Villepin opposé au "mini-traité" européen de Sarkozy

Publié le par rezeid

Dominique de Villepin a exporté à Bruxelles sa rivalité avec Nicolas Sarkozy en s'opposant à son idée de rédiger un "mini-traité" reprenant l'essentiel de la Constitution européenne rejetée par la France.

Le premier ministre français a rencontré dans la capitale belge le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, pour un déjeuner de travail deux semaines après une visite européenne très médiatisée du ministre de l'Intérieur.

Que pense-t-il de l'idée de ce dernier de "recourir à un mini-traité" négocié en 2007 et ratifié en 2008 pour "réaliser les réformes institutionnelles les plus urgentes" après les "non" français et néerlandais à la Constitution?

"Je ne crois pas qu'aujourd'hui ce soit la préoccupation première", a répondu Dominique de Villepin en laissant d'ailleurs entendre que plusieurs pays, dont l'Allemagne - il était à Berlin vendredi dernier - partageaient son avis.

"J'ai pu voir qu'un certain nombre de pays, de grands pays, avaient des questions pour le moins, pour ne pas dire des réticences sur une telle proposition", a-t-il expliqué.

Pour le premier ministre, "à chaque temps suffit sa peine" et l'Union n'a pas un besoin urgent de nouvelles règles de vote, d'un ministre des Affaires étrangères ou d'un président stable, contrairement à ce que pense le favori des sondages à droite à six mois de l'élection présidentielle de 2007.

PAS D'IDÉOLOGIE

"Nous avons besoin aujourd'hui de relancer l'Europe, de montrer son efficacité et de rassembler les Européens à travers un certain nombre de projets concrets", a-t-il dit en estimant qu'ensuite, tout "naturellement", voire "mécaniquement", ils accepteront les nécessaires réformes institutionnelles.

Comme pour affiner la critique, il a ajouté que "poser les problèmes aujourd'hui à froid sur un mode idéologique n'est pas la meilleure façon de trouver les réponses".

Nicolas Sarkozy affirme-t-il que "la crise est là" et qu'il faut "agir tout de suite" pour sortir l'Union de la paralysie parce qu'on n'a "pas le temps" d'attendre?

Faux, répond Dominique de Villepin.

"Je constate que, même si nous avons rencontré des difficultés sur le traité constitutionnel, en dépit des sceptiques, tous les jours nous avançons", a-t-il lancé en citant la présence de l'Union européenne au Liban.

Pour éviter toute ambiguïté, il a précisé qu'il fallait aborder la question institutionnelle "avec cette dynamique de travail qui aura été permise par plusieurs années de travail en commun avec les pays qui sont entrés récemment et qui auront acquis à la fois la connaissance et la pratique de l'Europe".

On ne parle donc pas de 2008, comme l'a fait Sarkozy, mais d'un horizon lointain, au-delà de la décennie en cours.

Villepin n'est pas non plus pressé de claquer la porte de l'UE au nez de la Turquie, alors que Sarkozy estime qu'elle n'a pas sa place dans l'Union et qu'il convient de lui proposer un partenariat privilégié comme alternative à l'adhésion.

"RETROUVER CONFIANCE"

"Sur la Turquie, il est évident que nous sommes engagés à chaque étape à faire le point", a-t-il dit de manière neutre.

"C'est de retrouver confiance dont nous avons besoin, la question des frontières, la question institutionnelle se posent, mais retrouvons confiance, retrouvons les preuves de la nécessité européenne, du besoin d'Europe", a-t-il poursuivi.

Alors que le discours de Sarkozy était centré sur les institutions, le premier ministre a développé sa vision d'une Europe qui aurait "la maîtrise de son destin économique et social" afin de "protéger nos citoyens" de la mondialisation.

Cela passe par la création de "champions européens s'appuyant sur les grands champions nationaux" -- une allusion au mariage entre Gaz de France et Suez qu'il a défendu auprès d'une Commission qui en étudie les effets.

Sans vouloir donner une réponse précise, Barroso a d'ailleurs évoqué un "dialogue fructueux" avec les entreprises qui ont proposé des "remèdes (sur le plan concurrentiel) qui pourraient éventuellement aller dans la bonne direction".

La création d'une politique commune de l'énergie est jugée essentielle: Villepin a repris les idées qu'il avait exprimées à Berlin sur la tenue d'une sommet entre consommateurs et producteurs, l'ouverture à la concurrence et la nomination d'un négociateur européen parlant au nombre de tous les pays de l'UE.

Sur l'immigration, il s'est inscrit dans la droite ligne du consensus européen: empêcher l'immigration clandestine en renforçant les moyens communs tout en aidant les pays d'origine à se développer pour retenir leurs forces vives.

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