Affaire Clearstream : face aux juges,

Publié le par rezeid

"Comment est il possible de retrouver la déposition dans le presse, il y a vraiment un problème et des questions à se poser?"Rezeid

"J'ai conscience de l'extraordinaire complexité et difficulté de ce dossier où plusieurs personnalités politiques et plusieurs ministres en exercice sont cités, mais je regrette l'instrumentalisation politique et médiatique qui en a été faite, ce qui a modifié en profondeur la perception que l'on pouvait avoir du rôle de certains acteurs, et en particulier du mien."


C'est par ces mots que le premier ministre, Dominique de Villepin, a conclu sa déposition, dans la nuit de jeudi à vendredi, aux alentours de 3 heures du matin. Durant dix-sept heures, les deux juges de l'affaire Clearstream, Jean-Marie d'Huy et Henri Pons, l'ont soumis à un feu nourri de questions sur ses interventions dans le déroulement de cette affaire, qui s'est avérée une manipulation destinée à impliquer de nombreuses personnalités – dont Nicolas Sarkozy – dans un scandale financier.

Interrogé en qualité de témoin, le chef du gouvernement s'est, pour l'essentiel, défendu de toute implication dans la propagation et dans la falsification des listings. Il a notamment affirmé n'avoir "jamais reçu ou eu en mains les listes ou documents informatiques concernant Clearstream" et avoir toujours ignoré le nom du mystérieux "informateur" qui avait fourni ces listings à Jean-Louis Gergorin – en lequel les juges sont convaincus d'avoir reconnu l'informaticien Imad Lahoud.

M. de Villepin a, en outre, contesté de nombreuses mentions figurant sur les notes personnelles du général Philippe Rondot, ex-agent des services secrets qu'il avait mandaté pour entreprendre des vérifications sur l'authenticité des listings de Clearstream, au mois de janvier 2004. Ces notes, assure M. de Villepin, auraient fait l'objet de
"réécritures et de reconstructions a posteriori".

Nous publions ci-dessous quelques extraits de cette audition :


La réunion du 9 janvier 2004


C'est au cours de cette réunion au Quai d'Orsay – M. de Villepin est alors ministre des affaires étrangères – avec le général Rondot et Jean-Louis Gergorin que sont évoqués devant lui pour la première fois, par ce dernier, les fameux listings.
"L'objet de la réunion était, pour moi, d'avoir confirmation par le général Rondot des éléments évoqués par Jean-Louis Gergorin le 1er janvier 2004 et de savoir si le général Rondot confirmait les inquiétudes qu'on pouvait avoir sur un tel dossier et ses implications internationales. Aucun document ne m'a été présenté ni remis lors de cet entretien. (…) Le général Rondot a confirmé l'inquiétude qu'on pouvait avoir sur un tel système et marqué l'intérêt des vérifications qu'il avait engagées dans le cadre d'une mission qui lui avait été confiée au ministère de la défense, [où il était affecté]. Et j'ai donc demandé au général Rondot de me tenir informé des aspects internationaux de ce dossier en me référant aux demandes du président de la République, qui avait, à plusieurs reprises, insisté auprès de moi pour que je sois particulièrement vigilant sur tout ce qui touchait à la moralisation de la vie économique internationale. J'ai indiqué au général Rondot que je souhaitais que ces informations fassent l'objet d'un traitement discret et prudent compte tenu de la sensibilité de ce qui avait été évoqué. (...) Je me suis inscrit dans le cadre de la mission qui avait été confiée au général Rondot par le ministère de la défense, sans rien ajouter à cette mission ; je n'ai pris aucune initiative spécifique ni ne disposais d'ailleurs d'aucun moyen pour ce faire au ministère des affaires étrangères."


Les "instructions" du chef de l'Etat sur cette affaire


Elles étaient évoquées par le général Rondot dans un courrier adressé à M. de Villepin le 12 janvier 2004, puis dans une note du même officier à Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense, le 19 octobre 2004. Le premier ministre les conteste.
"A aucun moment, je n'ai reçu d'instructions précises du président de la République dans ce dossier, je me suis référé à des orientations générales. (...)
Nous sommes dans une situation ubuesque, à la limite du ridicule, où il est fait mention d'un cadre secret qui aurait été fixé sur instructions du président de la République, alors qu'il fait l'objet de longs débats et de multiples échanges épistolaires entre le général Rondot et sa hiérarchie."


L'apparition du nom de Nicolas Sarkozy dans les listings falsifiés


En fait, il s'agit de la partie hongroise du patronyme du ministre de l'intérieur (Nagy-Bocsa) qui figure effectivement sur les listes falsifiées, et dont les notes du général Rondot semblent indiquer qu'il fut évoqué avec insistance au cours de la réunion du 9 janvier 2004.
"Le nom de M. Sarkozy n'a pas été cité à plusieurs reprises lors de cette réunion, et je rappelle que la fiche [de M. Rondot] que vous m'avez présentée n'est pas un compte rendu. La seule référence qui a été faite à M. Sarkozy a été en relation avec sa fonction de ministre de l'intérieur. Fallait-il ou pas, comme le suggérait Jean-Louis Gergorin, informer ce ministère ? J'ai pensé qu'à ce stade préliminaire, en l'absence de tout élément permettant de donner crédit aux informations qui avaient été fournies, il ne fallait pas sortir de la mission qui avait été confiée au général Rondot par le ministère de la défense. Le risque aurait été de nourrir des susceptibilités ou rivalités entre services et ministères. Par ailleurs, il était important, au vu de la sensibilité des informations, d'éviter toute fuite ; d'où pour moi l'importance de rester dans le cadre fixé. Toutes ces mentions qui se réfèrent au nom de M. Sarkozy (…) sont des notations disparates qui ne relèvent pas de la réunion du 9 janvier, d'autant moins que l'évocation d'un patronyme de la famille Sarkozy était à cette époque impossible. Je l'ai découvert [sur les documents] en même temps que les autres responsables gouvernementaux, au mois de juillet [2004]."

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