes, lancement par Dominique de Villepin d’un nouveau plan pour l’emploi. Le message, limpide, est relayé par l’ensemble de la majorité : les résultats sont là, mais il reste beaucoup à faire sur le front du chômage. Pas d’autosatisfaction. Sur la scène politique, tous les acteurs du gouvernement sont appelés à jouer, en cette rentrée 2006, la pièce Villepin ou le triomphe modeste . Ainsi, chaque ministre interrogé sur le sujet souligne la permanence de poches de chômage élevé, auxquelles il faut maintenant s’attaquer. Voilà pourquoi l’hôte de Matignon accélère l’embauche de personnes en difficulté par le secteur public, et renforce les actions de « préparation à l’emploi » pour les chômeurs les plus éloignés du monde du travail.


Il n’empêche que, sur douze mois, on enregistre un recul de 270 000 du nombre de demandeurs d’emploi, si l’on retient la définition fixée par le Bureau international du travail. De 10,1 % de la population active en mai 2005, à la veille de la promotion de Dominique de Villepin rue de Varenne, le taux de chômage est tombé à 8,9 % fin juillet. De mémoire d’économiste, on n’avait jamais vu une baisse aussi rapide, dans un contexte de croissance économique très molle, jusqu’au printemps 2006. Un tel reflux du chômage avait été constaté au cours de l’année 2000. Rien à voir avec la situation actuelle, puisque l’économie française frôlait alors la surchauffe. Bref, c’est du jamais-vu.
D’où vient ce petit miracle ? Du plan Borloo, qui monte en puissance depuis le début de 2005 ? Du contrat nouvelles embauches (CNE), lancé par Dominique de Villepin en août de la même année ? Le gouvernement s’attribue le mérite d’une bonne part de la baisse du chômage. Les économistes sont bien plus dubitatifs. A l’instar de Laure Maillard, d’Ixis CIB, ils sont nombreux à souligner l’épaisseur du brouillard statistique. On peut tout de même quantifier les différents facteurs d’amélioration de la situation de l’emploi. Et essayer de savoir où sont passés les chômeurs.

110 000 départs en retraite accélérés

Le premier facteur de baisse du chômage n’a rien à voir avec la politique de l’emploi. Du reste, le ministre Jean-Louis Borloo ne met jamais en avant cette explication, qui n’avait pas été anticipée. « Elle tient à la démographie », souligne Raymond Soubie, président du Conseil d’orientation pour l’emploi. Plus précisément, c’est la réforme des retraites, votée en 2003, qui joue indirectement un rôle majeur dans la baisse du chômage. Pour convaincre la CFDT d’approuver cette réforme, Jean-Pierre Raffarin avait autorisé le départ en retraite, avant l’âge de 60 ans, de salariés ayant commencé à travailler jeunes, à 15 ou 16 ans. Seule condition imposée : avoir cotisé pendant quarante-deux ans. La mesure, dont on pensait qu’elle concernerait seulement ­quelques dizaines de milliers de personnes, connaît un succès inattendu. Entre juin 2005 et juin 2006, 110 000 salariés âgés de 56, 57 ou 58 ans sont partis en retraite plus tôt que prévu à ce titre, selon la Caisse nationale d’assurance-vieillesse (Cnav). Un véritable appel d’air dans les entreprises : pour remplacer ces partants, il a bien fallu embaucher. D’un point de vue macro-économique, ces sorties massives de l’emploi, s’ajoutant à une augmentation naturelle des départs en retraite liée au début du papy-boom – arrivée à 60 ans des classes d’âge nombreuses nées après guerre – ont eu un effet très simple : la population active n’augmente plus. Elle pourrait même s’inscrire en baisse – la prévision est particulièrement difficile en la matière. Auparavant, le nombre de jeunes entrant sur le marché du travail dépassait toujours celui des départs en retraite. Pour stabiliser simplement le chômage, il fallait donc créer de 100 000 à 150 000 emplois supplémentaires chaque année. Aujourd’hui, même en l’absence de créations d’emplois, le chômage resterait stable. Autrement dit, il est plus facile de le faire baisser. Comme, en outre, les créations d’emplois sont là…

106 000 créations d’emplois « traditionnels »

Cela ne fait plus de doute, l’économie française crée des emplois. L’Insee et les services de Jean-Louis Borloo évaluent ces créations nettes de postes, dans le secteur concurrentiel, à 106 000 sur un an, entre juin 2005 et juin 2006. L’industrie française n’est certes pas au mieux, et a supprimé pas moins de 75 000 jobs en un an. Mais le tertiaire, lui, embauche (138 000 postes en plus), de même que la construction (42 000). Au total, cette performance, dont s’enorgueillit le gouvernement, doit être relativisée, au regard de celles réalisées par le passé. En 1999 et 2000, l’économie française avait créé plus de 500 000 emplois par an, toujours dans le seul secteur concurrentiel. Cette comparaison peu flatteuse a poussé le gouvernement à mettre en cause les statis­tiques de ses propres services. ­L’administration sous-estime les créations de postes, a fait valoir le ministre de l’Economie, Thierry Breton. Il est vrai que les données rendues publiques chaque trimestre ne prennent pas en compte beaucoup d’emplois de services, qui ne relèvent ni du secteur concurrentiel – ils sont souvent créés par des associations, et subventionnés – ni de l’emploi public dans les administrations. Cela sera prochainement corrigé.

50 000 emplois de services à la personne

Le plan Borloo mise beaucoup sur les emplois de services à la personne, dont la création est facilitée par l’instauration du chèque-emploi service universel. Les premiers résultats disponibles sont plus qu’encourageants. « Ces services ont été à l’origine de 65 000 emplois créés au cours du premier semestre. Ce chiffre, nous pensions l’atteindre sur l’année entière » , se félicite Laurent Hénart, député UMP de Nancy et président de l’Agence nationale des services à la personne. « Aujour­d’hui, plus de 10 000 entreprises et associations sont agréées. C’est la preuve que cela correspond à un besoin réel » , ajoute-t-il.
Un tiers de ces emplois concerne les enfants (garde, soutien scolaire). Un tiers répond à la demande des personnes âgées (soins à domicile, personnes handicapées et malades). Un tiers concerne plus largement la maison : besoin de gardiennage, de repassage, de jardinage…
Le hic, c’est que ces emplois s’apparentent trop souvent à des « petits boulots ». Ils ne représentent la plupart du temps que quelques heures par semaine. On comptabilise une création d’emploi à partir de sept heures de travail hebdomadaires proposées par une association ou une autre structure. Cela va sans dire, les salariés concernés sont contraints de cumuler les contrats. Autrement dit, les 65 000 emplois officiellement créés sont occupés par beaucoup moins de personnes. L’effet positif sur le chômage peut, au plus, être évalué à 50 000.

57 000 contrats aidés dans le secteur public

A écouter Thierry Breton, les emplois aidés offerts par l’Etat et les collectivités locales ne jouent qu’un rôle marginal dans la baisse du chômage. S’appuyant sur des prévisions réalisées en juin par l’Insee, il évalue à 30 000 les créations de postes de ce type pour 2006. Mais les chiffres récemment établis par les services de Jean-Louis Borloo sont supérieurs. Ils sont fondés sur le nombre de contrats effectivement signés. Sur un an, de juin 2005 à juin 2006, 57 000 emplois aidés ont ainsi vu le jour. Un impact non négligeable sur le chômage, donc, à mettre au crédit du plan Borloo. Les syndicats dénoncent des jobs au rabais. « Les contrats d’avenir peuvent-ils être comptabilisés comme de véritables emplois ? » s’interroge le secrétaire général de Force ouvrière, Jean-Claude Mailly, interviewé par Challenges . « Non, tout comme les contrats d’accès à l’emploi [ CAE ] , qui ne sont le plus souvent que des mi-temps. » Cela n’empêche pas le gouvernement de les multiplier – 50 000 emplois de ce type verront bientôt le jour dans les écoles, a annoncé le ministre de l’Education, Gilles de Robien.

Manipulations statistiques ?

« Pour diminuer le chiffre du chômage, on radie les demandeurs d’emploi des listes de l’ANPE , dénonce Jean-Claude Mailly. On es­time à 10 % l’augmentation du nombre de radiations en 2006. » Auparavant, un chômeur était convoqué avant de se voir radié. La procédure prenait un certain temps. « Aujourd’hui, s’il ne répond plus aux critères, le logiciel se charge de le sortir des listings automatiquement » , explique le secrétaire général de FO. Le gouvernement récuse cet argument. Selon Laure Maillard, le nombre de radiations n’a pas augmenté récemment. La hausse a lieu dès 2001, avec l’instauration du plan d’aide au retour à l’emploi (Pare).

Conclusion

L’action du gouvernement contribue, à l’évidence, à la baisse du chômage (emplois de services, contrats aidés). Mais il ne faut pas la surestimer. « Début 2006, la baisse du chômage s’expliquait pour un tiers par la démographie – départs en retraite –, un tiers par les créations de postes dans le privé, un tiers par les emplois aidés , explique Raymond Soubie. Aujourd’hui, les créations d’emplois jouent un rôle grandissant. » Thierry Breton en prévoit désormais 250 000 au total – y compris les emplois aidés – sur l’ensemble de l’année 2006. Elles trouvent leur origine dans une croissance plus forte, liée, notamment, au redémarrage de l’économie allemande.

Une décrue liée également à la démographie
Grâce aux nombreux départs à la retraite, naturels ou anticipés, la population active n’augmente plus. Même si l’économie ne créait pas d’emplois, le chômage baisserait.

Les mesures du nouveau plan emploi

Suppression des charges au niveau du smic
Les entreprises de moins de 20 salariés n’auront plus aucune charge à payer sur les salaires correspondant au smic, à compter de juillet 2007.

Création d’entreprise facilitée

Les chômeurs souhaitant créer une entreprise bénéficieront, à terme, d’un interlocuteur unique.

Actions préparatoires au recrutement
Le demandeur d’emploi accueilli dans l’entreprise pour y être formé sera rémunéré par l’Etat pendant trois mois, comme un stagiaire en formation professionnelle. A condition que l’entreprise s’engage à l’embaucher ensuite.

Prime pour l’embauche de chômeurs de longue durée
Une prime de cohésion sociale sera accordée aux employeurs – du secteur public – embauchant une personne de plus de 50 ans bénéficiant de l’allocation spécifique de solidarité (ASS) depuis plus de deux ans.

Contrats d’apprentissage dans la fonction publique
Les administrations embauchant un jeune venant des quartiers difficiles auront droit à une prime de 1 000 euros par contrat.




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