Samedi 9 février 2008
« Clearstream : le mystère de la « branloire pérenne » de Villepin
 
Depuis des mois, les juges Jean-Marie d’Huy et Philippe Pons, de l’affaire Clearstream, s’acharnent à faire « parler » un mystérieux DVD crypté saisi en juillet 2007 au bureau de Dominique de Villepin, avenue Kléber à Paris. Ce disque leur avait expliqué Villepin, avait été remis par un inconnu à son assistante au Quai d’Orsay en mars 2004. « Je ne l’ai jamais ouvert » avait-il ajouté, un peu énervé, et « je ne sais pas ce qu’il contient ». […] Le disque était crypté à un niveau tel que même l’expert informatique Philippe Joliot - qui avait réussi à reconstituer les fichiers effacés de l’ordinateur d’Imad Lahoud - déclare forfait le 23 octobre. Pas découragés pour autant, les juges transmettent alors le DVD à l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale, réputé pour être le meilleur en France en la matière. Nouvel échec […] Les magistrats décident alors de saisir un troisième organisme qui dépend du ministère de la Défense. Mais, entre-temps d’Huy et Pons, déchainés, ont fait fouiller de fond en comble les scellés entreposés au greffe et découvert, dans le coffret d’un autre DVD, un autocollant sur lequel étaient tracés 17 caractère et chiffres ressemblant furieusement à un mot de passe. Bingo : le sésame marche et le DVD livre enfin ses secrets. Stupéfaction : il ne contient que des œuvres littéraires du ministre : « les cent jours », le « cri de la gargouille », « Eloge des voleurs de feu », etc sans compter quelques morceaux de choix dont un intitulé « La branloire pérenne », d’après un texte de Montaigne » […] "
  
Voilà, c’est probablement pour faire référence à ce misérable épisode que Dominique de Villepin a dit à plusieurs reprises lors de ses dernières interventions médias, que lorsqu’une rumeur était à  l'œuvre elle s’étalait en première page des journaux, mais lorsque la vérité apparaissait, elle n’avait alors droit qu’à une petite ligne à la fin de ces même journaux.
 
Le DVD crypté était vraisemblabement l’empreinte numérique du dépôt que les écrivains effectuent habituellement pour protéger leurs œuvres auprès d’organismes équivalents à l’INPI, mais pour les œuvres littéraires, et ce, avant que leurs textes soient définitivement protégés par le biais d’une publication officielle qui leur en attribue de ce fait la paternité.
 
Il est consternant que ces juges aient dépensé autant de temps et d’argent du contribuable pour tenter d’accréditer une thèse dont ils s’étaient dès le début convaincus eux-mêmes, alors que les juges se doivent de ne jamais avoir aucun parti pris. 

Dominique de Villepin est innocent. Les Villepinistes n’ont jamais douté de ce grand homme d’Etat. Reste donc à trouver la réponse aux questions suivantes que Dominique de Villepin pose régulièrement : « qui a falsifié les listings et qui avait intérêt à le faire ? » Ce que nous pourrions traduire par : « qui a profité du fait que j’ai été, à tort, impliqué dans cette affaire ? ». Les Français pourraient aussi rajouter la question suivante:  "où est passé l'argent des rétrocommissions ?"
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Lundi 4 février 2008
L'ancien Premier ministre Dominique de Villepin a jugé lundi que, depuis l'élection de Nicolas Sarkozy, la présidence "a perdu en concentration sur l'essentiel, c'est-à-dire le service de la France et le service des Français", et que la présence médiatique des conseillers du chef de l'Etat était "un problème". "Je crois qu'elle a perdu en concentration sur l'essentiel, c'est-à-dire le service de la France et le service des Français et qu'il faut revenir à cet essentiel", a déclaré l'ancien chef du gouvernement lors de l'émission "Le Franc-Parler" sur France-Inter et itélé. "Je pense qu'il est bon que la France mette ce qu'elle a toujours été, c'est-à-dire une ambition, au-delà de tout. Les hommes passent, la France reste". Interrogé sur la "peoplisation" de la vie politique, Dominique de Villepin s'est prononcé "pour moins de personnalisation, davantage de défense du bien public, davantage de défense des intérêts de la France, davantage de défense des projets et de la vision de la France" Il a également estimé que la prise de parole fréquente des conseillers de Nicolas Sarkozy était "un problème". "Dans la Constitution de la Ve République, c'est vrai que les conseillers n'ont pas vocation à s'exprimer publiquement. Nous avons là un changement par rapport à cette conception traditionnelle de la Ve", a-t-il expliqué. "C'est un changement, à mon avis, qui est source de dérives". Selon lui, que la présence médiatique des conseillers "soit l'expression de différences, et donc, que cela conduise à des arbitrages et que cela puisse placer le président de la République ou tel et tel responsable politique dans une situation difficile" constitue "un problème". "Nous sommes évidemment devant un problème. Il appartient au président de la République de trancher cette question", a-t-il jugé.
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Lundi 28 janvier 2008

Retrouvez l'intégralité de l'entretien accordé par le juge suisse Bernard Bertossa au journal le Monde: 

http://www.lemonde.fr/societe/article/2008/01/26/justice-contre-corruption-la-lutte-continue_1004002_3224.html


On y trouve ce qui suit:

"Même chez eux, les juges sont parfois entravés dans leurs actions. Le Français Renaud Van Ruymbeke, l'un des signataires de l'Appel de Genève, est sous le coup d'une procédure disciplinaire du Conseil supérieur de la magistrature, à propos de son attitude dans l'affaire des faux listings Clearstream. Qu'en pensez-vous ?

Je connais bien M. Van Ruymbeke. C'est un parfait honnête homme. Dans le cadre de son enquête sur les frégates de Taïwan, il a eu recours à une pratique admise en droit français (rencontrer un témoin hors procédure pour protéger son anonymat). J'ai du mal à comprendre qu'on puisse lui en faire grief.

 

Il est incroyable que la justice française mette autant de moyens pour enquêter sur une fausse liste de titulaires de comptes bancaires. C'est un fait divers qui relève de la diffamation devant un tribunal de police. Faire travailler à plein temps deux juges d'instruction, comme s'ils n'avaient rien d'autre à faire, et créer ainsi une ambiance détestable au sein du pôle financier, me paraît scandaleux. C'est un choix de politique criminelle douteux et cela ressemble à un écran de fumée.

 

En France, l'affaire des frégates de Taïwan - également instruite en Suisse - a en effet été classée, M. Van Ruymbeke se heurtant au secret-défense...

Cela montre que les priorités en matière de lutte contre la délinquance économique ne sont pas bien ciblées. Invoquer le secret-défense me semble injustifié et injustifiable. Ou alors c'est l'aveu qu'il n'y a pas de ventes d'armes sans corruption. Ou que la France considère que le commerce l'emporte sur le respect du code pénal. Il faudrait que le Parlement ait le courage de dire : la corruption est un crime, mais pas en matière de ventes d'armes !"

 
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Vendredi 25 janvier 2008
Le 19 mars 2008, la SVV Pierre Bergé & associés dispersera à Drouot la collection de livres et de manuscrits sur Napoléon Ier et l’Empire réunie depuis plus de trente ans par Dominique de Villepin.

En introduction à son ouvrage sur les Cent-Jours, Dominique de Villepin confesse : « Voilà bien des années que je poursuis les traces de l’aventure napoléonienne. A la course de l’enfant fasciné par l’illustre bicorne se sont ajoutés plus tard le sel des histoires vécues, l’interrogation sur le destin d’un homme, sur l’étrange alchimie de l’histoire et du mythe, sur les chemins et détours de la mémoire. » Car Dominique de Villepin n’a jamais dissocié politique et littérature : parallèlement à sa carrière au service de l’Etat, il a publié des essais remarqués. Sa saga impériale est en voie d’achèvement : après Les Cent-Jours ou l’Esprit de sacrifi ce en 2001 (Grand prix de la Fondation Napoléon et prix des Ambassadeurs) et Le Soleil noir de la puissance (2007), La Chute ou l’Empire impossible verra le jour dans le courant de l’année 2008.


Bibliothèque de lecture avant tout, la collection de Dominique de Villepin est aussi celle d’un bibliophile privilégiant les premières éditions, les tirages sur grand papier et les provenances. Elle témoigne d’un goût marqué pour les exemplaires de choix, le plus souvent en reliure du temps. Les exemplaires brochés, en condition originelle, ont été soigneusement protégés dans des emboîtages en demi-maroquin.


Outre les livres imprimés, Dominique de Villepin a rassemblé des pièces autographes, comme pour rendre plus sensible la présence de l’Empereur et des contemporains de marque : lettres signées de la griffe impériale, correspondances de ministres ou de maréchaux, etc. Parmi les pièces les plus singulières, on relève des lettres de l’Empereur à Cambacérès, Drouot et Eugène de Beauharnais, ainsi que de belles lettres de Lucien Bonaparte, Chateaubriand, Murat, Talleyrand…


Passionné par cet « âge de feu où politique et littérature ne faisaient qu’un », selon sa propre formule, Dominique de Villepin a voulu joindre aux écrits politiques et aux mémoires des principaux protagonistes, des oeuvres littéraires marquantes du temps : les romans Directoire de Fiévée – La Dot de Suzette ou Frédéric –, les livres de Mme de Staël – dont un exemplaire de De l’infl uence des passions annoté par Roederer –, la véritable édition originale d’Adolphe de Benjamin Constant imprimée à Londres en 1816, Le Génie du christianisme de Chateaubriand et jusqu’aux Mémoires d’outre-tombe, parus longtemps après la disparition de l’Empereur mais dont ils façonnèrent la légende.

 

Cette collection présente une réelle unité intellectuelle. Elle rassemble, d’une façon volontairement sélective, tous les grands textes qui ont marqué les contemporains et la postérité. Elle refl ète en cela la singularité d’un itinéraire où l’action publique se nourrit d’une réfl exion permanente sur l’histoire et la mémoire.

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Dimanche 20 janvier 2008

Par Marie-Laure DELORME
Le Journal du Dimanche

>> Une fois n'est pas coutume, ce n'est pas d'animal politique qu'il s'agit, ni d'homme embourbé dans les méandres politico-judiciaires. Dominique de Villepin, ex-Premier ministre et nouvel avocat du barreau de Paris, se distingue par un nouvel écrit, Hôtel de l'insomnie. Une oeuvre réussie, où transparaît son goût du romantisme, incarné dans les poètes dont il se fait le laudateur.

Les tempêtes. Ceux qui ne l'aiment pas affirment qu'il les provoque; ceux qui l'aiment soulignent qu'il les affronte. On s'accordera à dire qu'il n'observe pas la grêle dévaster des champs de vie entière derrière une fenêtre à double vitrage. Dominique de Villepin, Premier ministre de la France de 2005 à 2007, ne sait pas vivre les bras croisés. Il est ainsi fait. Orgueilleux, singulier, excessif, tourmenté. La victoire l'exalte (comme tout le monde); la défaite l'exhorte (comme personne). C'est sa faille et sa force. Un goût du romantisme hors cadre. On sent bien qu'il accepterait d'être mis à terre mais uniquement par un désastre tombé du ciel. Il est entré dans le monde politique, certain de tutoyer grands hommes et hauts faits. Il a découvert avec fracas, à force de croiser valets et pantins dans les allées du pouvoir, que les êtres de chair et de sang se rencontraient avant tout en littérature. Il revient donc, aujourd'hui, avec Hôtel de l'insomnie. On n'y trouve aucun propos sur ses désastres (la dissolution de l'assemblée nationale en 1997), ses réussites (la baisse du chômage), ses échecs (la crise du CPE), ses gloires (le discours antiguerre à l'ONU en 2003), ses orages (l'affaire Clearstream). Mais, en même temps, tout est là. L'auteur du Soleil noir de la puissance (Perrin, 2007) y parle, à travers Borges, Bataille, Baudelaire, Pascal, Césaire, Kafka et beaucoup d'autres, de la littérature comme d'une poigne intérieure.

"Pour rester vivant, il faut se transformer"

Dominique de Villepin, assis dans son bureau du Centre de conférences internationales, converse avec les mains. Comme tous ceux dont une courtoisie d'adulte peine à éteindre une colère d'adolescent. Il évoque son lien fou et fort avec la littérature. "Je ne mets pas la beauté et le talent sur une étagère. Les grands auteurs sont au rendez-vous des moments importants de notre vie. J'ai écrit Hôtel de l'insomnie durant ma deuxième année d'exercice à Matignon, en début de nuit. C'est une année de questionnement. J'ai voulu établir une continuité humaine avec mon action d'homme politique. C'est-à-dire rester sur un travail de conscience. Je serais incapable d'écrire un livre d'anecdotes politiques pour distribuer les bons et les mauvais points. Je ne l'ai jamais fait; je ne le ferai jamais. Ce n'est pas mon rapport à la littérature. Hôtel de l'insomnie est un livre de nécessité. J'avais besoin de l'écrire pour être capable d'aller au jour suivant."

Hôtel de l'insomnie, bien loin du trop pompeux et trop fougueux Eloge des voleurs de feu (Gallimard, 2003), se révèle une réussite. Dominique de Villepin y raconte, à voix haussée et à voix cassée, des vies et des oeuvres d'écrivains soudées par le courage. Comment affronter la peur de soi et des autres dans un monde déchiré? Chacun des auteurs choisis aide à rester à vif. "Il faut être une conscience qui réfléchit et qui agit. Ne pas s'installer. Etre dans la prise de risque. Savoir dépasser les frontières dans lesquelles on est enfermés. Pour rester vivant, il faut se transformer. Je veux montrer, dans mes livres, comment un homme arrive à changer et comment, quand il ne peut plus changer, il dépérit. Le mauvais sort peut parfois être une bonne chose. Les épreuves permettent d'aller au bout de soi-même."

"La poésie est une manière de se désinstaller"

On croise sans surprise, dans Hôtel de l'insomnie, Rimbaud, Darwich, Artaud, Char. Les plus belles pages sont celles consacrées à Fernando Pessoa. L'auteur du Livre de l'intranquillité, aux multiples noms d'emprunt, incarnation de la "grandeur obscure". Dominique de Villepin, homme aux visages contrastés, complexes, contrariés, contradictoires, saisit avec fulgurance ce que c'est que d'avoir plusieurs personnalités en une seule. Une paix intérieure toujours au bord de la guerre extérieure. L'amour de la littérature aide à être mais pas forcément à faire.

Bruno Le Maire, ancien directeur de cabinet de Dominique de Villepin, raconte les années Matignon 2005-2007 dans Des hommes d'Etat (Grasset, 2008). Il y a cette scène où Nicolas Sarkozy (trop de son temps) somme, sur le mode humoristique, Dominique de Villepin (pas assez de son temps) de choisir entre la poésie et la politique. Ça sera la poésie parce que la beauté peut être l'affaire d'une vie entière. Dominique de Villepin nie, bien sûr, avoir à choisir entre les deux. "Je ne vis pas dans la nostalgie d'un ailleurs. Je veux vivre mon siècle et mon pays. La poésie est une manière de se désinstaller. Comment éviter, lorsque l'on est au pouvoir, d'être son propre objet d'ambition? La politique est pleine de miroirs. On devient vite prisonnier du regard des autres avec le risque de ne plus s'appartenir. Il faut se ressourcer. Etablir une pudeur, un silence, un mystère. On se retrouve sinon coupé de sa réalité: on n'est plus qu'un reflet."

Hôtel de l'insomnie ne contient aucun règlement de comptes. C'est presque pire. Le livre tout entier, par les auteurs vénérés, définit une conduite de vie. "J'ai été marqué, dès la cour de récréation, par tout ce qui touche à l'ironie et à la dérision. Je suis porté par le partage. J'ai choisi, dans Hôtel de l'insomnie, des êtres rugueux, ancrés dans la réalité, courageux, qui ne jouent pas avec les idées et les mots. Des êtres qui paient comptant."

"Je ne m'aime pas, je me suis assumé"

Dominique de Villepin y cite le télégramme de l'explorateur Jean Charcot envoyé à l'Académie des sciences: "Avions rêvé davantage. Avons fait du mieux possible." Hôtel de l'insomnie n'est pas un adieu à la politique. "On peut vivre de mille regrets. Mais j'ai poussé à l'extrême ce que je pouvais donner, j'ai eu la conscience tragique de l'action que je menais. La politique a des travers. Car parfois, pour atteindre un but, il faut prendre des chemins détournés." Dominique de Villepin, qui vient de prêter serment pour devenir avocat, se retrouve à un tournant de sa vie. Mais il donne l'impression de s'aimer beaucoup trop pour ne pas penser que seuls les autres ont tort. "Je ne m'aime pas. Je me suis construit à partir d'épreuves et de déchirures. Je me suis assumé, dès enfant, dans ma différence. On n'est pas tous pareils. Je peux paraître hautain parce que je ne me donne pas d'emblée. Mais, pour employer un mot que je déteste, je ne deale jamais. Je mets du poids dans ce que je fais."

On n'entend pas tout et le contraire de tout sur lui. Il se lie et se délie dans l'éclat. De la meilleure amie (la réalisatrice Danièle Thompson) au meilleur ennemi (le journaliste Franz-Olivier Giesbert). On dit Dominique de Villepin fidèle et rancunier. "Mes rancunes ne bronchent pas. Mais comment est-ce qu'on réinvente une relation avec quelqu'un, quand on a le sentiment d'avoir été trahi? C'est difficile mais pas impossible."

Hôtel de l'insomnie est écrit pour éloigner rancunes et amertumes. Dire son admiration (René Char); faire partager (Paul Celan). Dominique de Villepin jure ne pas (ne plus) avoir besoin de reconnaissance. "C'est un des fossés entre Nicolas Sarkozy et moi. Je lui ai dit, dès le premier jour, que je ne serai pas candidat. Il ne m'a pas cru. Il n'a jamais voulu comprendre que je ne voulais rien." Dominique de Villepin assure que l'on peut vivre une vie d'homme sans aucune gloire. "La discrétion est une qualité essentielle. Je regrette de ne pas avoir été plus discret par le passé." On ne sait s'il dit faux, s'il dit vrai, s'il a changé, s'il a encore changé. Il a découvert de nombreuses fois de petites plaquettes de poètes inconnus aux mots bouleversants. Il a vu de nombreuses fois des plaques de résistants morts pour la France dont on ne sait plus rien aujourd'hui. On passe sa vie sans laisser de trace et ça n'a aucune importance. Ça ne se joue pas comme ça. Dominique de Villepin dit que les raz de marée assumés et regardés bouleversent en profondeur un homme. On rencontre d'autres gens; on entend d'autres voix; on voit d'autres paysages. Car c'est uniquement ça qu'il ne faut pas: que la vie passe sans laisser de trace.

Hôtel de l'insomnie, de Dominique de Villepin. Plon. 200 pages, 19 euros (en vente le 30 janvier).
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Dimanche 20 janvier 2008

A la suite de notre article "Villepin avocat : parjure ou privilégié ?", paru le 10 janvier, Christian Charrière-Bournazel, Bâtonnier de Paris, nous fait parvenir, jeudi 17 janvier, ce droit de réponse.

Dans la rubrique Info Obs, sous la signature de Monsieur Airy Routier, vous avez publié le 13 janvier 2008 un article intitulé Villepin avocat : parjure ou privilégié ?

Dans cet article, l’auteur rappelle que dans la demande d’inscription signée par Monsieur de Villepin, figurerait une déclaration indiquant qu’il n’est notamment pas mis en examen.

Cette information est inexacte. Le formulaire d’inscription pré-imprimé prévoit en effet que si l’impétrant n’est pas en mesure de le signer, il doit expliquer au rapporteur la réalité de sa situation ce qui a été fait.

Le rapport présenté au Conseil de l’Ordre a fait état de la mise en examen de Monsieur de Villepin qui, par ailleurs, est de notoriété publique. La décision qui a été prise par le Conseil de l’Ordre l’a été en connaissance de cause et ne constitue pas une dérogation ou un privilège. Le Conseil de l’Ordre respecte la présomption d’innocence et apprécie souverainement les conditions tenant à la moralité du candidat à l’inscription.

Christian Charrière-Bournazel
Bâtonnier
Ordre des Avocats à la Cour de Paris
Source: nouvelobs
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Dimanche 13 janvier 2008

Par Jules Gheude, essayiste politique belge, auteur de « L’incurable mal belge, sous le scalpel de François Perin » (Editions Mols)

 

 

Monsieur le Premier ministre,

 

 

J’ai lu, avec le plus grand intérêt, l’interview que vous avez accordée au journal « Le Soir », ce 11 janvier, et dans laquelle vous en appelez au sursaut politique pour sauver la Belgique, déclarant notamment : J’ai trop de respect pour votre pays pour penser qu’on puisse, d’un trait de plume, rayer l’identité belge. (…) L’histoire nous enseigne que l’Etat-nation est une réalité profonde. Mais nos Etats doivent s’inscrire dans des ensembles plus larges - et cela, c’est l’histoire de l’Europe.

 

 

A un journaliste qui lui demandait, en 1978, s’il aimait la Belgique, François Perin répondit : Je n’aime pas les Etats, ce sont des monstres nés de la violence. Dans « L’Œuvre au noir », Marguerite Yourcenar a cette magnifique formule : Les princes s’arrachent les pays comme des ivrognes à la taverne se disputent les plats.

 

 

Il est un fait incontestable qu’en France, qui s’est constituée en plus de mille ans par la volonté politique, tant à travers de vives turbulences qu’avec l’assentiment pacifique des populations concernées, Nation et Etat coïncident. La République française étant animée par un esprit national commun - le fameux plébiscite de tous les jours, dont parlait Ernest Renan -, son opinion est donc tentée de considérer l’Etat-Nation comme un phénomène universel.

 

 

La Chine ou le Russie se pensent comme de grands Etats. La France n’a aucune envie de se diviser, l’Allemagne n’a aucune envie de se fragmenter, dites-vous. Vous avez mille fois raison.

 

 

Mais contrairement à la France , à l’Allemagne,  aux Pays-Bas ou à l’Italie, la Belgique ne s’est pas faite d’elle-même. Pour reprendre votre propre expression, elle résulte d’un trait de plume, diplomatique. L’admirateur de Napoléon que vous êtes le sait d’ailleurs mieux que quiconque. La méfiance britannique envers la France était encore si vive quinze ans après Waterloo, qu’il fallut se résoudre à accorder à Palmerston ce territoire-tampon qu’il s’obstinait à réclamer. Talleyrand ne croyait d’ailleurs pas aux chances de viabilité de cette construction bâtie sur le hasard. Ne confiait-il pas en 1832 à la princesse de Lieven, femme de l’ambassadeur de Russie à Londres : Les Belges ?... Ils ne dureront pas. Tenez, ce n’est pas une nation, deux cents protocoles n’en feront jamais une nation, cette Belgique ne sera jamais un pays, cela ne peut tenir.

 

 

On préfère généralement le jugement simple de valeur à la connaissance réelle d’une évolution historique complexe. Aussi le citoyen français a-t-il tendance à réagir avec surprise, voire désapprobation, face au spectacle de la désagrégation  que lui offre aujourd’hui la Belgique. Telle est également votre attitude, en parlant de l’identité belge. Puisqu’il y a un Etat belge, il va nécessairement de soi qu’il y a une Nation belge. La réalité est toutefois bien différente.

 

 

Pour comprendre ce pays, il faut y avoir vécu trois siècles. La phrase est de Mark Eyskens, ancien Premier ministre belge, démocrate-chrétien flamand.

 

 

Faisons, si vous le permettez, un recul dans le temps, plus précisément au 16ème siècle. A cette époque, la population flamande est répartie en comté de Flandre et duché de Brabant, l’un et l’autre sous la couronne lointaine de Philippe II, roi d’Espagne.

 

 

Celui-ci entend bien ramener dans le giron de l’Eglise catholique ses territoires « d’en haut » (non seulement la Flandre et le Brabant, mais aussi la Zélande, la Hollande, …), largement acquis à la réforme calviniste et qui se sont soulevés contre son autorité. La répression sera cruelle. Siège des Etats généraux des révoltés, Anvers tombera en 1582. Ruiné par le désastre de l’Invincible Armada, expédition dirigée en 1588 contre Elisabeth Ier d’Angleterre, Philippe II doit renoncer à la reconquête de ses provinces au nord d’Anvers, lesquelles s’érigent en « Provinces-Unies », préfiguration des Pays-Bas actuels.

 

 

Les persécutions religieuses auront donc arrachés les Flamands à leur destin - Anvers aurait pu être la capitale des Pays-Bas. Tandis que la langue néerlandaise va pouvoir s’épanouir dans les « Provinces-Unies » indépendantes, grâce à la traduction de la Bible, la Flandre, poursuivie par la redoutable Inquisition , se morcelle en patois locaux.

 

 

Venons-en à présent à 1830, date de la création du Royaume indépendant de Belgique, dont le régime parlementaire, tout au long du 19ème siècle, sera l’œuvre d’une bourgeoisie exclusivement de langue française, tant au Nord qu’au Sud. L’Histoire, décidément, semble s’acharner contre le « Vlaamse mens » (l’être flamand), toujours réduit à l’état d’infériorité culturelle et sociale. Bien ficelé le scénario belge ? Voyons plutôt ce que publie le « Nederlands Kunstverbond » (Association culturelle néerlandaise) d’Anvers à l’occasion du 25ème anniversaire du Royaume :

 

 

Flamands,

 

 

(…) Depuis vingt-cinq ans, vous êtes méconnus, opprimés et humiliés. (…) Depuis vingt-cinq ans, sous l’influence française toujours grandissante, le gouvernement a tout mis en œuvre pour étouffer la seule chose qui vous restait en tant que Néerlandais : votre langue, la patrie de l’âme. Depuis vingt-cinq ans, vous êtes des étrangers sur votre propre sol. (...) Depuis vingt-cinq ans, le Wallon est l’enfant chéri et privilégié du gouvernement ; le Flamand, lui, est rejeté et méconnu.

 

 

1879. Le vent tourne en France. Aux efforts déployés par la dévote Eugénie de Montijo pour amener son époux, Napoléon III, à défendre la cause catholique à travers le monde, succède la graine de la laïcisation que Jules Ferry vient de planter. En Flandre, les « petits vicaires » s’agitent, bien décidés à tout entreprendre pour que la langue française - ce véhicule de la déchristianisation et de l’incroyance - ne vienne  contaminer la foi de leurs ouailles. A cette époque où les partis et les syndicats ne connaissent pas encore de structures bien établies, il ne faut surtout pas mésestimer le rôle socio-culturel joué par les paroisses. Et c’est ainsi que, lentement, le flamand va quitter sa coquille dialectale pour s’élever au niveau du « beschaafd nederlands » (le néerlandais pur et châtié).

 

 

Grâce aux efforts d’un Mouvement flamand de plus en plus structuré, la Flandre va acquérir peu à peu ses lettres de noblesse sur l’échiquier politique. Dans sa fameuse « Lettre au Roi » de 1912, Jules Destrée peut ainsi écrire : (…) Au lendemain de 1830, l’équilibre fut rompu au détriment des Flamands. (…) Je n’ai ni le loisir ni l’intention de faire l’historique de ce mouvement flamand. Il me suffit d’en voir noté les raisons et reconnu le caractère légitime. (…) Successivement, les Flamands virent ainsi faire droit à leurs protestations ; moi-même, à certains jours, je fus parmi les artisans de cette justice. A l’heure présente, le mouvement, enivré de ses succès et de sa force populaire, a atteint son but. Il le dépasse. Il menace la Wallonie. (…) Le Flamand ne recule jamais. Il a la douce obstination têtue du fanatisme.

 

 

La Flandre , en effet, ne recula pas. Avec la flamandisation de l’Université de Gand, en 1930, et la législation linguistique de 1932, elle atteindra deux de ses buts prioritaires. Mais il lui reste encore bien des jalons à poser sur la voie de l’affranchissement et de l’autonomie. Elle pourra compter pour cela sur le sentiment très fort d’appartenance collective qui habite chacun de ses fils et chacune de ses filles, et qui transcende les frontières des partis politiques.

 

 

On ne peut évidemment pas aborder l’histoire du Mouvement flamand sans évoquer l’orientation collaborationniste durant les deux grands conflits  mondiaux. Le nombre de tentatives parlementaires qui furent faites ensuite pour obtenir l’amnistie, indique à quel point la Flandre ressentit comme une frustration extrême la répression qui frappa ceux et celles qui avaient soutenu l’occupant germanique dans l’espoir de voir leur région accéder plus rapidement à l’indépendance.

 

 

Fixation définitive de la frontière linguistique en 1962 - négation même de l’unitarisme - , expulsion des Wallons de l’Université de Louvain en 1968, autonomie culturelle en 1970, décret dit « de septembre » voté par le conseil culturel néerlandophone en 1973 et imposant l’usage exclusif du néerlandais dans les entreprises sises en Flandre, adoption des « matières personnalisables » en 1980 permettant d’encadrer les Flamands de Bruxelles du berceau à la tombe : il ne manque plus aujourd’hui que la scission de l’arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde pour que l’homogénéité linguistique flamande soit parfaite.

 

 

En 1973, Manu Ruys, l’ancien éditorialiste influent du journal  « De Standaard », sous-titrait son ouvrage « Les Flamands » : Un peuple en mouvement, une nation en devenir.

 

 

Voilà bien où se situe l’explication de l’impasse politique dans laquelle se trouve la Belgique aujourd’hui. La Flandre s’est bel et bien érigée en Nation, avec tous les ingrédients classiques : un peuple, un territoire, une langue. Or, il n’y a pas place, dans ce petit royaume, pour deux nations : la belge (mais a-t-elle vraiment jamais existé en dehors du mythe d’Albert Ier, le Roi Chevalier ?) et la flamande.

 

 

L’Etat belge est donc irrémédiablement condamné et toute tentative visant à approfondir la réforme de ses institutions ne peut se solder que par un échec.

 

 

Dans une récente « carte blanche » parue dans « Le Soir » et intitulée « Le choix de la France  », Willy Burgeon, président honoraire du Parlement wallon, écrit : La séparation est inscrite dans le ciel et la foudre va nous tomber dessus alors que nous n’avons même pas installé le paratonnerre.

 

 

Monsieur le Premier ministre,

 

 

Vous vous posez la question de savoir quelle serait la place d’un éventuel Etat Flamand. Je ne me fais aucun souci à cet égard. Un ambassadeur honoraire de France m’a un jour confié que si la Flandre devait s’ériger en Etat propre, la France serait le premier pays à la reconnaître sur le plan diplomatique. Mais mon inquiétude est vive quant au devenir de la Wallonie. Si les signes d’un redressement commencent  à apparaître, la région est encore loin de disposer des paramètres économiques qui lui permettraient de voler de ses propres ailes. Voilà pourquoi, et contrairement à vous, j’estime que la solution de la réunion à la France n’est nullement chimérique. Même langue, même culture, mêmes principes démocratiques : ne sommes-nous pas, après tout, des Français que les hasards de l’Histoire ont contraints d’évoluer en dehors de l’Hexagone ?

 

 

Au professeur Robert Liénard, doyen de l’Université de Louvain, qui était allé le rencontrer à la fin des années soixante, le général de Gaulle avait d’ailleurs déclaré : J’ai la conviction que seule leur prise en charge par un pays comme la France peut assurer l’avenir à vos trois à quatre millions de Wallons. (1)

 

 

En septembre dernier, le très sérieux magazine « The Economist » constatait que la Belgique avait accompli sa besogne (the job is done) et qu’elle n’était plus nécessaire. Et d’ajouter : Les bonnes choses qui en sont issues pourront toujours émerger de deux ou trois territoires plus petits. Voire d’une France et de Pays-Bas élargis. On ne peut mieux dire !

 

 

Croyez, Monsieur le Premier ministre, en mes sentiments respectueux.

 

 

(1) Dans un courrier adressé, le 18 novembre 1986 à Lucien Outers, alors Délégué général de la Communauté française de Belgique à Paris, l’ancien ministre Alain Peyrefitte avait authentifié ces propos : La déclaration du général de Gaulle au doyen de Louvain ressemble à peu près textuellement à des entretiens que j’avais eus avec lui sur ce sujet.

 

par rezeid publié dans : Divers
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