Villepin propose une force d'interposition entre le Tchad et le Soudan

Publié le par rezeid

Le président tchadien, lui, donne la priorité au déplacement des camps de réfugiés soudanais installés à sa frontière.

 
LE TCHAD, comme le laissait entendre Matignon peu avant le départ pour N'Djamena du premier ministre Dominique de Villepin, a-t-il vraiment besoin de la France ?
 

À entendre le discours tenu hier par Idriss Déby, le président arrivé au pouvoir en 1990 à N'Djamena, la réponse est loin d'être probante. Lors d'une conférence de presse, en présence du premier ministre français venu passer quelques heures dans sa capitale, Idriss Déby s'est félicité de la présence d'un « grand ami du Tchad » et du « signe fort de soutien » que constitue le déplacement de Dominique de Villepin.

 

Cependant, sur le fond des choses, le président tchadien s'est borné au service minimum. Ainsi, interrogé sur l'éventuel déploiement d'une force d'interposition à la frontière tchado-soudanaise, une idée fortement appuyée par le premier ministre français, le chef de l'État tchadien a déclaré « accepter la proposition faite par les Nations unies de disposer des forces aux frontières pour sécuriser les populations et stabiliser la région ».

 

Dominique de Villepin réagissait alors presque immédiatement en se félicitant de « l'appel solennel lancé par le président Déby » : « C'est un pas que nous franchissons », a-t-il poursuivi peu avant que le président tchadien ne diminue la portée de ce pas en précisant qu'il n'avait donné qu'un « accord de principe » à l'idée. Le président Déby s'est, en revanche, fait clair et net quand à l'appui donné à un appel lancé voici deux jours par le gouvernement tchadien qui, dans un communiqué, « juge indispensable de déplacer, dans les mois qui viennent, les camps de réfugiés soudanais installés sur notre sol ». Ces camps, a assuré Idriss Déby, « ne peuvent pas être sécurisés » et « il est urgent qu'ils soient déplacés si on veut éviter le pire ».

 

« Guerre totale »

 

Onze camps, abritant chacun une population de 20 000 à 40 000 réfugiés, ont été érigés aux confins du Tchad et du Soudan. Certains sont distants de moins de deux kilomètres de la frontière. Ils constituent d'évidents foyers d'instabilité, les rébellions tchadiennes et soudanaises n'hésitant pas à procéder à des recrutements dans ces viviers. La présence de dizaines de milliers de réfugiés dans une région extrêmement pauvre est également un important facteur de déstabilisation.

 

Les organisations humanitaires présentes au Tchad semblent soutenir l'initiative des autorités. Pour Serge Male, le représentant à N'Djamena du Haut Commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR), « il faut, pour la sécurité des réfugiés, procéder à une relocalisation des camps ». En termes de coût, l'opération paraît nettement plus abordable que l'éventuel déploiement d'une force d'interposition sur la frontière tchado-soudanaise.

 

Confronté à la montée en puissance de multiples rébellions, le président Déby a, hier, mis de nouveau en cause le Soudan. « Il faut éviter le génocide de ces Noirs africains chassés de leurs terres qui ont connu toutes sortes de méfaits du gouvernement islamiste de Khartoum », a-t-il lancé. Il a également appelé les Tchadiens à resserrer les rangs autour de sa personne.

 

Les crispations à N'Djamena sont aujourd'hui évidentes. Les autorités ont récemment annoncé dans un communiqué que « tous les moyens sont à partir de ce jour mobilisés pour la défense de la patrie menacée », le Tchad faisant face « à une guerre totale ». Récemment renouvelé pour six mois, l'état d'urgence va, donc, « se renforcer ». Quant à la vigilance, elle est « de rigueur absolue pour débusquer notamment les ennemis intérieurs et les mettre hors d'état de nuire ».

Publié dans Divers

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