Villepin : " je tourne une page, je vais en écrire une autre "

Publié le par rezeid

Le premier ministre juge que la victoire "claire et nette" de Nicolas Sarkozy "lui donne une réelle liberté".

 
LE FIGARO._ Comment avez-vous accueilli l’élection de Nicolas Sarkozy ?
 
Dominique DE VILLEPIN._ Je m’en réjouis. C’est une belle victoire pour Nicolas Sarkozy et notre majorité. Il a mené une campagne d’initiative, qui s’est montrée payante. Notre famille politique trouve là la récompense des efforts des dernières années. Cette victoire est une vraie chance pour la France, d’autant que le président élu a exprimé une volonté de rassemblement et d’ouverture.
 
L’ouverture, jusqu’où ?
 
C’est au président de la République et à son futur premier ministre de l’apprécier. La très large victoire donne les coudées franches au nouveau Président pour pouvoir imprimer sa vision et faire avancer les idées qu’il a défendues pendant la campagne. Plus la dynamique de rassemblement sera large, plus la capacité à mettre en oeuvre cette vision existera. C’est l’occasion de faire bouger les lignes sur le plan politique. On voit bien qu’il y a une grande disponibilité d’écoute chez les syndicats et les différents responsables politiques. Sa victoire claire et nette lui donne une réelle liberté. Ses propositions ont été précises. La contrepartie de cette clarté, c’est la possibilité maintenant d’ouvrir les mains, de tendre les bras et d’appeler au rassemblement.
 
Vous n’avez pas ménagé vos critiques pendant cette campagne, que vous ne trouviez « pas au niveau »…
 
Cette campagne a été très longue. Il y a eu différents temps. Peu à peu elle a trouvé son rythme et les candidats ont pu aller jusqu’au bout des grandes questions pour proposer de vrais choix de société. Nicolas Sarkozy a su ménager l’équilibre entre la reconnaissance du travail accompli depuis des années et l’aspiration au changement et à la rénovation. Ce choix audacieux était le bon : c’est l’un des enseignements de ce scrutin.
 
Vous vous étiez opposé au ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale…
 
La question de l’immigration est au cœur des préoccupations des Français et il était normal que Nicolas Sarkozy apporte sa propre réponse. L’essentiel pour moi, et c’est ce que j’ai proposé quand j’étais ministre de l’Intérieur, c’est de regrouper les compétences et les responsabilités qui sont aujourd’hui éclatées entre plusieurs ministères. C’est comme cela que nous serons plus efficaces.
 
Sarkozy a-t-il accompli sa « métamorphose » de président, selon votre mot ?
 
J’ai été frappé lors de mes récents entretiens avec Nicolas Sarkozy, encore samedi dernier, par la sérénité et la conviction avec lesquelles il aborde cette responsabilité présidentielle. Cette métamorphose est essentielle pour la transformation d’un candidat en Président de la République. Je suis heureux que Nicolas Sarkozy ait affirmé aussi clairement sa volonté de devenir le Président de tous les Français.
 
Pourquoi Ségolène Royal a-t-elle perdu ?
 
Je pense qu’il serait déplacé de vouloir personnaliser cette défaite. La vérité c’est que les propositions du PS sont depuis des années en profond décalage avec la réalité vécue par les Français. Je l’ai vécu comme Premier ministre : jamais les socialistes n’ont été une véritable force de proposition, capable d’apporter des solutions concrètes aux problèmes des Français. Pour ma part, en arrivant à Matignon, je m’étais fixé deux objectifs : ne pas connaître un nouveau 21 avril et réconcilier les Français avec la politique. Je crois que ces objectifs ont été atteints.
 
Mais n’est ce pas Nicolas Sarkozy qui a atteint ces objectifs ?
 
Nicolas Sarkozy était le candidat de ma famille politique. Les résultats que mon gouvernement a obtenus ont permis de crédibiliser son projet. C’est la première fois qu’une majorité sortante se succède à elle-même depuis trente ans : j’y vois une preuve de maturité de notre démocratie. De la même façon, l’affaiblissement des extrêmes est une bonne nouvelle pour notre démocratie.
 
Que retiendra-t-on avant tout de ce quinquennat ?
 
On ne résume pas un quinquennat en quelques mots. Mais il y a bien eu deux temps dans l’action gouvernementale. Le premier temps, avec Jean-Pierre Raffarin, a été celui de la remise en ordre du modèle français : réforme des retraites, de l’assurance maladie et renforcement de la sécurité des Français. Le deuxième temps, avec mon gouvernement, a été celui de la modernisation de notre pays : adaptation du droit du travail, déblocage des freins à l’embauche, relance de la croissance, désendettement. J’ai aussi voulu sortir des limites du champ d’action politique traditionnel de la droite en m’attaquant à la lutte contre les discriminations, à la réforme de l’éducation prioritaire, au renforcement des liens entre l’université et l’emploi. Aujourd’hui nous avons réinvesti le champ social, humanitaire et culturel qui étaient auparavant l’apanage de la gauche.
 
Et Jacques Chirac ?
 
Par son impulsion et sa force de conviction, Jacques Chirac a permis à notre pays d’entrer de plain-pied dans le XXIème siècle. Il a réussi à maintenir, développer et moderniser le contrat social du pays tout en le modernisant. Sur le plan international, dans une période de dangers et de menaces, il a su garantir les intérêts supérieurs de la Nation, réformer les Armées, développer la crédibilité internationale de la France, affirmer, à travers notre engagement contre la guerre en Irak, notre vision d’un certain ordre mondial, notre refus d’une opposition manichéenne entre l’Orient et l’Occident.
 
Et que retiendra-t-on de votre bilan ?
 
Je suis un Premier ministre serein, qui a travaillé jusqu’au bout au service des Français. J’aurais voulu faire davantage mais j’ai fait tout mon possible, avec une équipe gouvernementale d’une qualité exceptionnelle à laquelle je tiens à rendre hommage. La bataille pour l’emploi qui était la bataille majeure du gouvernement a été gagnée : le taux de chômage a baissé de deux points en deux ans. Nous avons maintenant la possibilité de rejoindre le niveau des autres pays européens, d’autant plus que les perspectives en matière de croissance et de désendettement sont meilleures. Et c’est bien l’essentiel dans les années à venir pour notre pays : avec un chômage et une dette maîtrisés, avec une croissance forte, avec un système éducatif rénové, les Français retrouveront confiance dans l’avenir.
 
Quels sont vos projets ?
 
Je tourne une page. Je vais en écrire une autre. Fort des convictions qui sont les miennes, je continuerai mes combats, à ma place et là où je serai.
 
Vous pourriez poursuivre votre carrière dans le privé ?
 
Je n’ai aucun a priori. Je ne ferme la porte à rien. Mais ce n’est pas à Matignon, où le temps est entièrement consacré au service des Français, qu’on a le loisir de penser à son propre avenir. Je n’ai encore fait aucun choix. Vous savez, j’ai construit en quinze ans un parcours d’expérience. Je suis reconnaissant à la vie. Je dis merci au président de la République, je dis merci aux Français.
 
Quand vous êtes arrivé, vous espériez être candidat à l’Elysée ?
 
Comme Premier ministre, j’avais une mission et j’en connaissais les règles. Le chemin important que j’ai fait avec Nicolas Sarkozy nous a permis à l’un comme à l’autre d’avancer et d’évoluer. Le dialogue que nous avons entretenu nous a permis de rapprocher au fil du temps nos positions sur un certain nombre de grands sujets de politique intérieure ou étrangère.
 
Enviez-vous Nicolas Sarkozy ?
 
Je n’éprouve que de la reconnaissance et de la gratitude. J’avais une mission et je l’ai conduite jusqu’au bout. Nicolas Sarkozy de son côté s’est préparé depuis cinq ans au rendez-vous présidentiel. Nous avons chacun suivi un chemin différent.
 
Allez-vous publier un livre sur votre expérience à Matignon ?
 
J’ai tenu un journal qui parle de tout sauf de politique. Mais je souhaite publier avant les ouvrages sur Napoléon qui complètent les Cent jours. Ecrire est fondamental pour moi. Cela fait partie de ma respiration quotidienne. Le miracle de Matignon, c’est de rester vivant. L’écriture m’y a aidé.

Publié dans Divers

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dom 09/05/2007 17:07


Napoleon à dit : quand le peuple devient envieux
on ne le gouverne plus, on l'oppresse. Sarko aurait du méditer cette phrase avant de partir à malte. Plutot que de s'empanacher d'un boloré au sortir d'une election avantageuse ou le peuple est à cran,il aurait du s'envelopper d'une redingote grise... couleur du peuple. Mais n'est pas Napoleon qui veut.