Le premier ministre entre soulagement et amertume

Publié le par rezeid

Débarrassé de la menace Clearstream, le chef du gouvernement veut maintenant « peser » sur 2007.

 
« ON A toujours raison de faire ­confiance à la justice. » C'est par cette simple phrase que Domi­nique de Villepin a réagi en apprenant sa convocation comme simple témoin dans l'enquête sur l'affaire Clearstream. Le premier ministre sortait juste de son dîner, vendredi soir, avec le président sud-africain Thabo Mbeki et s'apprêtait à regagner Paris quand son directeur de cabinet Bruno Le Maire l'a informé.
 
C'est avec ce même soulagement que ses conseillers ont ensuite réglé la communication du premier ministre. Un communiqué sobre, sans triomphalisme. Pas question, pour l'instant, de « jouer » la victimisation. En tous les cas, pas avant l'audition par les juges. Tout juste quelques élus villepinistes ont-ils rappelé « l'acharnement médiatique » dont a fait l'objet, selon eux, le premier ministre. « Avant l'été, les médias nous avaient promis une perquisition à Matignon. À la rentrée, on ne nous parlait plus que de la mise en examen. Au final, il n'y aura rien. »
 
Soulagement donc mais aussi amertume. Bien que débarrassé de cette épée de Damoclès, Dominique de Villepin aura dû patienter huit mois pour « apporter » son concours à la justice. Huit mois pendant lesquels Nicolas Sarkozy et ses lieutenants ont réguliè­rement soufflé sur les braises de ­l'affaire Clearstream pour mieux le tenir écarté de la course à la présiden­tielle. Huit mois qui auront au total « plombé » ses chances de concourir en 2007. En tout cas ­largement réduit les marges de manoeuvre du présidentiable Villepin. Même s'il ne s'est pas privé - au grand dam de l'UMP - de sa liberté de parole pour critiquer les propositions du futur candidat de l'UMP.
 
Ce quitus de la justice arrive donc trop tard. Pendant que Ni­colas Sarkozy, Ségolène Royal et François Bayrou sont en campagne, ­Dominique de Villepin doit  encore passer chez les juges avant de recouvrer sa totale liberté de mouvement.
 
« Parfaitement légitime »
 
Les partisans du premier ministre réfutent cet argument. « Cette décision de justice est une grande ­satisfaction mais pas un boulever­sement politique. Villepin ne va pas pour autant rentrer demain dans le jeu des primaires de l'UMP », précise Georges Tron, député UMP de ­l'Essonne. Ministre délégué à la Recherche et villepiniste de choc, François Goulard a jugé, hier, sur Radio J, qu'une candidature de ­Dominique de Villepin ou de Jacques Chirac était « parfaitement ­légitime ».
 
Villepin lui s'en tient à sa ligne : « Gouverner jusqu'au bout » et « peser » sur le débat de 2007. Il se ­réjouit presque l'idée de gouverner sans son ministre de l'Intérieur dont il attend sans le dire la démission. D'ici à la mi-janvier, Villepin va multiplier les conférences sur le pouvoir d'achat (le 14 décembre), la croissance et le désendettement (en janvier). Autant de thèmes de campagne qui lui permettront de jouer sa partition.
 
En marge de son voyage en Afrique, il a confié dans une de ses formules énigmatiques qu'il affectionne : « Je suis le premier chef de gouvernement à finir un premier quinquennat. Je suis un cas ­­d'école. » Presque un avertissement.

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