GDF : le gouvernement choisit de jouer la patience

Publié le par rezeid

Matignon continue d'assurer ne pas vouloir recourir à l'article 49-3 et envisage de prolonger le débat sur le projet de loi jusqu'à la fin septembre.

 
CURIEUSE inversion des rôles : c'est désormais la gauche qui accuse la majorité de «jouer la montre» dans l'examen du projet de loi sur la privatisation de Gaz de France, qui a débuté il y a une semaine à l'Assemblée. Il est vrai que depuis mercredi soir, les socialistes, dont les ténors brillent par leur absence, semblent vouloir accélérer légèrement le rythme d'examen des amendements, alors que le ministre délégué à l'Industrie, François Loos, tout comme le rapporteur UMP, Jean-Claude Lenoir, prennent plus volontiers la parole. Manifestement, les députés UMP ont à coeur d'«assumer de prendre du temps» selon Hervé Mariton. Ce proche du premier ministre ajoute : «Accordons-nous une troisième semaine de débats si nécessaire. Ayons l'intelligence de ne pas conclure trop tôt.» Un député sarkozyste croit savoir cependant que le gouvernement utilisera l'arme du 49-3 «le 28 ou le 29 septembre» c'est-à-dire avant l'ouverture de la session ordinaire du Parlement, le 2 octobre. Mais à Matignon, on indique à l'inverse que le gouvernement «ne tombera pas dans ce piège que certains voudraient lui tendre» et qu'il faut «laisser vivre le débat sur un sujet aussi important pour les Français».
 
«Les leçons de l'expérience passée»
 
Après avoir utilisé l'article 49-3 pour mettre un terme à l'enlisement des débats sur la loi égalité des chances, Dominique de Villepin ne veut pas être une nouvelle fois accusé de passer en force. L'échec des manifestations contre la privatisation de GDF conforte à cet égard le chef du gouvernement. «On nous a assez reproché le 49-3 sur le contrat première embauche. Le premier ministre a tiré les leçons de l'expérience passée», dit-on encore à Matignon. Pourtant, un membre du premier cercle du premier ministre, moins catégorique, confie : «Il y a ceux qui préconisent de suspendre les débats le 22 ou le 29 septembre, quelle que soit l'avancée des travaux, et ceux qui pensent que l'Assemblée doit donner son feu vert maintenant à la privatisation de GDF.»
 
«Il nous faudrait encore mille heures de débats»
 
Dans les rangs du groupe UMP, la lassitude est perceptible. «Il faudra bien conclure cette discussion» estime Claude Gaillard. Quand ? C'est toute la question. Le rapporteur UMP Jean-Claude Lenoir a précisé hier, en début d'après-midi, que seuls 2 641 amendements (sur les 137 500 déposés par la gauche) avaient été repoussés à l'issue de 41 heures et 25 minutes de débats. Les députés devaient enfin commencer l'examen de l'article premier du projet de loi hier en fin d'après-midi. Le député de l'Orne espère que «l'opposition va comprendre que sa stratégie est illisible pour l'opinion, et retirer ses amendements». «À ce rythme, a-t-il dénoncé, il nous faudrait encore mille heures de débats passés à écouter des inepties», a calculé le président du groupe UMP Bernard Accoyer. Quant au porte-parole du groupe PS, François Brottes, il «ne croit pas» qu'un accord puisse intervenir entre le président de l'Assemblée et les dirigeants de l'opposition pour qu'ils retirent la plupart de leurs amendements, car «nous sommes dans un débat lourd de sens et de conséquences».
 
Certes, le règlement de l'Assemblée autorise Jean-Louis Debré à écarter environ 80 000 amendements qui ne relèvent pas du domaine législatif. L'hôte de Lassay a déjà utilisé cette prérogative lors du débat sur La Poste. Mais pour l'instant, Jean-Louis Debré préfère montrer que l'opposition «veut bloquer le fonctionnement des institutions». Une clémence à laquelle ne croit pas François Brottes, qui prédit : «Quand Debré est conciliant au début, c'est pour mieux frapper après.»

Publié dans Divers

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article