Sarkozy se lance, Villepin prend du champ

Publié le par rezeid

À la veille de la déclaration de candidature du président de l'UMP, le premier ministre s'envole pour l'Afrique.

 
NICOLAS SARKOZY s'annonce, Dominique de Villepin s'en va. Le premier ministre ne sera pas à Paris lorsque le président de l'UMP présentera sa candidature officielle à l'Élysée. Il a décidé de passer la fin de la semaine en Afrique (lire aussi page 3). L'ancien ministre des Affaires étrangères entend ainsi démontrer sa maîtrise des dossiers internationaux, et souligner, en creux, les lacunes supposées de Nicolas Sarkozy et de Ségolène Royal en la matière.
Demain, Dominique de Villepin sera donc à N'Djamena, capitale du Tchad, un pays francophone en pleine guerre civile. Dans la foulée, il fera un saut en Afrique du Sud. Après une visite à Soweto, haut lieu de la lutte contre l'apartheid, Villepin rencontrera le président Thabo Mbeki, successeur de Nelson Mandela. Ce périple s'achèvera par une halte au Congo-Brazzaville, chez un ami de la France, le président Sassou Nguesso.
Avec ce voyage de trois jours en Afrique - fait rarissime pour un premier ministre -, Villepin a donc choisi le registre de l'originalité, afin, une fois de plus, de se démarquer. En pleine accélération du calendrier de la campagne présidentielle, il ne se résigne pas à s'aligner derrière la candidature de Nicolas Sarkozy. Bien au contraire. Plus que jamais, il croit en lui, encouragé par un prochain sondage qui, selon Matignon, ferait état d'une importante hausse de sa cote de confiance. Persuadé que son rival va finir par « imploser », selon son propre mot. Et convaincu que la présidentielle se jouera « en février, mars ».
Mais ses marges de manoeuvre viennent de se réduire singulièrement. Coup sur coup, ne vient-il pas de refuser le processus de sélection du candidat UMP et les forums proposés par Sarkozy ? « J'entends me consacrer entièrement à ma ­tâche de premier ministre. » 
« Il va regarder Sarko s'empêtrer »

Quelle peut donc être sa place dans la campagne ? Les inconditionnels, comme Georges Tron et Hervé Mariton, restent persuadés qu'il est « le seul capable de positionner le débat présidentiel au bon niveau ». Seul ministre à défendre publiquement une candidature ­Villepin, François Goulard pense toujours que le coup est « jouable ». « Le premier ministre continuera de dire ce qu'il pense. Même si ça ne plaît pas », prévient-on à Matignon. Mais pour bon nombre de chiraquiens, la messe est dite.« Nicolas est vachement devant », se désole un sénateur chiraquien. Des proches, comme les ministres Christian Jacob et Henri Cuq, ­regrettent que le premier ministre ne se soit pas donné les moyens de ses ambitions.

Villepin désespère-t-il les chiraquiens ? Jean-Louis Debré confie : « Je pense beaucoup de bien de Domi­nique de Villepin. C'est probablement le meilleur du lot mais la mayonnaise ne prend pas. » Un autre fidèle du chef de l'État remarque que Villepin est « tenu par sa loyauté vis-à-vis du président ». En clair : il ne peut rien faire tant que Chirac n'a pas parlé.

Que peut-il faire maintenant que Sarkozy est lancé ? On le voit mal changer de ton à l'égard d'un homme qu'il n'aime pas. « Il va laisser Sarko faire campagne jusqu'en janvier, le regarder s'empêtrer dans ses contradictions de ministre candidat et surgir fin janvier », rêve un partisan. À la question: jusqu'où est-il prêt à aller pour gêner la campagne de Sarkozy ? Alain Juppé confiait au Figaro il y a quelques jours  : « Pas jusqu'au bout, j'espère. »

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