Urgent: Clearstream : Alliot-Marie dédouane Chirac et Villepin

Publié le par rezeid

Vendredi, la ministre de la Défense, entendue en qualité de témoin, a passé plus de onze heures dans le bureau des juges d'instruction Henri Pons et Jean-Marie d'Huy en charge de l'affaire Clearstream. L'audition-fleuve de Michèle Alliot-Marie, ponctuée de quelques pauses, a donné lieu à un procès-verbal de... quarante pages dactylographiées dans lequel la ministre de la Défense s'est longuement expliquée en fournissant sa vérité sur l'affaire. En exclusivité, en voici les principaux extraits d'où il ressort que la ministre dédouane Jacques Chirac et estime « normal » que Dominique de Villepin ait procédé aux vérifications des listings Clearstream

Quel était le lien de cette affaire des listings Clearstream avec l'affaire japonaise relative à un compte qui aurait été ouvert par le président de la République dans les livres de la banque japonaise Tokyo Sowa Bank ? questionnent les juges.

- Je n'ai jamais donné d'instructions au général Rondot sur ce point et je n'ai aucune idée du lien qui pourrait exister entre l'affaire des listings Clearstream et cette « affaire japonaise ».

- Une réunion s'est tenue dans le bureau de M. de Villepin, à laquelle participaient outre M. de Villepin lui-même, M. Jean-Louis Gergorin et le général Rondot. Au cours de cette réunion, des listings de comptes Clearstream attribués à certaines personnes ont été présentés à M. de Villepin, lequel a donné pour instruction au général Rondot d'en vérifier la validité, demandent les juges.

- J'ai été informée de la tenue de cette réunion par mon directeur de cabinet qui tenait l'information du général Rondot vers la fin du mois de janvier 2004. Mon directeur de cabinet m'a simplement dit que cette réunion avait porté sur l'affaire des fichiers de comptes, et je ne me souviens même pas s'il a prononcé le nom de Clearstream. Je pense que le général Rondot avait demandé à M. Marland de me parler de cette réunion. Cela signifiait qu'un autre ministère s'intéressait aussi à ce dossier des fichiers de comptes sur lequel j'avais demandé au général Rondot de procéder à des vérifications concernant mes deux collaborateurs. M. Marland ne m'a pas fait part du contenu précis de cette réunion.

- Quelles sont vos observations au vu de la teneur de cette réunion telle que rapportée par le général Rondot lors de son audition en qualité de témoin ?, poursuivent les juges.

- J'étais vraisemblablement visée à travers sa personne. Ça me paraît être un méli-mélo qui est pour moi incompréhensible. La seule réaction que j'ai, est relative à la mention « P. OL » qui concerne je pense Patrick Ollier. J'ai eu connaissance de cette mention dans un journal il y a quelques mois et je pense que vous savez comment j'ai réagi à la télévision. Je ne comprends pas ce que signifient ces notes. La vie politique n'est jamais très facile et il ne faut jamais avoir peur de prendre des coups quand on accède à un certain niveau. Je ne supporte pas qu'on s'en prenne à ma famille ou mes proches pour essayer de m'atteindre, donc j'étais très en colère (...) Je ne sais pas ce qui s'est passé au cours de cette réunion du 9 janvier 2004. Je ne sais pas si les notes du général Rondot correspondent à ce qui s'est passé, en tout cas je n'avalise pas ce qui est décrit dans ses notes. C'est complètement farfelu et d'autre part j'ai réagi publiquement à la publication dans la presse des notes du général Rondot se rapportant à mon conjoint M. Ollier.

Je pense que j'étais vraisemblablement visée à travers sa personne. Je pense qu'au ministère de la Défense, on ne se fait pas que des amis et notamment dans le milieu industriel. Le but pouvait être soit industriel soit politique. Il y a des moments où on peut gêner, d'autant que j'avais remis un peu d'ordre dans le ministère et j'avais appelé certains industriels à faire des efforts de rigueur, à la fois sur des tarifications et sur les délais de livraison. La réussite dont on me créditait dans ce ministère pouvait aussi gêner certains compte tenu des perspectives politiques qui de ce fait m'étaient ouvertes à cette époque.

- Avez-vous informé M. Sarkozy de ces faits et dans l'affirmative, à quelle date ? lui demande les les juges.

- Non, je n'ai pas informé Nicolas Sarkozy. Il le savait puisque son nom était dans la presse. D'autre part, j'ai appris qu'il y avait une enquête de la DST qui était compétente pour ce genre de choses et je n'avais donc aucune raison d'intervenir dans un dossier pour lequel je n'avais pas de compétence ni d'éléments particuliers.

« Sérieux doutes »

Je n'ai pas informé Nicolas Sarkozy de l'enquête diligentée par le général Rondot puisqu'à l'époque je n'ai pas fait immédiatement le rapprochement entre les informations publiées par Le Point et les faits sur lesquels le général Rondot avait enquêté. J'en ai informé Dominique de Villepin dans le courant du mois de juillet 2004. Puisque je savais que la DST était saisie, il m'a paru normal de le lui dire, en marge d'une réunion qui ne traitait pas de ce sujet. De toute façon, la DST devait être informée puisque le général Rondot travaillait régulièrement en liaison avec elle. J'ai dit à M. de Villepin que nous avions au ministère de la Défense une affaire un peu semblable à celle qui avait été évoquée par l'hebdomadaire Le Point et sur laquelle investiguait la DST. Je lui ai indiqué que sous réserve des dernières vérifications auxquelles je faisais procéder, nous avions de sérieux doutes sur le sérieux des allégations. Je n'ai pas précisé que ces vérifications avaient été faites par le général Rondot.

- Au regard de l'objet et de la teneur de cette réunion du 9 janvier 2004, tels que rapportés dans le compte rendu précité dressé par le général Rondot, et alors que celui-ci effectuait déjà des vérifications sur ces listings sur instructions de votre directeur de cabinet, le traitement et le suivi de ce dossier Clearstream relevait-il selon vous, du domaine d'attribution du ministre des Affaires Etrangères ?

- Dans son volet international, il relevait du ministre des Affaires Etrangères.

(... ) Il arrive qu'il y ait des dossiers traités directement par les ministres et non par les services du ministère, notamment pour des dossiers extrêmement sensibles. Tel était sans doute le cas de ce dossier des listings de comptes.

Lorsqu'il estime que la continuité de l'Etat ne saurait en être affectée ni celle du ministère, il peut arriver qu'un ministre garde par devers lui un dossier sans en parler à son successeur. C'est exceptionnel mais pas aberrant. Dans ce cas, le dossier est considéré comme clos ou peut continuer à être traité par le même ministre nommé à de nouvelles fonctions qui lui permettent d'en continuer le traitement. Tel a sans doute été le cas de Dominique de Villepin lorsqu'il est passé du ministère des Affaires Etrangères au ministère de l'Intérieur.

- A votre connaissance, pour quelles raisons M. de Villepin, alors ministre des Affaires Etrangères, s'est-il ainsi saisi de ce dossier des listings Clearstream qui avait commencé a être traité au sein du ministère de la Défense ?

- Sans doute à cause du problème des frégates de Taiwan dont on reparlait à l'époque. Ce qui était prétendu c'est que les comptes visés dans les listings auraient été approvisionnés par des commissions liées au marché des frégates de Taiwan.

Dans le ministère de la Défense ne pouvaient être traitées que les investigations concernant mes deux collaborateurs, telles étaient mes instructions conformément aux compétences du ministère. Je ne sais pas dans quelles conditions M. de Villepin a été saisi de ce dossier.

« Raffarin pas informé »

- Avez-vous informé M. Raffarin, Premier ministre, de la mission que vous aviez confiée au général Rondot et des résultats de ses investigations ?

- Non.

- Entendu sur ce point, M. Raffarin a déclaré n'avoir été informé par vous-même ni de cette mission ni du résultat des investigations du général Rondot.

Pour quelles raisons n'avez-vous pas informé le Premier ministre de cette affaire ?

- Parce qu'il s'agissait encore une fois de rumeurs, je faisais vérifier le fondement. Il est évident que s'il était apparu qu'il y avait un fond de vérité, j'aurais saisi le Premier ministre ainsi que les autres ministères que j'ai précédemment évoqués. J'indique lorsque je rencontre le Premier ministre, j'évoque avec lui les dossiers les plus importants.

- Selon vous, pour quelle raison M. de Villepin est-il ainsi intervenu pour que M. Lahoud soit remis en liberté ?

- Je ne sais pas s'il est intervenu, et si c'était le cas, je ne sais pas pourquoi il serait intervenu.

- Que pensez-vous du fait qu'un ministre des Affaires étrangères, en l'espèce M. de Villepin, donne pour instruction au Conseiller pour le Renseignement et les Opérations Spéciales du ministre de la Défense, Officier général directement rattaché à celui-ci, d'intervenir pour qu'une personne place en garde à vue dans le cadre d'une procédure judiciaire soit remise en liberté ?

- Même réponse qu'à la question précédente. J'ajoute simplement que je suis très attachée à la séparation des pouvoirs.

« La première fois que j'ai entendu parler de noms de politiques »

« La première fois où j'ai entendu parler de noms de politiques, c'était au mois de juillet 2004, pratiquement au moment où la presse a sorti des noms. Je n'ai pas d'explication sur le fait que jusqu'à cette date-là je n'ai pas été informée de la présence du nom de personnalités politiques sur ces listings (... ) J'ai demandé au général Rondot de vérifier, avant toute chose, que les informations qui lui avaient été données avaient un minimum de vraisemblance, étaient fiables. Il s'agissait de creuser sur les personnels de la Défense qui étaient l'objet de mes préoccupations. Telle est l'instruction que je lui ai donnée. Le général Rondot a cherché à vérifier que le ou les listings qui lui ont été donnés et dont il m'a parlé à un moment donné, sans pouvoir être précis, fin 2003 début 2004, étaient authentiques et comme il y avait des personnes dont certaines étaient connues de lui, il a voulu savoir si ces personnes appartenant ou ayant appartenu au ministère de la Défense étaient susceptibles d'être impliquées dans cette affaire. Le général Rondot en a parlé à Philippe Marland, lui a proposé ou lui a dit qu'il avait commencé les vérifications. Ensuite Philippe Marland m'en a parlé et je lui ai confirmé que des vérifications étaient nécessaires et devaient être strictement limitées à mes deux collaborateurs.

Je vous précise que j'ignorais que figurait sur ces listings le nom de personnes relevant de services du renseignement et notamment de la DST. Cela ne me paraît pas anormal que l'on ne m'ait pas informée à ce stade de la présence d'autres noms que ceux qui me concernaient exclusivement

Publié dans Divers

Commenter cet article