INTERVIEW. LE PREMIER MINISTRE ADRESSE UN MESSAGE FORT DE SOUTIEN AUX SOUS-TRAITANTS.

Publié le par rezeid

Villepin : « Je serai vigilant »

Vous rencontrez les sous-traitants aéronautiques à Toulouse. Quelles mesures le gouvernement est-il en mesure de prendre pour les accompagner dans le changement de leur relation avec Airbus ?

 

La filière aéronautique est une filière d'excellence en France et nous ferons tout pour qu'elle continue à créer de l'emploi et de l'activité économique. Chacun doit en bénéficier. Airbus évidemment, mais aussi tous les sous-traitants aéronautiques. Je viens à Toulouse avec des propositions concrètes pour aider les sous-traitants : avances remboursables pour toutes les PME de la filière aéronautique à hauteur de 80 millions d'euros pour 2007 et 2008, signature d'une charte de confiance avec tous les sous-traitants qui abordera notamment la question des délais de paiement.

Demanderez-vous des assurances à Airbus en matière d'emploi pour les mois à venir ?

L'emploi est la priorité absolue du gouvernement. Airbus, les sous-traitants, mais aussi toute la région toulousaine doivent savoir où nous allons. Je serai particulièrement vigilant sur ce point.

Défendrez-vous l'installation de la prochaine chaîne d'assemblage de l'A350 à Toulouse ?

L'A350 est un programme stratégique pour Airbus. Je souhaite qu'il soit lancé rapidement. Ce sera le complément naturel du programme grand porteur A380. Nous avons à disposition une chaîne d'assemblage, celle de l'A330-A340. Il me paraît naturel que cette chaîne soit utilisée pour l'A350. Le gouvernement défendra fortement cette option.

Suite aux récents déboires, l'État exercera-t-il un contrôle d'EADS plus rigoureux via son représentant au conseil d'administration du groupe d'aéronautique et de défense ?

Je me fais une idée exigeante du rôle de l'État actionnaire. Il est là pour défendre une vision stratégique de long terme, qui est garante de l'emploi et du dynamisme économique de l'entreprise. Je peux vous assurer que l'État jouera pleinement son rôle.

Vous intervenez sur l'écologie, la politique industrielle et les questions internationales la semaine où le PS vote pour désigner son candidat et où l'UMP adopte son programme législatif. Vous aussi vous partez en campagne électorale ?

Ce sont des questions dont le gouvernement se préoccupe depuis des mois parce que ce sont les questions que se posent les Français. Oui, les questions internationales font partie des enjeux majeurs de la prochaine campagne électorale. Quelle place pour la France dans la mondialisation ? Comment mieux protéger les Français face aux nouvelles menaces comme le terrorisme ou la prolifération nucléaire ? Comment éviter la propagation des crises au Moyen-Orient ou en Afrique ? Je crois que le monde d'aujourd'hui a avant tout besoin de règles communes et d'égalité. Oui, l'écologie est aussi un enjeu majeur. Au cours des derniers mois, la France a franchi des étapes décisives en faveur du développement durable : nouvelle taxe écologique, livret de développement durable, renforcement du principe pollueur-payeur. Autant de mesures que nous avons renforcées hier lors du comité interministériel du développement durable. Oui, je crois à une industrie forte et innovante dans notre pays. L'industrie française, ce sont des milliers d'emplois, c'est un facteur d'innovation majeur, c'est une part de notre identité. Qui pourrait imaginer la France sans Airbus, sans Renault, sans Saint-Gobain ? L'État doit jouer tout son rôle pour défendre notre industrie.

Vous déclarez souvent que la cristallisation d'une candidature présidentielle s'opère un mois avant le scrutin. Cela signifie-t-il pour vous que la désignation du candidat UMP le 14 janvier est vide de sens ?

Nous avons adopté ensemble un calendrier, je ne vois pas de raison d'en changer.

Franchement, une fois que le candidat UMP sera désigné le 14 janvier, y aura-t-il une place ou un espace pour un éventuel candidat issu de cette famille politique ?

L'UMP apportera son soutien à un candidat le 14 janvier. Le Président de la République se prononcera dans le courant du premier trimestre 2007. Ne précipitons pas les choses. L'essentiel pour notre famille politique est de se trouver rassemblée et dans la meilleure position possible au moment du scrutin. Le gouvernement y travaille chaque jour en apportant de bons résultats.

L'apparente bonne santé du Front national dans les sondages ne prouve-t-elle pas que le gouvernement a échoué sur le plan social et en matière de sécurité depuis 2002 ?

Cela prouve surtout qu'il ne faut pas relâcher nos efforts et poursuivre l'action gouvernementale jusqu'au dernier jour. Les Français ont besoin de résultats. Ils ont besoin de vrais changements dans leur vie quotidienne. Les décisions que nous venons de prendre sur la fiscalité écologique, sur le permis à point, sur la prévention de la délinquance vont dans ce sens.

Recueilli par Gil Bousquet et Jean-Pierre Bédéï


Un Premier ministre sur tous les fronts

Premier ministre ? Un « boulot de chien », comme le notait l'un de ses prédécesseurs. Mais, en même temps, un formidable levier de pouvoir et une visibilité sans pareille dans l'action. Dominique de Villepin le sait, qui ne manque pas une occasion d'occuper le terrain, de montrer qu'il gouverne (lui…) sur tous les fronts, histoire de capitaliser au cas où il se déciderait à tester le fameux aphorisme gaulliste sur la présidentielle : « La rencontre d'un homme et d'un peuple ».

Alors, le Premier ministre est omniprésent. Dans le symbolique à Colombey (photo), avec Chirac et Debré pour recevoir l'onction gaulliste (Sarko était à Saint-Etienne…). Dans l'économique aujourd'hui à Toulouse, avec la visite à Airbus. Dans le politique quand il s'oppose à son ministre de l'Intérieur sur les « peines planchers ». Dans l'écologie, évidemment, où il déroule sur la piste verte désormais obligatoire pour tous les candidats à la présidentielle. Hier, lors d'un Conseil interministériel pour le développement durable, le Premier ministre a notamment annoncé la hausse de 10 % de la taxe sur les pollutions industrielles et les déchets, une réflexion sur le péage voiture dans les grandes villes et… la hausse de 10 % de la taxe sur les nuisances sonores aériennes, affectée à l'insonorisation des logements des riverains d'aéroports. En visite dans l'agglo de Toulouse, avec les polémiques récurrentes liées au trafic de Blagnac, voilà qui permet de jouer sur les deux tableaux.

De là à affirmer que le Premier ministre a appris l'art du compromis, c'est beaucoup s'avancer, relèvent ceux qui n'oublient pas (beaucoup de sarkozystes, ces temps-ci) que « Néron », comme le surnomme affectueusement Bernadette Chirac, est l'inspirateur de la dissolution de 1997, calamiteuse pour la droite. Les élus n'ont pas davantage oublié qu'il les qualifie volontiers de noms d'oiseaux, sans aucun rapport avec sa nouvelle passion écologique. D'autres jugent que ses « ailes de géant », encombrantes, l'empêchent de marcher au pas de la vie quotidienne des Français. Sans compter ceux qui, dans le premier cercle des amis de Nicolas, attendent que les développements de la ténébreuse affaire Clearstream plombent sérieusement la candidature Villepin. Autant d'obstacles qui restent à lever avant la fameuse et éventuelle « rencontre », chère au Panthéon gaulliste…

Daniel Hourquebie


80 M€ réservés aux PME

Le déplacement du Premier ministre ne passera pas inaperçu aujourd'hui. Personne ne sera oublié: industriels, élus, salariés d'Airbus… les rencontres vont s'enchaîner à un rythme soutenu. En visitant Mecahers à 14h, une PME de Launaguet (31) fournisseur de rang un d'Airbus, Dominique de Villepin entend délivrer un message de soutien au tissu industriel régional qui bénéficiera de la signature d'une « charte de confiance». Près de 80 M€ d'appuis financiers lui seront réservés en 2007 et 2008. Une annonce qu'il fera lors d'une table ronde avec un panel de sous-traitants demain après-midi. Cette proposition du Premier ministre vise à rassurer les PME de la région qui s'inquiètent de leur capacité à accompagner Airbus dans sa réorganisation de sa chaîne de fournisseurs. À 15 h 30, Dominique de Villepin se pliera à la traditionnelle visite des chaînes d'assemblage de l'A320 avant de rencontrer à huis clos les principaux élus des collectivités qui avaient joué groupés pour le lancement de l'A380. Une journée marathon qui se clôturera ce soir par un discours sur l'avenir industriel de la France au centre de congrès Diagora-Labège.

Publié dans Divers

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