Ces villepinistes qui veulent enfoncer un coin dans la majorité

Publié le par rezeid

Ils ne sont qu'une poignée mais ont parfaitement compris que les critiques sont toujours plus relayées lorsqu'elles émanent de la majorité. Plusieurs proches de Dominique de Villepin prennent l'exécutif pour cible.

« Le départ de M. Hortefeux est plus souhaitable que celui de Mme Amara. » L'auteur de ce voeu assassin, formulé hier sur France Inter, n'est pas membre du PS, ni même du Modem. Il a pour nom François Goulard, député UMP et ancien membre du gouvernement Villepin. Depuis septembre, lui et quelques autres, tous proches de l'ancien Premier ministre, multiplient les attaques contre Nicolas Sarkozy et le gouvernement, ciblant avec précision les sujets sensibles : des tests ADN à l'« ouverture », en passant par le manque de maîtrise des déficits publics et « l'absence de rupture dans la politique économique et sociale ».

Ils ne sont qu'une poignée mais ont parfaitement compris que les critiques sont toujours plus relayées lorsqu'elles émanent de la majorité. Ils justifient tous leur attitude par la « liberté » des parlementaires, élus du peuple, comme le président, soulignent-ils en substance. Et veulent croire qu'ils expriment « tout haut ce que beaucoup, à l'UMP, pensent tout bas ».

Leurs motivations sont diverses : question de principes, esprit de revanche, volonté d'exister et parfois un peu des trois. Leur modus operandi sont eux aussi différents. En « franc-tireur », François Goulard est celui qui, le plus calmement du monde assène les coups les plus rudes, jusqu'au coeur même du pouvoir : en jugeant hier que la commission d'enquête parlementaire sur la Libye « a tout à fait le droit d'entendre l'épouse du chef de l'Etat » et en suggérant, la veille, un « favoritisme d'Etat choquant » (l'Elysée s'est senti visé) au profit d'Arnaud Lagardère dans l'affaire EADS. Des attaques dignes d'un Dominique de Villepin ; et pourtant son ancien ministre « ne veut pas s'enfermer dans un club d'anciens combattants ». Question d'efficacité pour celui qui « espère » à terme élargir le front.

Une « ligne jaune »

Georges Tron et Hervé Mariton n'ont pas cette réserve-là : ils se concertent régulièrement, parfois avec Dominique de Villepin. Leurs attaques à eux sont spécialisées : au premier la dénonciation de l'« ouverture », au second les commentaires mordants sur les finances publiques. « Je suis libre mais pas irresponsable. Dans la majorité, il y a une ligne jaune à ne pas franchir », précise Hervé Mariton. Cette « ligne jaune », Jean-Pierre Grand l'a franchie aux yeux de la direction de l'UMP : le député de l'Hérault appelle à voter pour la candidate socialiste aux municipales à Montpellier. Les raisons sont avant tout locales, mais l'élu ne résiste pas au plaisir de justifier ses actes par... « l'ouverture » qui doit se pratiquer « dans les deux sens et pour tout le monde ». Son parti devrait le suspendre dans les jours prochains. Une mesure préférée à l'exclusion pour « ne pas en faire un martyr », dit un proche du chef de l'Etat.

L'Elysée ne peut plus se contenter d'ignorer les villepinistes : Jean-Pierre Grand et Georges Tron, passe encore ; connu et « habile », François Goulard irrite sérieusement ; « plus précautionneux », Hervé Mariton n'est pas considéré comme une cause perdue. Et puis, il y a une agréable surprise, un homme « d'avenir » : Bruno Le Maire, ancien directeur de cabinet de Dominique de Villepin, très discret depuis son élection dans l'Eure. « Je ne suis pas un homme d'étiquette, j'ai gagné mon autonomie et j'y tiens », explique ce dernier. S'il s'abstient de critiquer les villepinistes, le jeune élu, trente-huit ans, prend garde à ne pas heurter le chef de l'Etat, dont il salue d'ailleurs la politique économique et sociale. « Retenue » et « soutien » sont ses maîtres mots... sauf lorsqu'il s'agit de « cons- cience » : « Je doute fort de l'efficacité et de l'opportunité des tests ADN », a-t-il tenu à préciser hier.

ELSA FREYSSENET ET PIERRE-ALAIN FURBURY

Publié dans Divers

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article