Dominique de Villepin, Président de la République... des lettres

Publié le par rezeid

Par Nicolas Domenach, directeur adjoint de la rédaction de Marianne.



Voici un poste que tous les hommes politiques, que tous les chefs d'Etat ont rêvé d'occuper : Président de la République… des lettres. Etre un écrivain reconnu qui poursuit, prolonge, transcende au fil de sa plume le grand roman national. La France est une question de style ! De Gaulle, Pompidou, Giscard, Mitterrand en ont rêvé, versifiant, romançant ou s'essayant aux genres plus sérieux de l'essai justement ou de la biographie. Ce rêve, Dominique de Villepin va le réaliser, maintenant qu'il est rendu à sa liberté. Puisque le destin ne veut pas de lui comme Président de la République, puisque le monde entier ne saurait lui suffire, même s'il est prêt à se dévouer pour ramener demain la paix en Irak et repenser avec Bill Clinton l'avenir des relations internationales, puisque aussi le combat politique français est devenu par trop médiocre, le Premier ministre en sursis travaille dès aujourd'hui à son boulot de dans deux mois : écrivain, mieux encore, Président de la République des lettres, République qui est à notre monde politique ce que l'Olympe est à la terre.

Ecrivain, il l'était déjà ; il l'a toujours été. Sur sa biographie, cette profession figure toujours avant celle de diplomate ou de politique. Ce prolifique plumitif s'enorgueillit d'avoir publié des recueils de poésie ainsi qu'un essai historique sur Napoléon et des ouvrages de réflexion pour l'action. Alors, le Salon du livre était son salon. Chirac a l'agriculture, Villepin la culture.

Il fallait le voir hier, porte de Versailles, souriant, épanoui, enjoué, saluant les éditeurs et les écrivains qu'il connaissait tous. L'auteur était chez lui et comme en campagne, n'oubliant pas de féliciter la star de l'édition comme le plus obscur artisan, les louant tous pour « leur courage, leur liberté, leur indépendance ».

On était loin du Premier ministre crispé, du hussard sur le moi, hier désarçonné par les manifestations de jeunes contre le CPE, puis par l'implacable cynisme politicien de Nicolas Sarkozy. Le lettré Villepin était comme un poisson-chat dans l'eau vive des courants littéraires. Il frétillait et se jouait de tous les pièges, saisissant lui-même « un guide pour réussir ses changements professionnels », emplissant des sacs à dos entiers d'ouvrages prometteurs comme « le secret de l'Epouvanteur », « l'Eternité de l'Instant », « Dieu n'a pas réponse à tout » ou même des guides de l'Inde qu'il connaît pourtant par cœur.

Villepin a bien sûr fait semblant de ne pas voir des livres aussi triviaux que les innombrables biographies de Sarkozy ou ces best-sellers qu'il déteste, tel La tragédie du Président de Franz Olivier Giesbert. Il préférait feuilleter avec vénération les ouvrages d'art, ou rêver devant des romans. Il s'engageait même à donner un coup de main au sens littéral du terme à la littérature romantique puisqu'elle ne marchait pas très bien paraît-il. Et l'on apprenait, mais on le savait déjà un peu, qu'il écrivait et écrivait encore, qu'il écrivait toujours !

Même en Conseil des ministres, on le voit raturer, gratter, affronter ce qui constitue ses véritables épreuves, les manuscrits qu'il publiera. Le chef du gouvernement en a plusieurs sur le feu, notamment des recueils de poésie, une suite historique aux Cent jours, Napoléon à Sainte-Hélène que son éditeur Perrin attend avec impatience, car cet auteur-là, dans ce genre-ci, vend beaucoup. Mais l'écrivain politique devrait aussi accoucher d'un essai dans le droit fil des précédents (le Requin et la mouette, le Cri de la gargouille). J'ai proposé à ce napoléonien, né trop tard dans un monde trop vieux, ce titre pour son prochain ouvrage : « La gargouille meurt mais ne se rend pas ». Villepin a souri, mais il m'a dit préférer nettement quelque chose de plus sobre, enfin manière de parler : « Je pense plutôt à quelque chose comme Le Phénix ».

Le Phénix : voilà, c'est tout un programme politique. Le phénix Villepin compte bien renaître de ses cendres. Certainement pas en participant à des meetings avec Nicolas Sarkozy, encore moins en allant se faire élire dans quelque circonscription électorale de basse province, en dépit de ce que souhaitaient nombre de ses proches. Non, cet aventurier scriptural veut aller jusqu'au bout de son parcours singulier, et assumer ce qui lui paraît essentiel pour un homme politique, sa part de solitude que l'écriture lui permet d'approfondir et de sublimer. Ainsi Villepin pourra-t-il dépasser cette tragédie intime et publique dont personne n'a l'air de se rendre compte : la France d'aujourd'hui ne veut pas de lui ! Dans l'indifférence, elle tourne la page de son vivant ! Là est le drame, son drame, dans toute son infinie cruauté.

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vincent75 28/03/2007 23:17

Vidéo sur http://l-ile-de-france-avec-villepin.over-blog.com/ pour voir ce que Chirac pense réélement de Sarkozy vu par les guignols de l'info.
Franchement, cela vaut le coup d'oeil.

Je regrette tout de même ce soutien contre nature.

Nathalie 26/03/2007 05:26

@ Rose
Par hasard en recherchant une connaissance qui a été scolarisée dans cet établissement....

rose 26/03/2007 01:15

le ptit blondinet c'est lui? où vous avez trouvé cette photo?

Nathalie 25/03/2007 21:33

Pour le fun. Allez voir ce lien
http://lyccs.free.fr/Anciens/Photos/60/CE260.html

Liliane 24/03/2007 22:23

Comme je déplore que Dominique de Villepin ne soit pas candidat...la campagne présidentielle aurait eu un autre niveau, une autre dimension...Je crois quand même que notre Premier Ministre a été victime de son image...Trop bel homme,trop grande classe...Curieusement, la situation s'est dégradée pour lui lorsqu'il commençait à grimper dans les sondages et qu'il dépassait Sarkosy...les Français se sont privés de sa richesse intellectuelle, de sa culture, ...Nous aurions eu des débats autrement passionnants!